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smiley : envelope BDSM et Cie: Catherine Robbe-Grillet (Jeanne de Berg), « Voisin, Voisine » dans « Les Inrockuptibles » Numéro 765 (Sexe 2010).

 

Les Inrockuptibles No 765 Spécial Sexe 2010.

Scan de couverture de « Les Inrockuptibles » Numéro 765 (Sexe 2010).

 
 
Je n’ai fait que passer.
Je m’en re-vais, je m’en re-vouille…
Je rejoins des endroits plus calmes - ou, qui sait ?, plus agités - afin de prendre mon bol d’air annuel.
 
L’album photos « perso » des happy holidays sera pour le retour, lorsque « coquillages et crustacés  [déploreront] la perte de l’été »…
 
En attendant, dans ma valise, il n’est aucun magazine.
Des « féminins » aux hebdos sérieux, tous en ont terminé avec leur livraison estivale dédiée à la gaudriole et aux coquineries…
Que constater du « cru » de cette année ?
 
Que le BDSM s’est tellement banalisé qu’il ne fait plus recette.
Depuis 2000, deux revues au moins lui consacraient un article à la belle saison.
En 2010, cela n’a pas été le cas.
 
Comme on le retrouvera « en tranches » dans les grandes campagnes de pub « mode » de la rentrée, c’est « émietté » qu’il apparaît dans les mags, une pratique par ici, une autre par là, de façon tout à fait désinhibée et seulement afin de servir à « pimenter » l’érotisme des couples pour une « chaude » soirée : « attachez votre compagnon » et « faites l’amour avec un bandeau sur les yeux », par exemple.
 
Je ne vais pas pleurer. On connaît trop mon point de vue sur la question : c’est lorsque nous échapperons totalement au phénomène de la vulgarisation et de la massification que nous renaîtrons.
Quand d’autres auront pris notre place sur la vague de « l’air du temps ».
 
Cet été, c’est l’échangisme qui se taille la part belle : il « réveille le désir » pour L’Express de cette semaine et « à domicile, il compte de plus en plus d’adeptes » pour les Inrocks.
J’ai lu avec attention ces odes au libertinage (puisque c’est de ce nom que l’échangisme se pare selon les journaux cités) et compris que pour certains, voir leur amoureux/se  avec un autre le/la fait paraître plus beau/belle, plus sensuel/le et ravive effectivement le désir.
Grand bien leur fasse et qu’ils/elles rendent grâce de n’être point jaloux/ses.
Pour ma part, je ne suivrai pas la tendance, n’en ayant jamais suivi aucune, et celle-là n’étant particulièrement pas faite pour moi qui n’ai rien d’une « partageuse ».
 
J’ai cependant trouvé un tout petit angle de BDSM non claironné dans « les Inrockuptibles No 765 - Sexe 2010 ».
Un petit coin immensément rafraîchissant.
On passera très vite sur la couverture (prenez une actrice blonde en vogue et « un star » du X, secouez et vous vendez de façon décuplée votre zine) pour s'en aller cueillir précautionneusement entre les pages de cinq nouvelles sur le thème « Voisin, voisine » celle de Catherine Robbe-Grillet (Jeanne de Berg) - et on sait que la lire est toujours un plaisir que l’on ne peut se permettre de bouder.
 
La question qu’elle pose en deux feuillets incisifs et tendres : « Pourquoi les gens ne voient-ils plus rien ? » ou si l’on préfère, pourquoi les regards fureteurs d’autrefois se sont-ils éteints, absorbés dans le « faire » et l'occupation matérialiste ?
Une petite scène BDSM vécue dans le métro, une autre sur les bords de la Seine, une troisième encore dans un restaurant sans que quiconque ne s’en aperçoive.  
Vous n’y croyez pas ?
Allez la lire et  vous verrez combien elle regrette les émotions vives du « montré-caché » d’antan.
 
Un bien beau texte assurément.
Et il me plaît de vous laisser sur une invitation à la lecture de celui-ci pour quelque temps…
 
En vous souhaitant de radieuses vacances.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
samedi 07 août à 02h14 par AURORA | # | commenter

smiley : envelope Marilyn Monroe, 5 août 1962.

 

Marilyn Monroe 6 mai 1957, New York City, "Femme au miroir" un portrait de Richard Avedon.

Marilyn Monroe photographiée par Richard Avedon le 6 mai 1957, détail du visage.

« Femme au miroir » - Photo de Marilyn Monroe, 6 mai 1957, New York City © Richard Avedon.

 
 
 
Puisqu’elle ne l’aura jamais, il est inutile de se demander quel âge elle aurait…
Figée immuablement en ses 36 ans, Marilyn ne cesse de nous fasciner.
 
Il y a longtemps que le mythe de la star pin-up chantant pour les G.I s’est effondré et que nous savons tous que Marilyn Monroe était une femme plus proche de la détresse que des feux d'artifice du show business, une femme que le cinéma avait su montrer une fois, une seule, telle qu’en elle-même dans le film de John Huston, « The Misfits » (« Les Désaxés »).
 
Alors que Le Seuil s’apprête à faire paraître à la mi-octobre ses écrits inédits, alors que sa maison sur Helena Drive est en vente, il reste ce charme de petite fille inconsolable qu’Avedon avait su saisir dans ce très émouvant portrait « au miroir » de 1957.
 
Quarante-huit ans exactement après le 5 août 1962, jour pour jour et presque heure pour heure, une pensée pour celle qui s’endormit, certainement non par suicide pas plus qu’à la suite d’un complot d’état mais très probablement pour un « cocktail » malencontreux de médicaments.
 
L’étoile continue de briller quelque part au firmament.
Elle y brille sacrément et n'est pas prête de s'éteindre...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
jeudi 05 août à 04h17 par AURORA | # | 3 commentaires

smiley : envelope BDSM et Repos: Ouf! Je pars (enfin) en vacances!

 

BDSM, un masque original...Photographie d'Annie Leibovitz pour le Calendrier 2009 Lavazza.

Photo © Annie Leibovitz pour le Calendrier « Lavazza » 2009.

 
 
 
 
Nous y sommes.
Je ferme doucement la porte et je m’en vais.
Jamais je n’avais attendu ce départ comme je l’ai fait cette année.
 
Je pars (nous partons) en vacances.
Je me (nous) les souhaite heureuses et reposantes avant tout.
Amoureuses et BDSM aussi.
Avec des tas de choses agréables à faire et à voir.
 
A toutes celles et ceux qui m’avaient écrit récemment par mail et auxquels j’avais promis une réponse pour cette seconde semaine de juillet, mille excuses.
Je n'ai pu y parvenir.
Un imbroglio professionnel inattendu m’aura tenue jusqu’au bout sur la brèche.
 
Je repasse ici - entre deux - le 1er août pour une petite semaine.
Je « nourrirai » le blog et me ferai un plaisir de leur envoyer un courriel alors.
 
D’ici là, bonnes vacances à qui le hasard (ou non) amènera par « chez moi »…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
lundi 19 juillet à 02h56 par AURORA | # | 7 commentaires

smiley : envelope Bernard Giraudeau (18 juin 1947 - 17 juillet 2010).

 

Bernard Giraudeau 1947-2010.

Bernard Giraudeau - Photo d’Archives.

 
 
 
 
Cette note devait paraître hier en fin de soirée.
Un bug de KarmaOS en a empêché la publication.
 
 
L’annonce de la disparition de Bernard Giraudeau est venue me frapper aujourd’hui comme un coup de foudre dans le ciel serein des vacances qui se profilait enfin pour moi.
 
De cet homme à la présence étonnante qui fut tout à la fois acteur (de théâtre et de cinéma), réalisateur, scénariste, producteur et écrivain, mais aussi homme de gauche engagé, je crois que nous allons tous garder une image de pudeur et de discrétion, loin des faux fastes de l’univers clinquant du vedettariat.
 
Est-ce parce qu’avant toute chose il débuta comme marin qu’il ne se mit jamais en avant et joua toujours sur la retenue, ne consentant à sortir avec force de sa modération que pour parler de son combat de dix ans contre le cancer et dénoncer ces dernières années l’état des services d’oncologie des hôpitaux français et le conflit entre politique et médecine ?
 
Je voudrais en cette nuit - puisque je ne l’ai jamais vu sur les planches - égrener à sa mémoire et en hommage, comme un chapelet de recueillement, quelques-uns des titres de ses films, ceux qui ont marqué mon parcours ainsi que ceux des deux livres remarqués que j’ai lus de lui.
 
En 1976, « Bilitis » de David Hamilton où il jouait « le jeune premier » à la perfection, lui qui ne faisait pourtant que débuter devant la caméra et qui impressionna alors beaucoup la frêle adolescente que j’étais, au point d’avoir sa photo collée sur mon armoire de lycéenne.
 
En 1981, « Passion d’Amour » de Ettore Scola où il est l’homme beau confronté au déraisonnable désir d’une femme laide qui sombre dans la folie. Un rôle percutant dans un film qui l’était tout autant et qui n’eut pas le succès qu’il méritait.
 
En 1984, il fut l’inoubliable séducteur manipulateur de « L’année des méduses » de Christopher Frank et ce fut ce film, sans doute, qui le fit passer au stade d’acteur connu et sur le nom duquel, durant une bonne décennie, des films purent se monter.
 
C’est dix ans plus tard - en 1994 - que je le retrouve, justement, tel que je l’aime dans « Le fils préféré » de Nicole Garcia.
 
En 1996, après la lecture passionnée de son roman « Les caprices d’un fleuve », je vais en voir (dans une salle quasiment déserte) le film qu’il en a lui-même tiré.
 
La même année, il flamboie dans « Ridicule » de Patrice Leconte.
 
L’an 2000 me permet de l’admirer à deux reprises dans des films où il joue l’ambiguïté (« Gouttes d’eau sur pierre brûlantes » de François Ozon, d’après Fassbinder) et la perversité (« Une affaire de goût » de Bernard Rapp).
 
Je ne le reverrai plus qu’une fois dans une salle obscure, en 2004, pour « Les marins perdus » que Claire Devers avait adapté de l’œuvre éponyme du cher Jean-Claude Izzo, dans le rôle de Diamantis qui paraissait taillé pour lui.
 
Puis vint l’annonce de cette « longue maladie » qu’il combattait avec courage et qu’il accepta, sans hypocrisie aucune, de nommer.
 
En décembre dernier, c’est avec un grand plaisir de lectrice que j’eus entre les mains son tendre et profond « Cher Amour » où il avait mis beaucoup de lui-même mais qui n’était point un texte crépusculaire et encore moins testamentaire.
Simplement un très beau livre bien écrit.
 
Il y eut enfin le 10 mai passé le long entretien accordé à « Libération ».
 
Que les vents de la mer portent vers le large l’homme aux yeux d’azur qui fut, somme toute, un éternel navigateur de lui-même et qui nous a laissé cette leçon de vie : parmi des causes encore non déterminées avec certitude, le cancer peut aussi nous atteindre de par le fait de l’état psychologique dans lequel on se trouve si tant est que l’on mène dans la durée une activité insatisfaisante ou que l’on traverse des épreuves qui deviennent source d’anxiété prolongée.
 
