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smiley : envelope Ecrire, dit-elle...

 

Femme qui écrit Publicité pour l'Encre Marquet 1892.

Publicité pour l’encre Marquet - 1892.

 
 
Je viens de supprimer ma note précédente, c'est-à-dire la nouvelle « Le Tunnel ».
Du même coup vos commentaires - et mes réponses à vos commentaires - se sont envolés eux aussi.
Je tenais à vous remercier de ceux-ci.
Sans eux, je ne me serais jamais aperçue que le texte que j’avais publié était mauvais.
Ma gratitude donc à Troll, J.M. Devesa, Anaïs.
 
J’avais raconté une histoire et vous en avez lu une autre. Chacun de vous la sienne.
C’est moi qui n’ai pas su camper mes personnages, leur donner la consistance et l’épaisseur que je désirais.
 
En choisissant comme à mon habitude de produire un récit à la 3ème personne du singulier et d’un point de vue strictement masculin, j’ai totalement raté le personnage de la femme.
Ainsi Anaïs l’a-t-elle « vue » comme agissant aux antipodes de « celle » que j’avais « portée » en moi lors de mes instants d’écriture.
 
De plus, j’avais au tout dernier moment mis en illustration une photo qui, m’amenant à rajouter deux phrases (non prévues initialement) afin que l’image ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe, pouvait modifier irrémédiablement le sens du texte et entraîner la lecture que J.M. Devesa en a faite.
Là encore, je plaide coupable. Un texte est un texte : il n’a pas à être dénaturé pour une photographie.
 
J’avais aussi placé en exergue quelques lignes d’une chanson de Claudio Baglioni : elles ont influencé le regard que Troll a porté sur mes mots.
Elles n’avaient rien à faire là elles non plus : c’était la musique que j’écoutais en écrivant et, dans une envolée irréfléchie, j’ai pensé qu’elles faisaient une belle introduction.
Pas du tout : elles donnaient une piste de lecture nostalgico-romantique qui n’était pas de mise.  
 
Je n’ai jamais encore effacé un texte de mon blog.
Si je le fais pour celui-ci, c’est parce que le problème ne porte pas sur une note polémique mais sur quelque chose de purement créatif de ma part : une fiction.
N’est pas écrivain qui le veut, je l’ai toujours pensé, et je préfère voir ce « Tunnel » comme un brouillon mis de côté auquel je donnerai une autre chance une autre fois.
De toute manière, cette nouvelle n’était qu’une « forme » de plus - au sens pirandellien - du récit sur lequel je reviens encore et toujours depuis des années si ce n’est que s’y ajoutent maintenant les sujets du temps qui passe et de l’âge qui vient.
Mais sur le « fond », c’était une fois de plus mon thème de prédilection qui s’exprimait.
Aussi n’en resterai-je pas là et vous n’avez en aucun cas à vous penser fautifs d'avoir « coupé les ailes » de mes désirs d’écriture autour de thèmes fictifs…
 
Cette analyse intervient aussi alors que Blownblue quitte le monde du blog, préférant - semble-t-il - en revenir à l’écriture sur d’autres supports, plus intimes.
En revanche, pour moi, le blog continue à avoir le même attrait.
Parce qu’il est impitoyable.
 
Se « montrer à lire » aux autres impose une remise en question de ce que l’on a écrit.
Si j’avais rédigé « Le Tunnel » dans un cahier, j’aurais continué à en être très satisfaite.
Cela fera bien ricaner les imbéciles qui ne passent sur mon blog que pour voir si je n’y dis pas du mal d’elles mais je considérais en effet « Station-service » (le titre original du récit avant la photo et les deux malencontreuses phrases de rajout quant au « tunnel ») comme la « version » la plus aboutie de toute cette série de mes textes qui se ressemblent et qui sont (dans ma tête) intitulés « Fragments de mâl(e) amour ».
Je croyais avoir réussi à y transposer enfin toute la violence des sentiments que je prête à ces personnages que j’ai créés il y a longtemps déjà.
 
Avant que d’effacer, j’ai relu mon texte à la lumière de chacun de vos commentaires.
Une fois pour chaque intervention.
Et force m’est de conclure que mon récit n’avait aucune des qualités que je lui prêtais et que cet imbroglio de lectures diverses était seulement dû au fait que c’est moi qui avais échoué dans mes ambitions, ne donnant à lire en fin de compte qu’une ébauche, un squelette de ce que je prétendais faire passer.
 
Merci encore une fois à vous, Anaïs, J.M. Devesa, Troll, de m’avoir rappelé que l’art de la plume - pour minime qu’il soit, pour « bloguesque » qu’il est en mon cas - nécessite beaucoup de travail et de réflexion, toute une maturation qui n’étaient pas présents dans la « nouvelle » que je vous ai proposée hier bien trop à la va vite…
 
 
 
 
Rééd. 18 h 40:
Je m'aperçois que dans ma hâte à éditer cette note hier, j'ai oublié de remercier aussi Jeanne, Gilles et Joël qui avaient émis un bref commentaire positif sur ce fameux «Tunnel ».
Qu'avec toutes mes excuses, cet oubli soit réparé maintenant ici....
 
 
 
 
 
 
 
vendredi 03 juillet à 02h52 par AURORA | # | 7 commentaires

smiley : envelope Pina Bausch - 1940-2009 - au firmament (Vidéo YouTube et quelques photos).

 

 

Pina Bausch Café Müller.

Pina Bausch Orphée et Eurydice.

Pina Bausch Bamboo Blues.

Pina Bausch Sweet Mambo affiche officielle Théâtre de la Ville Le Chatelet Paris.

Pina Bausch Sweet Mambo.

Pina Bausch en 1985.

 

Les étoiles se mettent au garde à vous en cette nuit où elles accueillent Pina Bausch qui rejoint le firmament.
Il y a des tas de façons de faire la révolution.
L’art est l’une d’entre elles.
 
Pina Bausch, née en Allemagne en 1940 et décédée soudainement ce 30 juin, était à la danse ce que Louise Bourgeois est à la sculpture : une innovatrice iconoclaste.
Partie se perfectionner aux USA à 19 ans, elle intègre brillamment le New American Ballet puis, de rencontre en rencontre, devient l’icône de la « Modern Dance ».
 
Revenue en Allemagne en 1962 elle y fonde, une décennie plus tard - en tant que chorégraphe - sa propre compagnie, le Tanztheater de Wuppertal, avec lequel elle était encore sur les planches il y a une semaine.
 
Proche du théâtre expressionniste, c’est bien du « théâtre dansé » - comme le nom de sa troupe « Tanztheater » l’indique - qu’elle va être la « mère », rompant ainsi avec toute approche conventionnelle de la danse.
Ses chorégraphies explorent la violence, la douleur, l’incommunicabilité, la noirceur propres à notre époque ainsi que les rapports amoureux entre hommes et femmes à travers un nouveau langage corporel centré principalement sur les bras et le buste, rendus fluides et revendiquant avec virtuosité l’aspiration à la liberté ou bien au contraire répétant les mêmes gestes à l’infini pour marquer l’aliénation de l’enfermement.
 
Elle fascine le grand public mais aussi les cinéastes : Fellini qui la met en scène en 1983 dans « E la nave va » et Almodovar qui tourne « Parle avec elle » en 2002 avec comme point de départ son célèbre personnage aveugle de « Café Müller ».
 
Nous l’avons aimée et suivie longtemps.
Pour nous souvenir d’elle avec émotion, quelques instants de ce « Café » sur une vidéo Youtube, des photos de ses plus belles chorégraphies (passer la souris sur l’image pour connaître les titres) et ce portrait de 1985 où son visage exprime avec gravité et douceur sa richesse inépuisable de créatrice…
 
 
 
 
 
 
 
mercredi 01 juillet à 03h05 par AURORA | # | 7 commentaires

smiley : envelope BDSM Poème: Olivier de Provence.

 

Atelier Lucien Clergue Olivier de Provence AURORAWEBLOG.

Photo © Atelier Lucien Clergue.

 
 
Eté: multiplication des signes.
Le ciel est bleu à s’y noyer,
Le chant des cigales enivrées
Monte au travers de la colline.
 
Blanc dessin
Sous le soleil
Qui surexpose tout
Faire corps avec l’olivier
Etre tronc plutôt que rameau.
 
L’arbre parle avec la rocaille
La peau susurre à la muraille
Je te dis tout.
Quand viendra la saison des huiles,
Tu viendras me cueillir, habile,
Tu sais où.
 