 
« - Vous dites que vous vous y attendiez quand le cancer vous est tombé dessus…
- Oui, je le savais, je m’y attendais. C’était justifié que les choses se passent comme cela. A un moment, je ne pouvais plus continuer, je voyais bien que j’allais vers quelque chose qui me rapprochait de l’abîme. Cela tenait à mon existence qui avait de moins en moins de sens, une course effrénée qui me maintenait en permanence dans un état d’angoisse, celle qui peut accompagner notre métier d’acteur. J’allais où ? Un manque de sens, de profondeur, de recherche sur l’essentiel… Et donc, le cancer est arrivé et je n’étais pas trop étonné. ».
 
Bernard Giraudeau - Entretien avec Eric Favereau - « Libération - 10 mai 2010 (à lire ici).
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
dimanche 18 juillet à 13h49 par AURORA | # | 2 commentaires

smiley : envelope BDSM, Surréalisme, Photographie et Cie: « New York Girls » de Richard Kern - Editions Taschen -1997. (Appendice II à la recension de « Sexy New York », roman de Romain Slocombe aux Editions Fayard Noir - 2010).

 

BDSM Richard Kern "New York Girls", Editions Taschen 1997 (la modèle qui inspire le personnage de Junko dans le roman de Romain Slocombe "Sexy New York", Editions Fayard Noir, mars 2010).

BDSM Richard Kern "New York Girls" Editions Taschen 1997 (la modèle qui inspire le personnage de Una dans le roman "Sexy New York" de Romain Slocombe, Editions Fayard Noir, mars 2010).

Scans de deux photographies tirées de l’album « New York Girls » publié aux Editions Taschen en 1997 © Richard Kern.

 

 
Où commence et ou finit l'inspiration d'un auteur ?
Après l'époque de la photographie surréaliste la nuit passée, celle contempioraine de Richard Kern ce soir pour terminer cette analyse en images du roman de Romain Slocombe, « Sexy New York »...
 
 
   
Dans les dernières pages de « Sexy New York » (les sources), Romain Slocombe nous raconte son voyage aux USA en 1996 afin d’y réaliser un documentaire (projet dont il fut éjecté lors du montage) autour de son ami le photographe Richard Kern.
 
Ainsi tenons-nous donc le nom de celui qui apparaît dans le roman sous le nom de « Richard Kelp » et qui serait l’auteur de l’album « Sexy New York », réalisé avec de splendides jeunes femmes dont l’une sera au centre du cette fiction puisque Gilbert Woodbrooke s’éprend d’elle.
 
Mais même si Romain Slocombe ne nous l’avait pas fourni, nous aurions été en mesure de nommer son modèle sans faillir.
Il suffit d'observer les deux photos ci-dessus, issues de « New York Girls » paru chez Taschen en 1997 (après une première édition anglaise chez Purr deux ans plus tôt), et de lire ces quelques lignes dans le haut de la page 39 du roman de Slocombe :
 
« Je me rappelle deux de ces filles en particulier, qui m’ont fait une forte impression dans son recueil « Sexy New York », publié chez l’éditeur zurichois Mollino-Hellwein : Junko la pulpeuse Japonaise, lèvres peintes d’un rouge agressif, fesses à l’air et chevilles gainées de bottines noires à hauts talons, et Una l’Américaine aux superbes cheveux d’un blond vénitien, à plat ventre sur les draps du lit, nue à l’exception d’un collier punk noir aux pointes argentées et d’une longue paire de gants de velours sombre, tenant une cigarette qui se consume tandis que les troublants yeux bleus de cette nymphe fixent avec insolence l’objectif de la caméra. ».*
 
Aucun doute n’est possible.
 
Richard Kern est né en 1954. Il est cinéaste et photographe.
Il a débuté au milieu des années 80 dans le monde underground en réalisant quelques longs métrages mais surtout des « courts » , toujours très érotiques, auxquels il dut d’être désigné aux USA comme l’inventeur du « cinéma de la transgression » et de faire souvent scandale.
 
Comme il provient de la mouvance « punk », il ne faut pas s’étonner de le voir un peu plus tard associé à des noms d’artistes oeuvrant dans le domaine musical tels les Sonic Youth ou Marilyn Manson.
 
C’est pourtant avant tout cet album de photos, « New York Girls », qui l’a révélé au grand public et consacré comme photographe à part entière dès la fin des années 90 et lui a permis d’être exposé à maintes reprises.
Un album qui lui valut d’être comparé alors à Erik Kroll pour « l’imagerie » BDSM (à cause de ses très nombreuses photos de bondage) et Fetish qu’il contient.
 
Les années passant, Kern (voir son site ici) semble s’assagir mais c’est seulement en apparence.
Lui qui soutient une intéressante théorie sur le « voyeurisme du photographe » nous dit aujourd’hui que ce n’est pas de figer sur pellicule des corps ligotés qui est forcément le plus transgressif.
 
Et nous savons bien, à cette heure où « tout le monde le fait » (on ne sera du coup pas étonné de voir les campagnes publicitaires de mode de l’hiver prochain tourner pour beaucoup autour du thème « shibari ») qu’il a raison.
« Mainstream » dorénavant, Richard Kern ?
Regardons-y bien à deux fois avant de l’affirmer.
 
Il existe de nombreux points communs entre Richard Kern et Romain Slocombe.
La photographie. Le cinéma. L’attirance pour les corps japonais.
La différence consiste dans le fait que Richard Kern n’écrit pas de romans.
 
Lorsqu’on lit ceux de Slocombe, on songe que c’est peut-être dommage…
 
 
 
 
* Extrait de « Sexy New York », roman de Romain Slocombe aux Editions Fayard Noir, mars 2010.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
samedi 17 juillet à 04h18 par AURORA | # | 2 commentaires

smiley : envelope BDSM, Surréalisme, Photographie et Cie: de Man Ray à Marcel Duchamp en passant par William Seabrook et George Hodel (Appendice I à la recension de « Sexy New York », roman de Romain Slocombe aux Editions Fayard Noir - 2010).

 

Man Ray Bondage Variation de la série "Nu aux bandelettes" 1929.

BDSM Man Ray Collection "The Fantasies of Mr Seabrook" 1930.

BDSM et Bondage Man Ray Collection "The Fantasies of Mr Seabrook" 1930.

BDSM Man Ray: Collection "Les Fantaisies de Mr Seabrook" 1930.

Man Ray "Portrait de William et Marjorie Seabrook" - 1931.

Man Ray: Marjorie Seabrook avec son collier de soumise en argent attribué à Jean-Charles Worth.

Man Ray: Portrait non daté de George Hodel.

Man Ray: Dédicace à George Hodel 1949.

Man Ray Photographie "Le Minotaure" 1935.

Man Ray: Tableau "A l'heure de l'Observatoire; les Amoureux" 1936.

"Etant donnés", la dernière oeuvre de Marcel Duchamp élaborée de 1946 à 1966 et exposée pour la première fois en 1969. Première partie: La porte massive et son judas.

Marcel Duchamp: "Etant Donnés" (travail de 1946 à 1966). Seconde partie: La femme nue et "L'éclairage".

 

Photos et Tableaux 1 à 10 : © Man Ray (passer la souris sur les œuvres pour connaître leur nom).
Structure des photographies 11 et 12 : « Etant Donnés » © Marcel Duchamp.
 
 
 
Ne voyez de ma part ce texte et celui qui le suivra que comme pur partage du plaisir de l’art avec vous.
 
Il ne s’agit pas de chercher à prouver quoi que ce soit, de prétendre indiquer des « pistes »  vers la  solution d'un meurtre vieux de soixante ans, c’est même tout le contraire.
 
Tout au plus, sera-ce encore une façon d’insister sur « Sexy New York », le dernier roman de Romain Slocombe, présenté dans ma note précédente et de donner un stimulus de plus pour le lire.
 
Ces deux posts sont donc en quelque sorte le « cahier de photographies » que ce livre ne contient pas mais qu’il peut être intéressant de connaître pour mieux en suivre l’intrigue.
 
Commençons par le Surréalisme.
Man Ray apparaît dans ce roman comme un « personnage » de premier plan.
Faisons un petit aparté.
Qu’il ait été fasciné par le BDSM (le SM) est certain.
Nous laisserons de côté d’emblée ses différents portraits de Sade car cette passion-là lui est commune avec la plupart des Surréalistes.
Mais dans ses œuvres, c'est-à-dire les photos que nous connaissons de lui, en témoignent aussi diverses autres choses.
 
Dès 1929, sa passion pour le bondage éclate dans la série très sage en apparence du « Nu aux bandelettes » avec comme modèle la belle Natasha Janot.
 
Cette « série » a traversé mon blog, ici et et une 3ème « variation » est présentée ce soir un peu plus haut.
Il se chuchote que Nusch Eluard posa elle aussi « entre les cordes » pour Man Ray  mais il ne s’agit peut-être que d’une « légende urbaine » : je n’ai jamais vu aucune de ces photos.
D’un point de vue plus « dadaïste » Man Ray ne manqua pas d’encorder Vénus (voir « La Vénus Restaurée » ici)…
 
Dans le roman « Sexy New York », le protagoniste fictif du producteur Harrold s’appuie beaucoup sur les relations qu’entretint Man Ray avec un certain William Seabrook pour démontrer comment celui-ci ne pouvait que « tomber » directement dans les filets du Dr Hodel, Seabrook ayant introduit le Man Ray dans les profondeurs du sadomasochisme avant que Hodel ne lui en dévoile les ténèbres.
 
C‘est la réalité pour Seabrook.
D’une part, celui-ci, William Buehler Seabrook a bel et bien existé mais son amitié proche avec Man Ray et leur attrait commun pour le BDSM ne sont pas à mettre en doute.
 
William Seabrook (1884-1945) fut un écrivain, un reporter, un journaliste mais surtout un alcoolique notoire à penchants sadiques en effet.
En 1930, Man Ray exécute pour lui une « collection » de photographies connues sous le nom de « The Fantasies of Mr Seabrook ».
Elles nous paraîtront aujourd’hui d’un érotisme BDSM bien « vintage » mais pour l’époque, même si ce n’est ni du « grand », ni du « meilleur » Man Ray, elles ne manquent pas d’intérêt surtout que l’une des modèles est la chanteuse Suzy Solidor, alors une vedette de premier plan.
 
J’ai beaucoup, beaucoup de livres sur Man Ray.
Je n’ai pourtant jamais pu aboutir à voir toute cette « collection » de photographies des « Fantaisies de Mr Seabrook ».
Je vous en proposais une ici dès la première année de mon blog puis une autre cet hiver même.
En voici trois autres ce soir…
 
En 1931, Seabrook épouse l’écrivain( e ) Marjorie Muir Worthington.
Man Ray photographie le couple mais encore le collier que Seabrook lui a fait dessiner  pour sa femme et qui a été fabriqué par Jean-Charles Worth : un collier clouté en argent qui empêche tout mouvement.
Les deux conjoints partageront donc sans doute un temps les mêmes jeux.
Mais Seabrook boit sans cesse, se vante partout d’une expérience de cannibalisme qu’il aurait faite autrefois en Afrique, s’essaie au vaudou et au satanisme dans la ligne d’Aleister Crowley qu’il a approché.
Marjorie se lasse et divorce en 1941. William Seabrook se suicidera en 1945.
Loin de Man Ray.
 
Venons-en à George Hodel.
De la réalité de ses rapports avec Man Ray, on n’a aucune trace permettant d’affirmer qu’ils aient été autres que superficiels et de bon voisinage entre artistes ou proches d’artistes (l’épouse de Hodel - quand Man Ray le rencontra - avait été auparavant celle de John Huston).
Mais rien n’asserte (et de loin !) que le photographe participait aux « parties sadomasos » - très peu consensuelles à ce que l’on en sait - du Dr Hodel.
 