Noirs desseins.
Essaime, abeille,
Et seins tout doux:
Tu les presseras pour faire ton lait,
Pour boire ton eau.
 
Eté: tentation charnelle
Se fondre nue dans l’élément
Etre terre, bois, naturelle,
Naturellement.   
 
 
 
 
 
mardi 30 juin à 03h13 par AURORA | # | 5 commentaires

smiley : envelope BDSM et Ecume des Jours: Boris Vian, « Fais-moi mal, Johnny ! », un hommage - hélas - minimaliste cinquante ans après…

 

BDSM Hommage à Boris Vian: L'auteur de "L'Ecume des Jours"et Magali Noël durant l'enregistrement de "Fais-moi mal Johnny!" en 1956 AURORAWEBLOG.

Jazz Hot: Boris Vian et Magali Noël dans le n° 117 de janvier 1957.

 
 
Dès que je m’absente en vacances quelques jours, à mon retour me guettent les notes que j’avais à faire, celles qui se sont ajoutées (actualité venant) et je suis débordée au moment de passer au tri.
 
Deux mots sur le Honduras ce soir avant tout : même si la situation est différente, même si le complot de la CIA n’est pas à soupçonner, l’on ne peut s’empêcher de penser aux militaires dans les rues du Chili de 1973…
 
Quelques lignes sur Michaël Jackson ensuite : je n’avais aucun disque de lui mais, lorsque « Billie Jean » passait à la radio, je montais toujours le son, en (bon) souvenir de celui qui fit - lors des lointaines années de ma jeunesse - un album bourré de hits illustrés par des clips qui étaient des pépites parce qu’il y dansait comme un Dieu son « moonwalk ».
Ça m’enquiquine donc un peu de lire comme commentaires à sa mort subite les textes de celles et ceux qui se moquent ou qui veulent ne se rappeler que ses déplorables fantaisies et caprices d’ « après ».
Pour devenir ce qu’il était devenu, il fallait un drôle de mal de vivre et très probablement une enfance de « Jackson Five » pas rose du tout.
Un sacré lot de souffrance en tout cas à coup sûr.
Le meilleur article paru sur lui est de François Bon, on peut le lire ici.
 
Et pour reprendre le fil de mon blog BDSM, je rends - pour le cinquantenaire de sa disparition - un bien injuste hommage à Boris Vian qui fut tant et tant de vies à lui seul (romancier, poète, musicien etc.), auteur de cette « Ecume des jours » qui m’arrache encore des larmes à chaque fois que je « la » relis, en ne lui consacrant qu’une anecdote qui « colle » à ma thématique et que ses biographes racontent en souriant.
 
Quand Boris délaissa le jazz le temps d’une récréation pour introduire - comme une bonne blague - le rock and roll en France (avec la complicité d’Henri Salvador notamment), il écrivit début 1956 un morceau ahurissant de provoc’, « Fais-moi mal, Johnny », (le BDSM n’existait à l’époque pas plus à l’état d’acronyme qu'à l'état même de « possibilité » pensable pour le futur et c’était au SM « pur et dur » - dont on imagine comment la France profonde pouvait alors le percevoir - que le texte renvoyait), qu’il fit chanter par Magali Noël en participant en personne activement à l’enregistrement comme voix de fond.
Celles et ceux qui ont le disque l’entendent en sadique au comble du plaisir accompagner chaque refrain d’un « Vas-y fais lui mal, vas-y fais lui mal… » ou « Il lui a fait mal, il lui a fait mal… ».
 
Un peu effaré à l’idée d’un possible scandale, le producteur Jacques Canetti envoya le « produit » subir un « test » en Suisse tout d’abord à l’automne 56 où « Fais-moi mal, Johnny » remporta un très grand succès, la chanson ayant bien été reçue sous son aspect humoristique.
Ce n’est qu’en février 57 que les Français purent eux aussi la découvrir et en rire à gorge déployée.
Magali Noël, outre le fait de chanter bien, était déjà brillante actrice (elle fut une fabuleuse « Gradisca » beaucoup plus tard dans l’« Amarcord » de Fellini) et son talent de comédienne servait à merveille cette chanson pas comme les autres…
 
On avait aussi pris soin d’éclairer les amateurs de jazz par un entrefilet dans « Jazz Hot » où Boris Vian pigeait alors chaque mois afin qu’ils ne tombent pas de haut et…ne se fassent pas mal !
 
 
« Il s'est levé à mon approche
Debout, il était plus petit
Je me suis dit « C'est dans la poche
Ce mignon-là, c'est pour mon lit ! »
Il m'arrivait jusqu'à l'épaule
Mais il était râblé comme tout
Il m'a suivie jusqu'à ma piaule
Et j'ai crié « Vas-y mon loup
 
Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Envole-moi au ciel... zoum!
Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Moi j'aim' l'amour qui fait boum! ».
 
Il n'avait plus que ses chaussettes
Des bell' jaunes avec des raies bleues
Il m'a regardé d'un œil bête
Il comprenait rien, le malheureux
Et il m'a dit l'air désolé
Je n'ferais pas d'mal à une mouche
Il m'énervait! Je l'ai giflé
Et j'ai grincé d'un air farouche
 
« Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Je n'suis pas une mouche... zoum!
Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Moi j'aim' l'amour qui fait boum! ».
 
Voyant qu'il ne s'excitait guère
Je l'ai insulté sauvagement
J'y ai donné tous les noms d'la terre
Et encor' d'aut's bien moins courants
Ça l'a réveillé aussi sec
Et il m'a dit « -Arrête ton char
Tu m'prends vraiment pour un pauv’ mec
J'vais t'en r'filer, d'la série noire !
 
-Tu m'fais mal, Johnny, Johnny, Johnny
Pas avec des pieds... zing!
Tu m'fais mal, Johnny, Johnny, Johnny
J'aim' pas l'amour qui fait bing! »
 
Il a remis sa p'tite chemise
Son p'tit complet, ses p'tits souliers
Il a descendu l'escalier
En m'laissant une épaule démise
Pour des voyous de cette espèce
C'est bien la peine de faire des frais
Maintenant, j'ai des bleus plein les fesses
Et plus jamais je ne dirai
 
« Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Envole-moi au ciel... zoum!
Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Moi j'aim' l'amour qui fait boum! »…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
lundi 29 juin à 03h42 par AURORA | # | 10 commentaires

smiley : envelope BDSM et Art: Roman-Photo (ou « Eroticartproject », la photographie de Jeanette Devno)…

 

BDSM Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 1.

BDSM Art Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 2.

BDSM Art Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 3.

BDSM Art Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 4.

BDSM Art Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 5.

BDSM Art Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 6.

BDSM Art Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 7.

BDSM Art Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 8.

BDSM Art Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 9.

BDSM Art Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 10.

BDSM Art Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 11.

BDSM Art Domination Soumission Jeanette Devno Eroticartproject photographie 12.

Toutes les photos © Jeanette Devno.

 
 
Ceci est ma 1881ème note, la plus « lourde » en images de tout ce blog.
Mais celles-ci le valaient bien…
 
 
Après qu’un commentateur m’a invitée, la semaine passée, à visiter le site de Felix Ruckert, je me suis un peu aventurée sur le Web BDSM allemand.
Compte tenu du fait que je ne parle pas un traître mot de cette langue, je me suis plutôt attardée sur quelques sites qui avaient une version anglaise et qui ne m’ont rien apporté de nouveau.
 
Jusqu’à ce que j’arrive sur la page de « KissMeHard » qui est exclusivement proposée dans l’idiome de Goethe.
C’est cependant celle-ci qui m’a le plus intéressée.
A ce qu’il me semble avoir compris - et je mets là tous les conditionnels possibles - « KissMeHard » serait la vitrine sur la Toile d’un lieu où se déroulent des soirées BDSM dont il présente le calendrier, peut-être même une association puisqu’il donne des liens vers d’autres lieux de rassemblement et propose même des formations en photographie et un ciné-club.
Ceci m’a amenée à cliquer sur leur « galerie » où j’ai découvert les nombreux clichés de la photographe Jeanette Devno (qui les publie sous le titre d’« Eroticartproject ») et qui est partie prenante de « KissMeHard ».
 
L'oeuvre de cette femme m’a enchantée.
Elle se saisit d’un thème qu’elle fait ensuite fructifier en une longue séquence qui relate une histoire (de BDSM, de soumission, bien entendu) comme dans un roman-photo.
C’est passionnant, bien conduit, cela sent le réalisme des situations même s’il est évident que c’est avant tout un travail esthétique et, par là même, créé de toutes pièces.
 