Ne nous restent que deux pièces établissant  la relation Man Ray - George Hodel : un portrait photographique signé mais non daté de George Hodel par Man Ray, conservé au « Harvard University's Fogg Art Museum » et un livre de photos dédicacé en 1949.
C’est peu pour fonder la thèse sur laquelle le fils d’Hodel s’appuie dans son livre « L’Affaire du Dahlia Noir ».
 
Les deux hypothèses du fils Hodel me semblent relever de l’affabulation la plus foutraque : celle de la participation de Man Ray au crime dans un état second ne tient pas debout et celle que le meurtre ait été inspiré et réalisé « à cause » de deux œuvres de celui-ci (la photo le « Minotaure » et le tableau « A l’heure de l’Observatoire, les Amoureux ») parce que le corps de Betty Short, « Le Dahlia Noir », fut retrouvé avec les vertèbres du thorax soigneusement sectionnées au scalpel comme dans les ombres de cette photographie et sa bouche maquillée d’un rouge violent tailladée d’une oreille à l’autre pour imiter la « largeur » des lèvres du tableau est elle aussi extrêmement douteuse.
On se contentera de conclure sur Hodel qui vécut très vieux (1907- 1999) et mourut de sa belle mort, que, s’il fut placé un moment sous enquête à l’époque du crime (il faisait partie des personnes qui auraient pu « croiser » Betty Short), ces soupçons quant à son implication dans la sinistre affaire furent abandonnés très vite.
 
Quant aux deux photographies retrouvées après sa mort  par son fils dans ses papiers et qui lui parurent être celles de Betty Short, il n’y eut que lui pour en être certain et preuve ne fut jamais apportée.
 
Enfin, pour la géniale trouvaille de Romain Slocombe (et je ne dévoile rien ici qui puisse empêcher - bien au contraire ! - la lecture de son excellent roman) : la preuve « finale » cachée dans « Etant donnés », la structure de Marcel Duchamp au Musée d’Art de Philadelphie, j’ai pensé qu’il vous fallait voir cette « sculpture » aussi tant elle est remarquable en soi puisqu’elle fonctionne comme un « diorama ».
On ne pouvait en attendre moins pour l’ultime opus de l’homme des « Ready-made »…
 
Ce sont mes deux dernières illustrations pour ce soir : l’œuvre mise en place en 1969 seulement n’est visible qu’à travers un judas sur la porte massive de bois représentée tout d’abord (porte qui n’est jamais ouverte et suivie d’un mur de parpaings).
C’est seulement au-delà de ces deux obstacles que nous apercevons (cette seconde partie de la « construction » s’appelle « L’Eclairage ») le corps nu de la femme du cliché suivant et que l’on entrevoit en biais son ventre un peu rond.
Celui-ci est bien le meilleur endroit « surréaliste » pour celer un mystère ou apporter « l’éclairage » à une énigme !
 
A vous de découvrir lesquels en…lisant « Sexy New York » de Romain Slocombe…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vendredi 16 juillet à 04h43 par AURORA | # | commenter

smiley : envelope BDSM Books (8 et Fin): « Sexy New York » (L'Océan de la Stérilité Tome II) de Romain Slocombe - Editions Fayard Noir - Mars 2010.

 

BDSM et Thriller: "Sexy New York" (L'Océan de la Stérilité Tome II) de Romain Slocombe - Editions Fayard Noir - Mars 2010.

Scan de couverture de « Sexy New York » de Romain Slocombe - Editions Fayard Noir - mars 2010 (photo © Romain Slocombe).

 
 
 
Voici donc le dernier de mes « BDSM Books » de cette saison.
C’est aussi le meilleur !
 
 
 
« Le roman de notre été » est forcément un thriller.
Canicule et vacances obligent, l’on désire avoir sous les yeux quelque chose qui nous « tienne en haleine » et qui nous « dépayse le cerveau » de nos soucis, de notre quotidien.
Mais ce thriller doit être bon, sinon excellent.
Cela fut le cas de « Tokyo » de Mo Hayder et de « Out » de Natsuo Kirino il y a quelques années..
C’est le cas, peut-être même plus encore, avec « Sexy New York » de Romain Slocombe, publié aux Editions Fayard Noir en mars 2010.
 
De tous les livres que j’ai présentés ici dans cette « série », si vous ne devez vous en procurer qu’un, que ce soit celui-ci.
Je vous le propose en « bouquet final » à l’heure où vous êtes en train de songer déjà au chapeau de paille et à la crème solaire, en bref à la valise que vous allez boucler ce week-end.
 
 « Sexy New York » est le second tome de la trilogie « L’Océan de la Stérilité », initiée l’an passé avec le très fort « Lolita Complex ».
Le protagoniste en est le photographe anglais fétichiste des femmes en uniforme Gilbert Woodbrooke (qui fut déjà le héros des quatre volumes de la tétralogie » La Crucifixion en Jaune »), un Woodbrooke toujours aussi dragueur incorrigible, gaffeur impénitent et « fauché » permanent.
 
Cette fois-ci, nous sommes le 1er septembre 2001 et c’est son cousin qui lui met le couteau sous la gorge en lui réclamant le dû d’un vieil emprunt.
 
Woodbrooke qui n’a en vue qu’une exposition « underground » à New York, au vernissage de laquelle sa présence n’est même pas prévue, va devoir sauter sur l’occasion  - alors qu’il apparaît dans une émission télévisée sur l’art - lorsqu’ un producteur, Howard Harrold, lui proposera une somme confortable pour s’envoler avec lui vers les USA afin de tourner un documentaire sur le grand photographe Richard Kelp, présent lui aussi sur le même plateau pour son dernier opus, « Sexy New York », réalisé autour de deux superbes modèles.
 
Alors qu’il passe chez son avocate - une femme indispensable à un personnage aussi désargenté et sempiternellement poursuivi pour dettes - celle-ci lui demande de profiter de son séjour new-yorkais pour prendre quelques nouvelles de sa jeune sœur, originaire comme elle du Bangladesh,  qui ne donne plus signe de vie depuis quelques semaines. 
 
Comme toujours chez Romain Slocombe, nous assistons à une composition sur plusieurs niveaux, avec des plans en apparence sans rapport qui s’emmêlent et ne se démêleront qu’à la fin lorsque le lecteur découvrira que tous avaient un point commun.
 
Je vous ai déjà livré deux d'entre eux.
En voici quelques autres.
Dans l’avion, Woodbrooke découvre que le producteur Harrold est bien plus fasciné par l’histoire du meurtre de Betty Short (« Le Dahlia Noir» de James Ellroy) que par Richard Kelp.
Sur place, il s’avèrera que c’est pour un double documentaire qu’on l’a engagé, ce qui déçoit beaucoup Woodborooke, transi devant la plastique de l'une des modèles de Richard Kelp...
 
Harrold  s’est imprégné des écrits de l’ex-policier Steve Hodel (son livre « L’affaire du Dahlia Noir » est publié en France chez « Points Seuil ») et est persuadé qu’Hodel qui accuse son propre père, l’énigmatique Docteur George Hodel - lequel fut sous enquête durant les mois qui suivirent le crime - d’être l’auteur de celui-ci ainsi que de plusieurs autres, a écrit la vérité.
 
Or, le Docteur Hodel était, à la même période, selon ce même livre de son fils, un ami très proche de Man Ray, le remarquable photographe.
Le producteur Harrold est convaincu que Man Ray, amateur des parties fines et cruelles qu’Hodel donnait dans son étrange demeure, participa à cet assassinat dont « la scène de crime » a des similitudes avec un tableau et une photo de l’artiste.
 
Dans des chapitres en italiques, nous suivons aussi les lettres qu’une certaine Alicia, Anglaise se trouvant aux Etats-Unis en 1949, adresse à son mari puis les « rapports » qu’elle rédige sur Man Ray dont elle a été incitée à faire la connaissance par le dénommé Melvin Goodman qui enquête sur lui dans l’ombre de la CIA, une CIA des années cinquante qui aimerait faire de cette célébrité européenne l’emblème de l’intégration artistique aux USA.
Il apparaîtra très vite qu’Alicia n’est autre que Alicia Woodbrooke, la propre mère du héros.
 
En fait, le suspense de ce roman (et rappelons que « roman » est ici égal à « fiction ») repose sur une grande question concernant l’art : un artiste peut-il sublimer toutes ses pulsions (mêmes criminelles) à travers ses productions ou - dans certaines circonstances - en arrive-t-il malgré tout à céder à celles-ci ?
 
En toile de fond, le Surréalisme, son goût des jeux d’échecs, son admiration affirmée pour Sade et l'adhésion de quelques-uns de ses membres aux pratiques sadomasochistes.
Et si la solution de l’énigme du « Dahlia Noir » se trouvait dans « Etant donnés », la dernière structure de Marcel Duchamp, celle qu’il mit plus de vingt ans (de 1944 à 1968) à construire et qui est aujourd’hui conservée au musée de Philadelphie ?
 
En autre toile de fond, celle qui concerne le présent de Woodbrooke.
Puisque nous sommes aux premiers jours de septembre 2001, nous serons amenés à nous intéresser à ce qui se trame dans les tours du World Trade Center
 
De toutes ces toiles, Romain Slocombe réussit à ne faire qu’une, une gigantesque toile d’araignée tissée durant un demi-siècle, dont une organisation détient peut-être tous les secrets…
 
On entre dans « Sexy New York » pour le lire d’une seule traite, on en sort secoué et très perplexe même si Romain Slocombe nous dit, en conclusion de sa liste de « sources », qu’il n’a formulé ici qu’ « une hypothèse de pure fiction ».
 
Un stupéfiant thriller politique et artistique extrêmement bien bâti et bien écrit, cela va de soi, comme à l’accoutumée chez cet auteur, qui va bien au-delà d’un simple roman noir et qui est l’œuvre d’un amoureux du Surréalisme.
 
Si quelques « clés » gagnent à être connues (certains personnages de second plan existent ou ont réellement existé et je ferai sans doute prochainement une note sur ceux-ci), elles ne sont absolument pas indispensables pour pénétrer dans l’enfer de « Sexy New York » avec délice…
 
 
 
 
« Je ne sais pas ce qu’est le vice, a répondu Man Ray. […]. Mon voisin, à Paris, était Maurice Heine, le biographe de Sade. Un homme très doux qui avait passé sa vie à étudier ce sujet. J’ai commencé à m’y intéresser, j’ai visité les châteaux de la famille de Sade dans le Vaucluse J’ai photographié les ruines du vieux château où il avait été élevé par son oncle…J’ai lu tous ses romans, j’en possède quelques éditions rares, qu’il m’a fallu laisser à Paris à cause de la guerre…Le plus important pour moi est « Aline et Valcourt », parce que ce sont toutes les questions politiques qui y sont traitées, et très peu la pornographie. Dans ce livre, Sade parle même de faire les Etats-Unis d’Europe ! Apollinaire a dit de Sade : « C‘est l’homme le plus libre ! »… ».
 
Romain Slocombe - « Sexy New York » - Editions Fayard Noir - mars 2010.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
lundi 12 juillet à 03h46 par AURORA | # | 4 commentaires

smiley : envelope BDSM et grosse chaleur: Anna Fubuki dans l'eau...

 

BDSM et Bondage: La série "Kun"i d'Anna Fubuki enchaînée au bord de l'océan.

BDSM et Bondage: La série "Kinbaku et châines" d'Anna Fubuki pour Kuni photographiée au bord de l'océan.

Photographies © Anna Fubuki et Kuni.

 
 
 
S’il est bien une chose que je ne veux point faire, c’est « massacrer » la présentation de l’excellent dernier livre de ma série d’été.
Or, ce soir, impossible de parvenir au bout de ma note.
 
Je transpire à grosses gouttes au dessus de mon clavier et, inconsciemment, entre deux douches, je sais que je n’ai qu’une envie : gagner ma chambre, nettement plus fraîche que le salon.
 
Je préfère dans ces conditions déclarer forfait plutôt que de « bâcler » mon texte afin de pouvoir échapper à cet endroit torride.
 
Ce sera pour demain.
Espérons-le tout au moins !
 
En attendant et en guise d’évocation de mon état d’âme nocturne, un fantasme que je traduis par ces deux photos puisées dans mes documents les plus anciens.
 
BDSM, bondage, chaînes…
Eau surtout ! (Je n’ai pas dit « O »…).
 
La quatrième des séries célèbres de poses d’Anna Fubuki (icône du « kinbaku » dans les années 90)  pour la revue Kuni avait été prise au bord d’une plage japonaise.
Les deux clichés de fin montrent carrément la belle enchaînée.
Oui, mais dans l’océan.
 
Et en cet instant, comme elle, je me voudrais sirène (et si reine), là…
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 
 
vendredi 09 juillet à 02h09 par AURORA | # | 5 commentaires

smiley : envelope BDSM Books (7): « Le Vampire de La Coste » de Didier Savard - (Une Aventure de Dick Hérisson - Volume 4) - Dargaud Editions - 2002.

 

« Le Vampire de La Coste » de Didier Savard - (Une Aventure de Dick Hérisson - Volume 4) - Dargaud Editions - 2002.

Scan de la page 4 de « Le Vampire de La Coste » - Didier Savard - Dargaud Editions - 2002.

 
 
Craignant  que la forte chaleur ne mette très bientôt la main sur mes neurones, j’ai ôté trois livres de ma « sélection », ces notes-là me demandant plus de concentration que mes textes persos.
 
Voici donc les deux derniers « titres » de la livraison de cet été : une BD ce soir et nous terminerons demain par un « vrai  roman de saison » qui est- je ne le cache pas -mon préféré du lot et que j’ai gardé pour la fin… exprès !!!
 
 
 
« Le Vampire de La Coste » paru en 1990 puis réédité en 2002 chez Dargaud est une BD présentant la quatrième aventure du détective Dick Hérisson, scénarisé et dessiné par Didier Savard à douze reprises à ce jour.
 
N’y cherchez rien de BDSM.
Si elle figure  sur mon blog dans cette série, c’est seulement en tant que « clin d’œil » au Divin Marquis.
L’histoire se déroule en effet dans les ruines du château de La Coste qui fut un temps la demeure de Sade, Dick Hérisson et son compère, le journaliste Jérome Doutendieu, vivant généralement leurs équipées du côté de la Provence.
 
Comme toujours, nous sommes dans les années 30 et les deux hommes vont être contraints, à cause d’une panne de voiture, à passer trois jours dans l’unique auberge du village de La Coste, lequel se révèle - ainsi que ses habitants - peu accueillant.
Il faut dire que plus d’une dizaine de jeunes femmes viennent d’être retrouvées mortes, vidées de leur sang
Et le soir même de l’arrivée des deux compagnons, une autre encore est découverte assasinée de la même façon et enchaînée aux pierres d’un mur du château.
 
De là à penser qu’un vampire…
Mais quel vampire?
Dick Hérisson devra démêler cette ténébreuse affaire.
 
Truffé de solides références littéraires, rendant hommage au « fantastique » de l’auteur Jean Ray pour le scénario et à Hergé pour le graphisme, ce volume  - comme tous ceux de la série - n’est pas destiné à un public enfantin, inapte à en saisir les nuances (« Dick Hérisson », avant de devenir un personnage d’« albums » commença par une « pré-publication » en 1984 sur « Pilote »).
 
A lire pour l’humour très « intello » et pour y admirer l’élégance du trait dans les dessins (cf. le scan de  la planche d’illustration plus haut) : les connaisseurs de La Coste apprécieront sans aucun doute…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
jeudi 08 juillet à 02h53 par AURORA | # | 2 commentaires

smiley : envelope "La Voie Lactée" pour Laurent Terzieff (27 juin 1935 - 2 juillet 2010).

 

Laurent Terzieff dans "La Prisonnière" de Clouzot,1968.

 

J’entre, le pas mal assuré, dans cet âge où tous ceux que nous avons aimés, ceux qui furent nos légendes, nous quittent.
Le monde apparaît bien désert tout à coup et, du point de vue de l’inconscient, ceux qui étaient nos références et par là même nos barrières de protection contre notre propre mort nous abandonnent à une soudaine réalité, notre face à face avec celle-ci.
Oui, il y a aussi de cela dans la disparition de nos étoiles…
 
Laurent Terzieff comptait pour moi depuis fort longtemps.
En une époque où, lorsque « l’Ecole » amenait les lycéens au cinéma, c’était tout un événement et une porte ouverte sur la curiosité et la découverte (le cinéma en multiplexes, les DVD etc. n’existaient pas alors), il me surprit par sa beauté dans un vieux film en noir et blanc, « Les Tricheurs » de Marcel Carné (que FR3 rediffusera demain soir).
Un an, deux ans plus tard, entamant mon épopée transalpine, je le retrouvai dans l’ « Histoire » de ce cinéma-là et non associé avec les moindres : ses metteurs en scène furent Rossellini, Bolognini, Zurlini et surtout Pasolini dont il fut le Centaure dans « Médée ».
Pasolini pour lequel dans « Ostia » - une collaboration de réalisation avec Sergio Citti - il avait joué en 1970 la fin tragique d’un jeune homme sur la plage d’Ostie, cinq ans précisément avant que Pasolini lui-même ne connaisse une mort identique dans le même lieu.
En remontant le temps, je ne fus pas surprise de voir à nouveau Laurent Terzieff avoir été l’interprète de gens comme Bunuel dans « La Voie Lactée » ou de Clouzot dans  « La Prisonnière » *.
 
Ce n’est, en revanche, que passés mes vingt-cinq ans que je sus que cet acteur au visage d’ange noir n’était plus à chercher dans l’envers des pellicules anciennes mais faisait avant tout une carrière - et quelle carrière ! - au théâtre.
 
Jusqu’à la naissance de mon fils, j’eus la chance de pouvoir me rendre très souvent à Paris, de fréquenter beaucoup les théâtres, et d'aller admirer celui qui avait connu la gloire dès 1959 avec le rôle de Simon Agnel dans le « Tête d’Or » de Claudel.
 
Nous eûmes trois « rendez-vous » : le « Ce que voit Fox » de Saunders, l’« Henri IV » de Pirandello et le « Meurtre dans la cathédrale » de T.S Eliot.
Depuis, je n’ai jamais plus pu assister à une représentation de Pirandello de la même manière après avoir vu ce que l’immense Terzieff faisait « jaillir » d’ombre et de lumière de cet auteur-là, le plus grand selon moi.
 
Non seulement Terzieff était beau - et les années l'avaient rendu plus beau encore et presque immatériel - mais il irradiait : ascétique, émacié, avec sa diction parfaite, sa présence totale, il était le théâtre même dans sa magnificence et sa frugalité.
La quintessence du théâtre et sa noblesse.
 
Sans doute que rarement comédien fit un aussi heureux choix de vie.
Il était ce qu’il jouait et qu'il mettait souvent en scène lui-même.
Terzieff face à un public, c’était le temps suspendu.
 
Depuis vendredi, c’est un voile noir qui se suspend et se déploie sur le théâtre en France.
Que « La Voie Lactée » sache accueillir comme il le mérite l’homme d’exception qui s’en vient maintenant vers elle à petits pas…
 
 
 
 
 
 
* En choisissant cette photo - le merveilleux regard de Laurent Terzieff -  pour illustrer mon hommage, je n’ai pas « su » tout de suite que j’étais allée puiser parmi les images de « La Prisonnière » de Clouzot.
Ce blog étant ce qu’il est, je voudrais au passage signaler que si je ne devais garder qu’un seul et unique film dont je puisse dire qu’il traite du BDSM, ce serait celui-là…   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
mardi 06 juillet à 01h59 par AURORA | # | 3 commentaires

smiley : envelope BDSM Books (6): « Le dernier crâne de M. de Sade » - Jacques Chessex - Editions Grasset - Janvier 2010.

 

BDSM et littérature: "Le dernier crâne de M. de Sade", roman posthume de Jacques Chessex publié en janvier 2010 aux Editions Grasset.

Scan de couverture de « Le dernier crâne de M. de Sade » - roman-  Jacques Chessex - Editions Grasset - janvier 2010.

 
 
 
 
Certes, Sade n’a rien à voir avec le BDSM (fut-il seulement « sadique » ?) et le roman que je vous propose ce soir traite à deux niveaux d’un thème qui en est lui aussi fort lointain, celui de la peur de la mort telle que peut l’éprouver un écrivain.
Mais je ne saurais l’oublier ici pour sa qualité exemplaire de style et sa faconde narrative.
 
Les circonstances de sa publication sont tout à fait troublantes.
 
Le 2 décembre 1814, après une « vie de prisons », le Marquis de Sade, âgé de 74 ans, s’éteint à l’asile de Charenton où il vient de passer onze années,  considéré comme « fou ».
 
Le 9 octobre 2009, le grand écrivain suisse (deux fois Prix Goncourt) Jacques Chessex trépasse d’un malaise cardiaque à l’âge de 75 ans, lors d’une conférence qu’il donne sur l’une de ses œuvres reprise en pièce de théâtre alors qu’il vient d’être questionné très abruptement par un spectateur sur son soutien à Roman Polanski.
 
En janvier 2010, sortira - posthume - son œuvre ultime, « Le dernier crâne de M.de Sade » de façon tout à fait « normale » en France mais sous cellophane et avec la mention « réservé aux adultes » en Suisse.
 
Ce roman relate en deux parties quasiment égales les six derniers mois de Sade puis la légende qui courut autour des moulages de son crâne qui porteraient malheur à quiconque les détiendrait depuis 1818, date à laquelle le Docteur Ramon, faisant fi de la promesse faite à Sade de ne jamais pratiquer d’autopsie sur son cadavre, se laisse aller, lors d’une réfection du cimetière de Charenton, à détacher son crâne du reste de ses ossements afin de l’étudier.
 
Le hasard (mais y a-t-il jamais un hasard ?) veut donc que la dernière livraison de Jacques Chessex, prolifique romancier, poète et peintre ait donc été cette méditation sur la mort.
Car « Le dernier crâne de M. de Sade » n’est rien d’autre.
 
De ces mois que l’on passe avec Sade en bout de course, plus débauché et blasphémateur que jamais tant il sent la fin arriver, un Sade qui se livre à des décomptes minutieux de ses oeuvres perdues, détruites ou encore présentes auprès de lui, tout comme à des recensements aussi pointilleux de ses dépravations tarifées avec la jeune Madeleine, on retiendra une même attention au moindre détail dans l’écriture de Chessex, comme s’il voulait dessiner de ses mots son personnage.
 