J’aime beaucoup la longue série d’images (et encore, je n’en publie qu’un échantillon) qui précède mes quelques mots.
Tous les ingrédients réunis correspondent à ma vision des choses.
Deux personnages, une relation qui semble amoureuse, le respect, le partage, la complicité, les troubles de la soumise rendues au millimètre d’âme près, les instruments (bandeau, menottes, cordes, bondage), l’atmosphère (un instantané de domination soft et extrêmement tendre, mené sur le fil de l’attente, des effets de surprise renouvelés, des variations émotionnelles)…
 
On sait combien j’apprécie ce qui peut me laisser libre court à mon imagination, aux narrations que j’ai envie de me raconter et qui sont toujours des histoires où je peux me projeter…
 
Là, c’est parfait (et c’est peu dire !).
 
Dans les délicates photographies de Jeanette Devno, toutes d’un érotisme subtil et raffiné, - que je vous incite à visiter ici  pour vous y construire au départ d’autres clichés votre propre « roman-photo » - je suis exactement au cœur de moi, de « mon » BDSM, de mes fantasmes…
 
Chapeau bas à l’artiste !
 
Après cela, après une « mise en images » aussi complète, je me demande ce qu'il me reste à dire et si, au fond, ce blog ne pourrait pas se terminer ainsi.
  
 

 

 

jeudi 25 juin à 01h23 par AURORA | # | 12 commentaires

smiley : envelope BDSM Poème: Les derniers feux.

 

BDSM Feu de la Saint-Jean AURORAWEBLOG.

Photo © ElseStudio.

 
 
 
Aux Feux de la Saint-Jean,
Ils s’accompagnèrent
Aux Feux de la Saint-Jean,
Pour une fois dernière.
 
Leurs corps enveloppés
Dans une spirale,
Phalènes de lumière
En une nuit chimère,
 
Gardiens de l’ombre,
Des forêts vierges
Et des déserts de sel
Que l’on dit infinis.
 
Qu’il morde la chair
Dont elle lui fait don
Et laisse des signes
D’incendie sur sa peau.
 
Elle s’enchante de lui,
Elle s’enchaîne à lui.
Aux Feux de la Saint Jean,
Elle s’enflamme.
 
Elle saute, elle vole,
Mercure dense,
Mer qui redanse
Au fond d’un ventre,
 
Abîme insoupçonné,
Obscure caverne,
Creusés pour le seul
Plaisir de ses doigts.
 
Qu’il la peigne et la sculpte
Qu’il la décoiffe et la dévête,
Sa robe n’était faite
Rien que pour cette fête,
 
Rien que pour ces brandons,
Rien que pour ces tisons,
Rien que pour ces charbons,
Que pour cette chanson…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
mercredi 24 juin à 02h10 par AURORA | # | 5 commentaires

smiley : envelope BDSM à lire (5 et fin): « Fake » de Giulio Minghini - Editions Allia - janvier 2009.

 

Fake de Giulio Minghini - Editions Allia - janvier 2009.

« Fake » de Giulio Minghini - Editions Allia - janvier 2009 (scan de couverture).

 
 
 
Bien que ne traitant pas spécifiquement des sites de rencontres BDSM, « Fake » de Giulio Minghini nous concerne tous, nous qui avons vécu sur ceux-ci ou sur d'autres d'obscures trajectoires.
Nous sommes passés par là. Nous y repasserons sûrement…
 
 
L’amour au temps du numérique ?
Le sexe au temps du numérique ?
La solitude au temps du numérique ?
Quel est le sujet de « Fake » de Giulio Minghini ?
Peut-être un mélange des trois.
 
Il y a un peu plus de trente ans, Bruckner et Finkielkraut nous proposaient un livre (qui allait marquer toute une génération): « Le nouveau désordre amoureux ».
 
Giulio Minghini, 37 ans, Italien qui a adopté la France pour terre d’élection depuis des années même s’il demeure consultant et traducteur (de René Crevel notamment) auprès des transalpines Editions Adelphi, nous livre avec « Fake » - présenté comme son premier roman - un constat sans concession sur « Le nouveau désastre amoureux ».
 
Alors que l’on compte en France un peu plus de treize millions de célibataires et que l’un sur deux de ceux-là s’est inscrit un jour ou l’autre sur un ou des sites de rencontres sur le Web, voici le tout premier récit (car le qualificatif de « roman » est un peu difficile à croire) sur le monde caché des affres sordides d’un « pèlerin » du virtuel.
 
Virtuel.
Le mot est lâché.
 
L’amour au temps du virtuel.
Le sexe au temps du virtuel.
La solitude au temps du virtuel.
 
Après une rupture amoureuse, le narrateur, jeune Italien vivant en France où il traduit un texte de René Crevel, s’inscrit sous le pseudonyme évocateur et trompeur de « Delacero » sur un site de rencontres par Internet suite au conseil d’une amie inquiète de le voir décliner de chagrin.
En ces espaces d’ « échanges » que personne n’avait encore jamais abordés en littérature avant Giulio Minghini, le narrateur déclinera peu à peu mais cette fois-ci d’addiction, à coups de rendez-vous avec des femmes aussi désabusées que lui qui ne recherchent même plus le contact vrai mais la rencontre immédiate et sans suite.
De plan foireux en plan foireux mais de peau en peau, voici « Delacero » qui saute d’un site à un autre (tous ceux décrits dans le livre existent) et devient totalement compulsif :
 
« Une fois réveillé, j’allais vérifier mon courrier. Lire, répondre, relancer, inventer des pièges, mentir encore. Percer du regard des photos un peu floues, essayer de deviner des intentions derrière des annonces creuses ou coquines, des annonces qui en disaient trop, ou pas assez. J’étais nu devant l’écran, je transpirais, je voulais aller plus vite, je ne mangeais presque plus. Des oeufs crus mélangés à du poivre, j’avalais ça pour tenir. Et j’avançais. Personne ne me l’avait dit, ça, qu’il y avait une entrée et peut-être pas de sortie, et pas de monstre au centre de ce labyrinthe. ».*
 
Il zappe comme halluciné d’un lieu virtuel à un lieu jumeau mais aussi d’un « pseudo » à un « alias ».
Le narrateur espionne ses maîtresses, leur tend des pièges, en vient à se construire une toute-puissance mentale en abonnant des « profils de lui » de plus en plus nombreux : Santasangre, Cupiodissolvi, Subutex, Malacarne, Haidouk etc.
 
Finissant par n’être qu’une image démesurément multipliée de lui-même.
Un « fake ».
Un fantôme en perte d’identité dans ces supermarchés des corps où l’on consomme l’autre, où l’autre nous consomme.
Où l’on se consume.
 
A partir de cet instant, l’écran du PC et les masques des « fakes » deviennent la vie pour le narrateur.
Mais quelle vie ?
Celle où il faut « additionner les rencontres pour mieux se soustraire »*, selon l’une des phrases les plus percutantes du livre.
 
Ne nous y trompons pas, il y a du Houellebecq chez Giulio Minghini.
Dans « Fake » nous ne sommes pas dans la gaudriole coquine de « Je nique sur Meetic » (du nom du blog qui était devenu le livre « Des souris et un homme » en 2005) mais dans le plus sombre des constats de désespoir.
Pas de joie, pas de sensualité, pas d’érotisme, pas de transgression, pas de jubilation.
Le virtuel, le site de rencontres, ce n’est même pas - ce n’est surtout pas - le libertinage des temps modernes, comme on pourrait l’imaginer.
C’est même tout le contraire :
 
« Vieille habituée de meetic, Dorothée m’explique que les mecs qui invitent une inconnue, branchée en chat, à les retrouver pour la première fois dans un club échangiste, est un classique du genre. « J’ai déjà accepté des invitations comme ça. J’adore transgresser les codes. C’est le nouveau libertinage… », ajoute-t-elle d’un air convaincu.
Mais de quel « libertinage » parle-t-elle ? De quelle « transgression » ? Tout ce qui était libertinage au dix-huitième siècle en Europe, lorsque l’emprise de la morale catholique était suffocante, n’est plus qu’une forme de libéralisme sauvage diaboliquement déguisé en liberté. Dans le sens vulgaire du terme, tel qu’il est couramment employé par les magazines de mode féminins et par les clients des boîtes à partouze, le mot « libertin » n’est qu’un élégant euphémisme pour désigner un queutard ou une allumée du cul. Aucun raffinement intellectuel n’est requis pour pousser la porte des Chandelles.
René Crevel, qui n’aimait pas se mentir, n’aurait jamais été inclus dans la liste des « nouveaux libertins ». Ses étreintes n’étaient que des tentatives désespérées de fuite de soi et du monde. Aucun libertinage n’aurait pu le séduire, car nul plaisir n’aurait su le distraire longtemps de sa trop haute solitude. ».*
 