Et Sade moribond n’est pas beau à voir ni à lire.
Mais quel homme le serait ?
D’ailleurs, cet homme connu pour être abominable - Sade le scélérat, Sade le renégat - ne représente-t-il pas le Diable  pour beaucoup de ceux qui l’approchent en ces semaines ?
Et si - comme tout le monde mais surtout comme l’écrivain qu’il est avant toute chose- il avait tout simplement lui aussi peur de la mort ?
 
Dans ce récit d’abjections ponctuées de jurons impies, on relève surtout la personnalité flambante et flambée de l’emblématique auteur du 18ème, toujours trahi par tous les régimes et tous ses proches mais « géant » jusqu’à son dernier souffle, refusant toute dissection de son corps et toute croix sur sa tombe, fidèle en cela à sa vie de libre penseur.
 
Pour cette première partie, la foisonnante plume de Jacques Chessex s’est appuyée au plus près de la réalité et a utilisé sans les déformer les travaux des meilleurs historiens de Sade dont notamment Gilbert Lely et Maurice Lever.
 
Pour la seconde partie, en revanche, s’il part de faits avérés par Lely (une croix fut placée sur la tombe de Sade malgré sa volonté, le Docteur Ramon le trahit lui aussi « post mortem », s’emparant bien de son crâne et si celui-ci finalement disparut, l’on sait qu’il en existe plusieurs moulages - l’un d’entre eux est au Musée Flaubert de Rouen), il passe vite à une épopée entre narration fantastique et fable philosophique, brodant - non sans humour souvent - sur la légende de la malédiction mortelle (vengeance ad libitum de Sade ?) qui frappa tous ceux qui possédèrent à un moment donné l’un de ces moulages.
 
La fascination pour ce crâne, cette « vanité », amène Chessex à une réflexion en filigrane sur la mort.
Il est éloquent que le narrateur de ce roman soit un écrivain qui en vient à détenir le « dernier crâne de M.de Sade », s’en éprendre puis s’en débarrasser - car il s’est mis à craindre « la faucheuse » - avant que cette relique ne lui apparaisse à nouveau, dans les mains d’une jeune femme qui promène au bord du lac Léman, un matin de la première semaine de novembre 2009.
 
Une semaine que Jacques Chessex n’aura jamais vue, lui qui était précisément décédé un mois plus tôt….
 
Un livre puissant  - comme le sont tous les romans de Jacques Chessex - et dérangeant (c’est en ce sens qu’il est à ne pas mettre entre toutes les mains).
Sa première partie - celle qui pourrait choquer -, l’érotisme outrancier de Sade à Charenton,  n’est que l’illustration de la chair qui hurle et déborde, qui s’essaie à un suprême galop frénétique à l’heure ou elle doit affronter - d’une façon ou d’une autre - l’idée de notre finitude.
 
C’est ce que Chessex nous montre comme l’avait fait d’une autre manière au cinéma, Bertolucci lorsqu’il mit en scène « Le Dernier Tango à Paris »...
 
 
 
« […] Le patient est prostré, muet, l’œil bleu bordé de rouge sanguinolent reste dardé au plafond ; il semble qu’il ne voit même plus le médecin qui s’angoisse et tente de faire avaler au moribond quelques gorgées de tisane de thym des Alpilles. Ô pays de M. de Sade. Air qui brûle. Tranchant du gouffre. Chaînes déchiquetées sur les pentes sèches. Vallées suspendues au vol des rapaces sous le bleu de la foudre ! Mais le souffle du patient s’épaissit encore, il s’étrangle. […]. ».
 
Jacques Chessex - « Le dernier crâne de M. de Sade » - Editions Grasset - janvier 2010.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vendredi 02 juillet à 02h46 par AURORA | # | 5 commentaires

smiley : envelope BDSM Books (5): « Sévère » de Régis Jauffret - Editions du Seuil - Mars 2010.

 

BDSM Roman "Sévère" de Régis Jauffret, Editions du Seuil, mars 2010.

Scan de couverture de « Sévère » - Roman de Régis Jauffret -  Editions du Seuil - mars 2010.

 
 
 
Dix livres à caractère plus ou moins BDSM pour votre été, avais-je dit (et en recomptant, il y en a onze en fait !).
Je n’en suis qu’au cinquième d’entre eux ce soir. Et avec cette chaleur et ces orages, je cale un peu…
Il va me falloir songer à élaguer ou tout au moins à m’accorder quelquefois des pauses entre certains de ces titres.
Bof…On verra bien !
 
 
 
En 2005, l’ « Affaire Stern » (l’assassinat du banquier Edouard Stern par sa maîtresse) et ses circonstances (un jeu SM puisque le banquier était ligoté et revêtu d’une combinaison de latex) ne m’ont absolument pas intéressée, pas plus que les turpitudes de Max Mosley quelque temps après.
Ce que la presse fait du BDSM People et/ou « Bling-Bling » - quand bien même le fait divers serait tragique et il l’était en ce cas - me laisse toujours dubitative et je préfère ignorer.
Un peu plus tard, pour m’être retrouvée à voir  par hasard « Boarding gate », un film nullissime d’Olivier Assayas qui ne pouvait de toute évidence que se réclamer inspiré de cette funeste histoire, je m’étais dit à nouveau que j’avais bien fait de me tenir loin de tous ces échos.
 
J’ai donc presque autant ignoré l’an passé le procès de Cécile Brossard (mais les radios et les journaux m’en ont cependant imbibée involontairement par bribes) lorsqu’elle a comparu pour le meurtre de son amant.
Et sur la grande question « crime passionnel ou crapuleux dont le mobile aurait été un million de dollars donné puis retiré à la jeune femme », je n’avais - au feeling - que ce que l’on nomme une intime conviction, l’une de ces convictions que, justement, l’on ne base sur rien ou sur un a priori qui tient à l’idiosyncrasie la plus personnelle, loin de tout raisonnement objectif.
 
Par ailleurs, à part une lecture l’an passé de « Lacrimosa » (lecture qui ne m’avait pas marquée, il faut le dire), je ne suis pas une fidèle de Régis Jauffret.
Que ce soit lui qui ait « couvert » le procès de l’affaire Stern pour Le Nouvel Observateur m’a donc complètement échappé.
En bref, je n’aurais jamais dû lire « Sévère ».
Rien ne m’y portait.
 
Cet hiver, alors que j’étais dans les choux et que je cherchais à mettre la patte sur une introuvable biographie de Jean Seberg, mon libraire - ce jeune homme délicieux - m’a soudain tendu « Sévère » en me disant « Prenez le dernier Jauffret, c’est l’Affaire Stern et il en a fait un roman mais alors, un de ces romans ! Vous verrez …».
 
Mon réflexe de survie, puisque j’avais déjà les bras nantis de quelques volumes et n’allais point quitter son officine sans rien acheter, aurait été de lui dire « Merci, mais on m’a justement promis de me le prêter.. ».
Seulement, cet hiver, j’étais vraiment dans les choux et de réflexe de survie, nenni…
Je suis repartie avec un bouquin de plus et 17 euros de moins.
 
Durant les mois où Marden et moi avons été séparés, j’ai lu tout un tas de livres qui ont glissé sur moi dans l’indifférence la plus totale, ne me laissant aucun souvenir.
Je n’ose même pas dresser ici la liste de tous ceux avec lesquels j’ai été aussi injuste : on me lyncherait.
Dans ce désastre mental de la dépression, n’ont surnagé que deux titres : un extraordinaire roman-document, « Missak » de Didier Daenincks (que je conseille à tous ceux qui ont de près ou de loin une affection pour le protagoniste de « L’Affiche Rouge ») et ce fameux « Sévère » de Régis Jauffret.
 
Toute sa magie consiste dans ce qu’en avait dit le libraire.
C’est un roman. Un vrai roman.
Une fiction.
Et faire une fiction dans ces conditions avec « rien que du vrai », c’est une prouesse.
Magique.
 
Il n’est pas dit que je marcherais une seconde fois dans la « combine » de Jauffret.
Apprenant tout récemment qu’il s’apprête à publier une autre fiction, cette fois-ci autour de « l’affaire Fritzl », je me suis promis de l’éviter.
Il est des charmes, des magies qu’il ne faut pas éventer.
 
Si je parle sciemment de « combine », c’est que ce qui permet d’entrer avec bonheur dans ce roman, ce sont les deux pages de préambule, écrites avec un surprenant panache et qui sont - toutes proportions gardées et en antithèse - une aussi brillante ode au roman que peut l’être la phrase faussement prêtée à Flaubert, « Madame Bovary, c’est moi. », avec toutes les répercussions qu’elle engage quant à son interprétation :
 
« […] Dans ce livre, je m’enfonce dans un crime. Je le visite, je le photographie, je le filme, je l’enregistre, je le mixe, je le falsifie. Je suis romancier. Je mens comme un meurtrier. Je ne respecte ni vivants, ni morts, ni leur réputation, ni leur morale. Surtout pas la morale. Ecrite par de petits bourgeois conformistes qui rêvent de médailles et de châteaux, la littérature est voyou. Elle avance, elle détruit. […] Personne n’est jamais mort dans un roman, car personne n’existe dedans. […] ».
(Préambule à « Sévère », roman de Régis Jauffret - Editions du Seuil - mars 2010.).
 
Or, en relisant « Sévère » avant-hier pour en faire une note ici et en faisant quelques recherches, j’ai appris que  la publication de ce roman avait une « histoire » : d’abord prévu pour Gallimard, l’éditeur habituel de Jauffret qui s’effraya à l’idée d’un éventuel procès et demanda des coupes, le livre fut finalement accepté au Seuil.
 
De là à penser que la flamboyante préface fut écrite « après coup » et en guise d’« airbag », il n’y a qu’un pas.
Un pas quelque peu décevant s’il devait un jour s’avérer mais il y aurait alors tout de même le roman. Le reste.
 
Le reste, ce sont cent cinquante pages rédigées à la première personne, la voix de la meurtrière qui raconte son crime, sa fuite, son jugement au présent tout en revisitant ce qui l’y a conduite par flash-back(s) au passé, retours en arrière doublés de ceux vers un passé plus antérieur encore, son enfance et sa jeunesse.
Avec des mensonges sans doute. Tout criminel ne ment-il pas dans ses aveux ?
Et celle « qui a tué ce qu’elle aimait » n’est-elle pas tentée de le faire encore plus ?
Et le roman en soi, est-ce qu’il ne ment pas ? Ou bien, ment-il moins que la vérité « publique » ?
Tous les enjeux de « Sévère » sont là, dans la liberté de l'écrivain qui en vient peut-être à se rapprocher le plus de la réalité par l'intuition tout en « inventant ».
 
Que dire encore ? Tout le monde en sait un peu  sur l’affaire Stern et si les personnages ne sont jamais nommés ici, il faut bien dire que rien ne manque à l’appel.
Et pourtant…
 
Toute la transfiguration s’opère par l’écriture de Jauffret, épurée, presque « clinique » quelquefois.
Rien de facile, rien de graveleux dans ces pages.
Pas un mot de trop.
Pas de rajout de « salé » à des faits assez sordides par eux-mêmes, pas plus que de texte à clés avec de lourdes allusions pour laisser transparaître le nom des amis politiques de « ce » banquier de roman ou les bénéficiaires de ses opérations  plus ou moins frauduleuses.
C’est d’un sobre à laisser pantois et ça crie tout de même de partout, au travers de chaque ligne.
 