Le virtuel, c’est l’endroit où l’on compte, où l’on manipule la règle de trois afin de savoir - entre le prix de l’abonnement et le « profit » sexuel obtenu - combien chaque plan d’un soir aura coûté:
 
« Au bout de trois mois d’abonnement à meetic, au prix de quatre-vingt-neuf euros et quatre-vingt-dix-sept centimes, j’aurai rencontré trente-deux filles. Avec quatorze d’entre elles, j’aurai eu le loisir de joliment salir de foutre mes draps. En opérant une division très simple, je peux conclure que chaque fille baisée m’aura coûté - hors frais de bouche et de laverie - six euros et quarante-deux centimes d’investissement. ».*
 
Le succès éditorial que remporte « Fake » depuis sa publication en janvier me rend certaine que les habitués de mon blog l’ont soit déjà lu, soit le liront sans même que j’aie besoin de prodiguer un quelconque conseil.
Ce récit écrit par un fin lettré, un jeune homme très cultivé, se lit d’une traite avec une délectation littéraire qui passe par-dessus bien des impressions de dégoût.
Ce dégoût, c’est celui du miroir.
 
Nous avons tous - surtout nous qui pratiquons le BDSM - fréquenté des espaces de rencontres ou des « chats ».
Si les lieux BDSM ne visent pas (en règle générale) la consommation purement sexuelle, il suffit de transposer pour retrouver les mêmes détresses, la même addiction.
 
Dans le texte de Giulio Minghini - et c’est ce qui le rend si difficile à « chroniquer » - il y a, tôt ou tard, quelque chose qui nous parle très fort de nous, qui nous remue très, très profondément parce que ce qu’il a vécu est précisément ce que nous avons vécu nous aussi.
 
Nous ne pouvons alors que témoigner de l’authenticité de son livre en nous référant à notre propre expérience : si je n’ai fréquenté qu’un « chat » et le temps d’une saison seulement il y a sept ans, j’ y ai moi aussi « filé » avec de nombreux « fakes » mon partenaire de l’époque pour le mettre nez à nez avec ses infidélités et ses roueries.
 
« Fake » appuie sur des endroits de nos âmes qui font mal comme une dent gâtée.
Et si cette descente aux enfers s’achève sur un clic de « déconnexion », nous savons parfaitement que demain ou après-demain, le narrateur ou nous-mêmes pourrons à nouveau nous retrouver devant l’écran…
 
 
 
* Tous les extraits cités en marron et en italiques in « Fake » de Giulio Minghini - Editions Allia - janvier 2009.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
mardi 23 juin à 01h50 par AURORA | # | 13 commentaires

smiley : envelope BDSM au solstice: Fêtons l’Eté, la Musique et les Pères ! (note en trois images).

 

BDSM Bondage d'été AURORAWEBLOG.

BDSM Quand Madonna donne le "swing" à la cravache... AURORAWEBLOG.

BDSM Notre père à tous: Le Père Fouettard! AURORAWEBLOG.

 

A ma connaissance, nous n’avions jamais encore eu à fêter le même dimanche à la fois l’Eté, la Musique et les Pères.
 
Pour rendre hommage à ce trio de choc - en restant dans ma thématique BDSM - je n’ai pu faire qu’une note en trois images (qui ont été très « recherchées » pour y parvenir mais ouf !, la voici...)
 
Hommage donc à l’Eté avec ce bondage en pleine nature qui sent bon « le laurier, le thym et le serpolet »…
 
Hommage à la Fête de la Musique avec « notre » chanteuse la plus emblématique, Madonna, qui manie la cravache aussi bien que le « fa » et le « do »…
 
Et hommage enfin au « Père Spirituel » du BDSM qui n’est ni Sade ni Masoch (comme on voudrait nous le faire croire souvent) mais bien évidemment le…Père Fouettard !
 