Ses points, ses virgules ont beau adhérer à des faits connus aussi près du corps que le ferait une combinaison de latex, c’est l’affaire Stern et ce n’est pas l’affaire Stern.
On ne sait plus vraiment.
La fiction est à l’œuvre et nous donne à la fois une histoire d’amour, le récit d’un crime et le portrait au vitriol de deux personnages pour lesquels l’auteur - même s’il fait dire « Je » à la femme - ne nous pousse pas à éprouver plus d’empathie pour l’un que pour l’autre.
 
En fin de compte, on se retrouve avec deux bourreaux et deux victimes, deux manipulateurs à égalité dans une parfaite confusion des rôles.
Tels qu' ils l’étaient dans leurs rapports sadomasochistes où le pouvoir de  l’argent faisait du soumis le dominant.
 
Fifty-fifty.
Comme dans la vérité de la vie, celle qui n’atteint jamais les tribunaux.
Et si le roman, lui, permettait de le faire de temps à autre ?
 
C’est pour cette question et la réponse positive que Jauffret nous permet de lui donner que « Sévère » n'est pas un simple livre, un roman parmi tant d’autres.
Mais un exercice de style sans concession sur ce que peut apporter parfois, « en plus », la littérature…
 
 
 
« Je crois avoir été un courageux petit soldat. J’obéissais, jusqu’à faire de la moindre de ses fantaisies un de mes désirs les plus chers. J’aurais accepté de lui servir de bouclier pour lui éviter une balle perdue. Son meurtre a été la conséquence de mon amour excessif. Je l’ai tué de l’avoir trop aimé. Je préfère ce long séjour en prison au malheur que nos destins ne se soient jamais croisés. ».
 
Régis Jauffret - « Sévère » - Roman -  Editions du Seuil - mars 2010.
 
 
 
 
 
 
PS : Pour toutes celles et tous ceux qui ont déjà lu ou qui liront « Sévère », il est quelque chose à découvrir absolument pour faire une comparaison sans appel : le fameux article sur le procès de Cécile Brossard et l’Affaire Stern commandé à Régis Jauffret par le Nouvel Observateur.
Je l’ai longuement cherché et finalement trouvé hier ici in extenso et encore en ligne.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
mercredi 30 juin à 03h09 par AURORA | # | 3 commentaires

smiley : envelope BDSM, blog, chroniques artistiques et Cie....

 

Marilyn Monroe lisant l'"Ulysse" de Joyce sur la célèbre photographie d'Eve Arnold en 1954.

Marilyn Monroe plongée dans la lecture de l’ « Ulysse » de Joyce - Photographie © Eve Arnold - 1954.

 
 
Cher Amandier,
 
Vous m’amenez à faire une pose ce soir parmi cette liste de dix livres que j’ai choisi de recommander pour leur été à celles et ceux que j’ai envie de nommer « mon lectorat ».
En vérité, je vous réponds par une note car je ne sais trop par quel bout prendre votre commentaire sur mon post précédent. Ni surtout comment d'autres - habitués au premier degré - vont le prendre.
Et qu’il me semble que je me dois de mettre une ou deux choses au point.
 
Oui, je conseille sur ce blog des livres, des expositions, des films pour lesquels j’ai eu un coup de cœur.
La plupart ont un rapport évident avec le BDSM, rapport proche ou éloigné.
Cela doit représenter en tout environ un dixième de mes lectures ou sorties (il n’y a pas que le BDSM dans ma vie) mais puisque j’ai désiré donner cette colorature (BDSM) à mon petit espace, j’essaie de m’en tenir à celle-ci sans trop digresser.
Cela m’est arrivé quelquefois quand j’ai vraiment craqué parce que quelque chose était « trop beau » - comme dirait mon fils - hors de ce BDSM qui n’est (insistons bien !) pas toute ma vie…
 
Mais ces œuvres que j’apprécie et présente, je ne dis jamais qu’ « il FAUT » les lire (ou bien s’y rendre).
Il ne manquerait plus que je me montre ainsi injonctive alors que c’est d’achats (ou de dépenses en tout cas) qu’il s’agit.
Je tente seulement de partager l’engouement que j’ai eu pour celles-ci.
C’est pour cela que l’on ne trouve pas chez moi de livres « croustillants », étant peu portée vers ceux-ci.
En outre, je ne vais que rarement vers des œuvres très connues ou déjà couvertes par une grande publicité critique, j’essaie plutôt de chercher à donner à découvrir.
Et si l’une d’entre elles - par mon entremise - pouvait « séduire » deux à trois personnes, je serais la plus heureuse des blogueuses.
 
Si devait demeurer l’ombre d’un doute au sujet de ce qualificatif de « blogueuse », je précise que je ne suis pas une « blogueuse professionnelle » mais une simple amatrice.
Je ne reçois aucun livre en cadeau afin d'en assurer la promotion, j’achète ceux-ci chez mon libraire (ou via l’auteur comme dans le cas de Joël Fauré qui s’ « autopublie ») et je paie mes places de spectacle comme tout le monde.
Par ailleurs, n’indiquant aucun lien vers des boutiques en ligne telle Amazon ou autres, je ne perçois aucun pourcentage sur les ventes que j’aurais pu susciter.
Je ne tire nul profit de mes écrits.
 
Ici - à part les rares fois où j’ai stigmatisé quelque médiocre publication portée à bout de bras par les médias- , ne figurent donc que des choses que j’aime.
Si je puis les faire aimer à mon tour, tant mieux.
Sinon, tant pis.
 
Je ne suis pas aveugle et j’ai noté depuis fort longtemps que mes posts « culturels » sont ceux qui attirent le moins de commentaires et de lectures.
Cela m’attriste, non pour moi ni même pour ceux que je propose à votre « choix » - puisque c’est vous toutes/tous qui, finalement, choisissez de lire ou non, de voir ou non quelque chose dont vous avez entendu parler par ma « voix » - mais pour l’art en général.
 
Vous ne l’imaginez pas, cher Amandier (Marden seul pourrait en témoigner), mais au beau milieu de chaque série de livres que j’ai chroniquée dans « ma petite maison » en ces presque huit ans, j’ai été prise de colère et décidé de tout envoyer paître (j’entends par « tout » ce blog évidemment) tant je me voyais passant des heures à produire des textes qui n’entraînaient que silence et désert.
Et puis, je reviens toujours le lendemain ou le surlendemain parce que je ne renoncerai jamais à essayer de « partager » malgré tout mes éblouissements et que si le résultat n’apparaît que dans six mois ou deux ans, qu’importe : l’objectif aura été atteint.
 
Et il l’est généralement.
Lorsque je jette un œil à mes « mots clés » de visite par Google, j’ai souvent la surprise d’y trouver un titre dont j’ai parlé il y a trois ou quatre ans…
 
Je joue aussi moi-même le jeu en totale confiance : si le roman « A table ! » de Tiffany Tavernier s’est retrouvé proposé dans cette série il y a quelques soirs, c’est parce que « marieh2o » m’avait convaincue de le lire.
Idalie Félix a, elle aussi, été à l’origine - au cours de toutes ces années - de quelques-unes de mes belles découvertes que j’ai ensuite partagées avec vous.
 
Jamais je n’entretiens sur mes pages de quelque chose que je ne connais pas personnellement.
Ainsi, lorsque j’ai consacré un texte au film « Année Bissextile », on m’a reproché par mail cette semaine d’avoir négligé les longs métrages « Verfolgt » d’Angelica Maccarone et « SM Rechter »  d’Erik Lamens.
C’était simplement parce que le premier n’avait pas atteint les salles de ma petite province et que le second, à ma connaissance, n’est pas sorti en France.
Mais si je les avais vus et qu’ils m’aient plu, j’en aurai traité ici évidemment.
 
Encore une fois, traiter un sujet ne signifie pas essayer d’obliger les autres à le « consommer ».
Je chronique, j’informe - dans ma modeste mesure.
Cela ne va pas plus loin.
Ensuite, chacun fait - comme dans la célèbre chanson des années 80 - ce qui lui plaît.
 
Et quant à désirer qu’en plus - voir le clin d’œil de la dernière phrase de votre commentaire - l’on me « présente ses hommages », Grands Dieux, bon sang mais c'est bien sûr !, vous avez enfin vu juste.
A la face du monde, Damned !, vous m’avez percée à jour : je ne fais tout ça QUE pour ça, avoir les hommes à mes pieds...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
lundi 28 juin à 04h04 par AURORA | # | 17 commentaires

smiley : envelope BDSM Books (4): « Les Filles du Déluge » d’Alexandre Gamberra - Editions Tabou - Mars 2010.

 

BDSM Littérature: "Les Filles du Déluge" recueil de textes d'Alexandre Gamberra publié aux Editions Tabou en mars 2010, photographie de couverture Jean-Pierre Rey.

Scan de couverture de « Les Filles du Déluge » - Alexandre Gamberra - Editions Tabou - mars 2010 - Photographie : Jean-Pierre Rey.

 
 
 
Lorsqu’il y a  dix-huit mois, Alexandre Gamberra a publié aux Editions Tabou son premier roman, « Un Amour Sans Merci » (à entendre « Un Amour SM »), je me souviens en avoir apprécié les trente dernières pages (celles où le dominateur s’aperçoit qu’il a été manipulé par sa soumise et sombre dans la dépression) et noté une écriture qui naissait, pointant sa lumière entre des pages qui, hélas - pour la plus grande partie - avaient un air de « déjà lu », c'est-à-dire qui ne pouvaient faire abstraction de l’habituel « catalogue imposé » de scènes érotiques que doit comporter tout roman à trame BDSM.
 
Si ce livre avait toutefois le mérite de vouloir donner une épaisseur psychologique à ses personnages, je préférai alors me taire plutôt que d’en donner une chronique mitigée.
Le jury du « Prix Sade » fut plus amène que moi qui le sélectionna cette année-là dans sa liste de « nominés ».
 
J’attendais pour ma part que Gamberra récidive.
Et il le fit, notamment avec un article époustouflant de vérité sur son parcours dans le BDSM qui parut sur le webzine « Rue69 ».
C’est cet article, débarrassé des commentaires oiseux qu’il entraîna alors, qui ouvre le recueil « Les Filles du Déluge » paru en mars de cette année, de nouveau aux Editions Tabou.
 
Et quel recueil !
En une quarantaine de textes brefs ou plus longs, d’un érotisme subtil pour ceux qui se réfèrent au domaine amoureux, Alexandre Gamberra nous livre une impressionnante galerie de récits relevant du domaine de la fiction, du réel ou de l’ « autofiction », tous sur le thème de l’introspection : un homme face à lui-même dans sa vérité totale mais aussi un homme face à ses rencontres féminines, toutes ces « filles du déluge » qui portent elles aussi leurs fêlures et leurs névroses.
 
Si parfois, à travers ces esquisses de l’éternel féminin, on sent percer un trait acide - désespéré plutôt - on retiendra, dans l’éloge de la « putain sublime » (et non de la « pute ») qui est l’objet de la quête incessante (érotique et sentimentale) de l’homme qui écrit, un véritable amour des femmes.
 
Au bout de tous ces rendez-vous du destin avec celles-ci, le narrateur - ou l’un des narrateurs si l’on se prête au jeu de trois protagonistes masculins identifiables au fil des textes -  aura enfin rejoint celle avec laquelle accomplir son chemin, la seule du livre à n’être pas un « être de fuite »…
 
Tous ces portraits, tant féminins que masculins, forment une mosaïque que le lecteur est libre de composer et de recomposer à loisir : « Les Filles du Déluge » est un labyrinthe que ne renierait pas Robbe-Grillet.
 
On s’y perd ou l’on s’y trouve.
Une chose est certaine : une fois refermé « Les Filles du Déluge », nous pouvons sans exception dire que nous avons tous en nous quelque chose de Gamberra.
 
Ne serait-ce que parce que dans ce recueil, il est loin d’être seulement question de BDSM.
L’existence dans sa dimension globale (humaine, sociale, artistique) y est abordée.
L’art, la solitude, l’engagement politique, les liens familiaux, amicaux, les bonheurs et les déceptions, les rencontres et les séparations, les interrogations devant le vieillir et l’idée de la mort, tout ce dont traite Gamberra nous parle.
 
Et quant au BDSM, si c’est bien un « dominateur » qui s’exprime dans « Les Filles du Déluge », il le fait en toute modestie, avec ses doutes incessants, et ne prétend jamais asséner de vérité universelle.
On notera même son ironie dans le texte qui a pour titre « L’Imbécile Cécité du Maître »…
 
L’auteur - sous pseudonyme probablement - est un universitaire (il le revendique clairement).
Cela se sent dans son style impeccable, son langage limpide et dans l’adroite composition de ce livre.
Si quelque chose de tout cela était apparent déjà dans « Un Amour Sans Merci », cette fois-ci, Gamberra est dans sa plénitude.
 
L’exercice du « recueil de textes » est l’un des plus difficiles qui soit, plus encore que celui du « recueil de nouvelles ».
On y passe sans cesse d’un simple tableau (ici, par exemple « Maison paternelle ») à un travail longuement mûri, proche de la  nouvelle (j’ai beaucoup aimé « La Femme de l’Aar »).
L’un comme l’autre doit avoir la même qualité.
 
Alexandre Gamberra se montre formidablement habile dans ces deux cas de figure et lorsque nous savons qu’il a - à l’heure qu’il est - un troisième ouvrage en préparation, nous ne pouvons qu’attendre celui-ci avec une vive impatience.
 
Un auteur donc qui est une révélation et un livre dans lequel nul ne pourra regretter être entré (une fois passée la porte de la couverture, ornée d’une photographie de l’artiste bordelais Jean-Pierre Rey, que j’admire depuis fort longtemps et qui mérite que je lui fasse enfin un clin d’œil ici par le truchement de cette note)…
 
 
 
« La journée, elle lui faisait découvrir sa ville. C’était un pays qu’il ne connaissait pas.
Certes, enfant, il l’avait en partie visité avec ses parents mais cela ne comptait pas, le souvenir qu’il en conservait était pénible et quelque peu brouillé. Aussi acceptait-il, sans réserve, sa guidance. A la nuit tombée, il reprenait les rênes et la dirigeait avec sûreté et détermination en un monde de stupre et de cri, de provocation et de défi. ».
 
 
Alexandre Gamberra - « Les Filles du Déluge » - Editions Tabou - mars 2010.
 
 

 

 

 

 

 

dimanche 27 juin à 03h23 par AURORA | # | 4 commentaires

smiley : envelope BDSM Books (3): « A table ! » de Tiffany Tavernier - Editions du Seuil - Mars 2008.

 

BDSM roman: " A table!" de Tiffany Tavernier - Editions du Seuil -mars 2008.

Scan de couverture du roman de Tiffany Tavernier - « A table ! » - Editions du Seuil - mars 2008.

 
 
Dédié à Marie (H2o)... 
 
 
Voici un petit livre très noir « sans avoir l’impression d’y toucher » mais qui est une perle.
 
Je n’ai aucun mérite à vous en entretenir : il m’a été conseillé via mail par ma commentatrice « marieh2o ».
 
Loin du BDSM ? Oui. Quoique…
Qu’on le veuille ou non, une page ou une ligne font que l’on y revient toujours.
 
Encore une écriture féminine par excellence, et donc une écriture dérangeante, celle de Tiffany Tavernier (oui, la fille de Bertrand...) qui a livré aux Editions du Seuil avec cet « A table ! » publié en mai 2008, son sixième ouvrage (et dire que je la découvre et ignorais tout de ses activités d’écrivaine !).
 
L’intrigue pourrait être simple. Elle est raffinée à l’extrême.
Marie aime Eli. Passionnément.
Comme l’Annie Ernaux du déjà lointain « Passion Simple », elle ne fait que l’attendre.
Pour lui, elle s’est coupée de tout et de tous.
 
Sans espoir d’avenir « concret » comme il fut stipulé dès leurs premières rencontres.
Car Eli est marié.
Et il ne vient la voir que pour des étreintes d’une puissance sensuelle inouïe pour Marie.
Puissance sexuelle et puissance dominatrice aussi.
Vous comprenez maintenant pourquoi l’on en revient ici au BDSM.
 
Mais cet Eli qui ne quittera jamais sa femme, Marie l’a dans la peau.
Elle l’espionne, le surveille - masochiste qu’elle est - elle veut tout savoir de sa vie conjugale, en être le témoin, le tiers souffrant.
 
Jusqu’au jour où elle découvre Eli, son Eli, son « Elu », embrassant une très jeune fille (il est professeur d’Université).
 
Alors, lorsqu’il lui téléphone afin d’obtenir un rendez-vous avec elle « pour parler » (et qu’aurait-il à dire sinon « Je te quitte » ?), elle décide de l’empoisonner
 
A l’arsenic. En cinq soirs.
Cinq dîners qui seront tout autant de repas succulents que d’érotisme sulfureux, d’ultime séduction torride.
 
Chaque repas comprendra un mets, un seul, qui comportera la juste dose d’arsenic pour parvenir avec certitude à une mort programmée sans erreur en cinq soirs de « gala ».
Et un jeu sexuel, un seul aussi, à couper le souffle de celui qui n’en a peut-être plus pour longtemps…
 
Tout le suspense de ce « thriller » érotique et gastronomique tient dans la question « Ira-t-elle jusqu’au bout de ce jugement sans appel, sans merci ? ».
Et si « L’on tue toujours ce que l’on aime. » - selon le vieil adage - n’est-ce pas aussi à une mise à mort de soi-même que l’on se livre alors ?
 
Roman de la passion, de la folie et de l’aveuglement  (Eli était-il vraiment décidé à rompre ? Le saurons-nous jamais puisque Marie, en le gavant, l’empêche de passer « à table » selon la seconde acception de ce terme…), « A table ! » ne nous laisse jamais sur notre faim, que ce soit à travers les menus au programme (que les fins gastronomes apprécieront) ou les scènes d’amour.
Un livre qui marie parfaitement plaisirs de la chère et plaisirs de la chair mais tous deux toujours placés sous l’égide de Thanatos…
 
On le savait déjà : l’amour et la jalousie peuvent rendre dément.
Et ce n’est pas ce délicieux « A table » qui le…dément !
 
A lire de toute urgence : ce roman, daté de 2008, n’a pas connu de publication en poche et il est difficile de se le procurer (prévoir une commande dans votre librairie favorite).
 
Mais je puis vous assurer qu’avec ce texte-là, écrit « au couteau », Tiffany Tavernier rassasie, et de loin, nos appétits de belle littérature érotique intelligente…
 
 
 
« Du regard, Marie implore une deuxième baffe : jeu de bascule. Eli comprend, il bande, il comprend. Alors, sans aucun contrôle sur lui-même, il se met à la gifler, jouissant furieusement de cette domination. ».
 
Tiffany Tavernier - « A table ! » - Editions du Seuil - mars 2008.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vendredi 25 juin à 00h51 par AURORA | # | 2 commentaires

smiley : envelope BDSM Books (2): « Quand le requin dort » de Milena Agus - Editions Liana Levi - Mars 2010.

 

BDSM "Quand le requin dort" roman de Milena Agus aux Editions Liana Levi, mars 2010.

Scan de couverture de « Quand le requin dort » - Milena Agus - Editions Liana Levi - mars 2010.

 
 
 
La littérature italienne actuelle est riche d’écritures de la féminité.
Celle de Milena Agus vient en premier.
 
« Mal de pierres » a fait connaître Milena Agus en France.
Puis vint le tour de « Battement d’ailes » dont j’ai parlé longuement ici, en déplorant que son tout premier livre « Mentre dorme il pescecane » ne soit pas encore traduit de l’italien.
L’oubli est maintenant réparé depuis le mois de mars où « Quand le requin dort » est paru aux Editions Liana Levi.
 
Les Français vont donc lire en quatrième position (puisque entre temps a été publié le très court « Mon voisin ») le livre qui est la matrice de tous les autres et, curieusement, il y a toutes les possibilités que celui-ci leur semble comme le plus abouti.
Rien d’étonnant.
Là où l’on admirait le minimalisme de la narration chez Milena Agus était déjà passée la fulgurance foisonnante de « Quand le requin dort » : la magie de son univers poétique, plus de personnages et plus d’intrigues et les moules tout prêts de ses romans à venir…
 
Histoires de femmes encore : il y a la mère, la grand-mère, la tante et la narratrice, la fille aînée à peine sortie de l’adolescence qui se perd dans une relation BDSM que l’on pourrait qualifier de « switch » avec un homme marié, celui que l’on nomme « Le Sardo-Maso ».
 
Si elle se perd avec celui-ci, c’est pour oublier le poids des autres hommes, ceux de la famille, ceux du village, ceux qui forment le cortège des prétendants de la tante.
Des hommes qui pèsent trop lourd tant dans leur absence que dans leur présence.
Des hommes qui ne savent jamais alléger la douleur des femmes, leur mal de vivre dans cette Sardaigne trop pauvre, trop ensoleillée, ce cocon qui est en même temps une prison.
 
Hommes qui font du mal en voulant paradoxalement ne faire que du bien et tenter d’enrayer la souffrance séculaire de leurs aimées, de leurs aimantes, hommes trop faibles pour des femmes rugueuses et arides comme leur terre mais seulement en apparence, blessées et plus fragiles que du verre qu’elles sont au plus profond d’elles-mêmes de toute éternité par la castration de tous leurs rêves et espoirs.
Même Dieu, s’il existe, est un homme, après tout, et ces femmes le savent.
 
Et pourtant ce sont ces femmes encore qui, malgré tout, réussissent à faire croire que la vie est belle, que l’amour viendra et à éviter tant que faire se peut que le « requin » (métaphore du désespoir) se réveille et montre entre ses dents l’immensité de la désolation, cette inévitable destinée sans illusion des femmes.
Elles ne pourraient y survivre. L’une d’elle n’y survivra pas.
 
Le (mauvais) choix du « Sardo-Maso » comme partenaire est fait de toutes ces raisons.
Souffrance pour souffrance, douleur pour douleur, humiliation pour humiliation, autant penser les avoir voulues de tout son libre arbitre.
La fin (heureuse) du livre fera disparaître ces motivations dues à l’accablement.
 
Mais pour combien de temps puisque cette constante du sadisme d’un des personnages se décline à travers toutes les autres œuvres (successives, ne l’oublions pas !) de Milena Agus ?
 
 
 
 
« Puis il dit : « Maintenant, c’est moi qui vais me permettre de me défouler avec toi. Je te pisserai dessus et tu resteras là, étendue, la bouche ouverte. Et tu devras boire. ».
Je m’étends dans la baignoire et les yeux fermés et les mains croisées, comme une morte dans la terre, je laisse la pluie me tremper toute entière, comme en automne.
Et je serai sûrement méconnaissable au printemps avec toutes ces feuilles et  ces fleurs. ».
 
« Quand le requin dort » - Milena Agus - Editions Liana Levi - mars 2010.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
jeudi 24 juin à 02h25 par AURORA | # | 2 commentaires

smiley : envelope BDSM Books (1): « Le Sexe Fort » de Hieros et Mo - Editions Léo Scheer - Juin 2010.

 

BDSM Récit: "Le Sexe Fort" par Hieros et Mo - Editions Léo Scheer - Juin 2010.

Scan de couverture de « Le Sexe Fort » - Hieros et Mo - Editions Léo Scheer - Juin 2010.

 
 
 
A l’approche des vacances d’été, c’est un « bouquet » de lectures toutes plus ou moins relatives au BDSM que j’ai souhaité vous proposer ici.
Dans l’ordre de présentation de ces livres, tous lus au fil de ces derniers mois, il n’y aura aucune hiérarchie. Seul le hasard de l’inspiration m’amènera à parler tel soir de l’un plutôt que de l’autre.
Vous l’aurez compris: pour moi, ce sont tous de bons livres…
 
 
 
Si le premier de ces volumes fait exception, c’est qu’il ne se pose pas dans la même catégorie que les autres qui sont tous des romans ou des récits romancés mais qu’il est un essai ou plutôt une discussion.
On le trouve au rayon « sociologie » des librairies.
C’est pour cela, pour cette particularité, qu’il commence cette série.
Par ailleurs, c’est aussi le premier livre que nous ayons lu, Marden et moi, ensemble, depuis nos retrouvailles…
 
« Le sexe fort » (très mauvais titre, on le déplore), de Hieros et Mo, est paru début juin aux Editions Léo Scheer.
Il s’agit en fait d’un ouvrage réunissant les répliques d’un dialogue entre quatre Dominateurs, Hieros, Mo et deux de leurs amis - qui interviennent plus brièvement -, autour de leur parcours et de leur vécu SM.
Cet échange est entrecoupé de lettres ou de témoignages de leurs soumises.
 
En le lisant la première fois, j’étais tellement dithyrambique que Marden, avant son départ pour quelques jours, a souhaité en rédiger lui-même la chronique car il me trouvait peu objective.
A charge pour moi d’en composer seulement l’introduction.
C’est son texte que vous lirez en bleu un peu plus bas.
 
Il est vrai que cela faisait des années, au moins autant que celles que compte mon blog, que j’attendais que soit publié enfin un texte « véritable » de Dominateur.
On se souvient de combien je fus échaudée à la sortie du pathétique « Journal d’un Maître » de Patrick Lesage.
Hieros et Mo arrivaient à point pour rétablir l’équilibre et donner finalement des « lettres » à cette interrogation qu’une soumise porte toujours en elle « Qu’est-ce qu’un Maître ? Comment fonctionne-t-il ? Qu’est-ce qui le motive ? ».
 
Ma première lecture fut donc enthousiaste à l’extrême tant Hieros et Mo (je précise que j’ignore totalement qui se cache sous ces pseudos ainsi que ceux de leurs comparses masculins ou féminins) sont réels et sincères, tant ils se placent dans l’ « être » et non dans le « paraître », tant il est évident que nous avons affaire à de vrais Maîtres du BDSM (eux préfèrent parler de SM) et non à des dominateurs de pacotille.  
 
Sur l’instant même, j’aurais été prête à conseiller ce livre à toutes et tous.
Me replongeant dans « Le sexe fort » cette après-midi pour écrire ce préambule, je me suis aperçue que j’en avais fait une lecture initiale bien trop globale et portée par le seul engouement.
Ceci m’a permis de relever certaines choses qui ne m’étaient pas apparues en première « vision » et que je me dois de souligner ce soir.
 
Tout d’abord, contrairement à ce que je pensais, ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains.
Certains propos peuvent heurter les non pratiquants du BDSM car ils sont insuffisamment explicités par ceux qui les prononcent.
Ainsi, lorsque l’un des « amis » de Hieros et Mo dit « J’aime torturer », le discours qui suit ne suffit pas à faire oublier la force de ce verbe et son sens commun et peut amener à un dangereux malentendu.
 
Ensuite, sur de nombreux points, le SM de Hieros et Mo ou de leurs compagnons est loin, très loin, du mien.
Présenter « Le sexe fort » n’est donc pas pour moi le « cautionner » entièrement :
 
- Ils « partagent » tôt ou tard leurs soumises alors que je me situe, moi, dans le rapport qu’ils nomment « one to one », de par le fait que je ne conçois la relation amoureuse (eux aussi parlent d’amour, j’insiste bien là-dessus pour leur rendre justice) que dans l’absolue fidélité.
 
- Beaucoup de leurs analyses font remonter la propension au sadisme ou au masochisme à des traumas de l’enfance, chose sur laquelle je me suis toujours inscrite en faux.
Comme eux, pas plus que moi, ne prétendent détenir la vérité et que cette théorie est courante, je la leur laisse de plein droit sans polémiquer mais profite de cette chronique pour affirmer une fois de plus ne pas la partager.
 
- Enfin, tous - hommes ou femmes - intègrent pleinement en leurs témoignages la dimension de l’humiliation comme une composante et une constante « sine qua non » du SM dans ce livre.
Ce qui m’a amenée à réfléchir sur moi-même longuement en cette soirée.
Ma conclusion demeure la même que toujours : j’ai beau être et soumise et masochiste, l’humiliation m’est totalement étrangère : je ne la recherche jamais, sa seule pensée m'est intolérable et je serais incapable de la vivre même en la « jouant » comme au théâtre dans une mise en scène ou un jeu de rôle pour complaire au(x) fantasme(s) de qui que ce soit.
Je le disais il y a quelques jours ici et je le répète : c’est ma « limite » absolue et ceci vaut pour moi profession de foi.
 
Reste donc un livre fort intéressant où des gens (Hieros, Mo etc.) se montrent à nu avec la plus grande honnêteté et une authenticité que nul ne peut mettre en doute, un livre qu’il faut lire sans crainte si l’on est « adepte » du BDSM car il amène à se poser de nombreuses questions, qu’il ouvre des pistes de pensée et de raisonnement sur la quête que nous menons ou sur les rapports que nous vivons.
 
« Le sexe fort » est certainement l’ouvrage indispensable de cette décennie que tout Dominant ou soumise doit posséder dans sa bibliothèque.
Les étrangers à cet « univers » du BDSM ou du SM peuvent, eux, s’abstenir…
 
Et, comme mon « intro » aura été plus bavarde que prévu, je laisse enfin la parole à Marden :
 
 
Cet opus, présenté comme une conversation entre quatre Dominateurs, essaye de tracer les contours de la Domination Masculine,
Nous sommes très loin des « productions » précédentes, qu’elles proviennent de femmes ou d’hommes, qu'elles soient présentées sous formes de témoignages ou de récits romancés (Journal d'un maître, Le lien, etc...).
 
Ici, les pratiques décrites sont hards mais loin des descriptions complaisantes de gang-bang, pas de scènes croustillantes, juste des témoignages d'hommes et de femmes, témoignages souvent forts, parfois difficiles à lire (entendre à comprendre quant à la motivation) mais jamais racoleurs.
 
Ce livre n'est tout de même pas une bluette et il vaut mieux savoir de quoi il retourne avant d'en entreprendre la lecture.
157 pages qui se lisent d'une traite et dans lesquelles je me suis souvent reconnu.
Je mettrai seulement deux bémols que je traiterai plus loin.
 
Dès la première discussion, l'un deux dit « Mort aux tièdes ». J'adhère complètement à cette maxime pour avoir écrit sur mon profil il y a presque 10 ans de cela : « Le chaud ou le froid mais jamais le tiède ».
 
Les auteurs reconnaissent aussi leur sadisme, non pour la souffrance ou la violence, mais comme instrument pour faire fondre la carapace de « la femme forte » et en faire ressortir la féminité, l'animalité.
Ils refusent la violence pour ce qu'elle est pour entrer dans le monde de la soumise, pour en être à sa demande l'inventeur.
Mais ils revendiquent le « droit » d'aller trop loin, plus loin que la demande faite.
Ils nous rappellent aussi l'importance, pour reprendre une expression célèbre, du poids des mots, ceux dits (murmurés ou criés), ainsi que du ton de la voix, du sens du récit ou du scénario.
 
Tout au long de l'ouvrage, on voit que les auteurs font une différence fondamentale entre les hommes qui pensent avec leurs « couilles » et ceux qui bandent avec leur cerveau,
Ils verbalisent d'ailleurs ce qui semble être un immense mystère aux yeux des femmes: l'orgasme masculin sans éjaculation, le jouir sans jouir.
 
Où il appert aussi que dans le SM, le sadisme est toujours duel, il ne peut s'exprimer qu'en présence d'un(e) masochiste contrairement au sadisme clinique, et que le don va bien au delà de celui d'une relation vanille. D'ailleurs la notion de tendresse (au minimum) vis à vis de la soumise est toujours présente.
Il y est abordé aussi l'importance de la patience chez le Dominateur, le fait de prendre son temps pour le donner à la soumise, pour l'accompagner sur le chemin, dans son voyage intérieur jusqu'à son aboutissement, son plaisir. La patience aussi pour le plaisir du Dominateur: « J'aurai mon plaisir plus tard. J'aime attendre car je sais qu'il n'en sera que plus grand ».
 
Le chapitre sur l'humiliation est particulièrement intéressant par le développement du point de vue de chacun des auteurs puisqu'ils ne placent pas l'humiliation au même niveau de paroles ou de gestes. On comprend mieux alors pourquoi ce qu'une soumise vivra comme tel ne sera pas perçu comme humiliant par une autre.
 
Une autre approche, sociale celle là sur la perception du « mâle dominant » dans la société moderne, le constat que beaucoup d'hommes sont aujourd'hui inhibés par le regard sociétal sur les rapports hommes/femmes et sont incapables d'avoir et/ou d'exprimer des envies structurées;  d'où le résultat: les femmes veulent et les hommes n'osent pas.
L'ouvrage est émaillé d'extraits plus ou moins longs de lettres de soumises, apportant ainsi un contrepoint à la vision, à la réflexion des auteurs.
 
D'un point de vue personnel, je déplore que ces auteurs fassent l'impasse sur deux points que j'estime comme fondamentaux dans la pratique du SM.
 
- Le premier : Celui des limites: si l'un parle du « fil du rasoir », il le fait dans l'optique de la soumise. Je considère pour ma part que celles du Dominateur sont ici oubliées.
C'est quand une soumise vous amène « au bord du précipice » et qu'un pas de plus, un geste de plus précipiterait à la catastrophe, qu'un Dominateur doit parfaitement connaître ses propres limites et se dominer.
 
- Le second : Ce livre ne prend aucun recul avec les pratiques décrites. On n'y trouve aucune mise en garde contre une mauvaise interprétation et surtout une mauvaise exécution des actes mis en scène par des personnes non averties.
Tous ces actes, à la lecture, semblent parfaitement anodins et sans danger puisque cela n'est jamais évoqué.
Et c’est un oubli fort regrettable de la part des auteurs.
 
 
 
EXTRAIT CHOISI :
 
« Parfois, le chasseur devient prédateur. Moins civilisé. Il attrape la soumise, son attention, il la saisit d'un geste, en lui pinçant les seins, par exemple, et en la fixant dans les yeux c'est ainsi qu'il la dompte. Et la domine. ».
 
Hieros et Mo - « Le sexe fort » - Editions Léo Scheer - Juin 2010.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
mercredi 23 juin à 03h46 par AURORA | # | 3 commentaires
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