 
 
 
 
 
 
 
lundi 22 juin à 01h00 par AURORA | # | 6 commentaires

smiley : envelope BDSM Humour : Quand la France interdit officiellement sous peine d'une amende de 1.500 euros le port de cagoules dans les manifestations…

 

BDSM La cagoule dans la photographie de Charles Mons.

BDSM Cagoules et masques par le photographe Charles Mons.

Photos © Charles Mons.

 
 
 
Par un décret publié au journal officiel hier, « la France interdit officiellement depuis samedi, sous peine d'une amende de 1.500 euros, le port de cagoules dans les manifestations, ou de tout autre objet dissimulant volontairement le visage » (lire l’article ici).
Ce n’est pas une surprise et l’on sait que cette mesure est due à l’initiative de la bonne MAM, initiative relayée immédiatement par Nicolas 1er.
 
Qu’en dire ?
Chaque jour est marqué, au royaume de Sarkozie, de l’une de ces lois, d’un décret, d’un effet d’annonce.
Bientôt, tout sera réglementé, jusqu’à la durée autorisée pour utiliser les toilettes publiques.
Il n’y a vraiment pas de quoi faire de l’humour avec ça.
 
Pourtant, ce qui me fait sourire, c’est que la cagoule est aussi l’un des accessoires BDSM par excellence.
Pas l’un des « miens ».
J’ai horreur des cagoules et n’en porte pas plus pour mes ébats érotiques que pour aller manifester.
De plus, comme je ne suis pas non plus pratiquante des sports d’hiver, la cagoule n’est décidément en aucun cas une nécessité pour moi.
 
Mais je comprends très bien celles et ceux parmi les amateurs BDSM qui en ont fait l’un de leurs « émois sensuels ».
Ça doit bien les faire rigoler, eux, « le coup de la cagoule »...
 
Là où je préfère un masque ou un simple bandeau, j’imagine facilement combien la cagoule peut donner des sensations très « spéciales » (l’opposition entre la nudité absolue et le visage totalement prisonnier ou bien encore la cagoule comme partie d’un appareil complet de vêtures qui contraignent).
 
La cagoule dépersonnalise, c’est un fait (voir les motifs du décret).
Dans le BDSM, ce peut être un plaisir.
Si je n’y goûte pas, c’est précisément parce que tout ce qui « annule », dans ces « jeux » particuliers, n’est pas du tout ma tasse de thé.
Disons même que c’en est l’aspect que j’ai volontairement laissé de côté dès le départ sans le regretter jamais.
Ma soumission à moi me demande d’exister très fort et d’être toujours « identitairement » présente lors de nos actes amoureux.
 
Mais comme je ne nie pas « le goût des autres » et que je reconnais un aspect très esthétique à la cagoule en situation BDSM, j’ai voulu accompagner le « décret du jour » de ces photographies de Charles Mons, artiste étonnant et parmi les plus représentatifs de « notre » univers dont j’avais par le passé déjà souvent donné l’url du site sur mon blog.
Donner chez moi  de « l'art à voir » en signe de protestation symbolique contre tous ces infimes « coups de canif » que l'on « décrète » dans nos libertés individuelles.
 
En souhaitant qu’une dérive n’amène pas les soirées publiques BDSM à être considérées comme des « manifestations » (sait-on jamais, je me méfie !) et que le port de la cagoule n’y devienne pas interdit l’un de ces jours à ceux qui l’aiment…
 
 
 
 
 
 
 
PS : Et comme cette note ne veut pas être seulement humoristique alors qu’en France les heures passent de plus en plus gravement, je vous invite à venir me lire là aussi sur un sujet plus sérieux.
 
 
 
 
 
dimanche 21 juin à 00h18 par AURORA | # | 9 commentaires

smiley : envelope BDSM à lire (4): « Recherches de fuite » de Martine Roffinella - Editions Jean-Paul Bayol - mars 2009.

 

« Recherches de fuite » de  Martine Roffinella - Editions Jean-Paul Bayol - mars 2009.

« Recherches de fuite » de  Martine Roffinella - Editions Jean-Paul Bayol - mars 2009 (scan de couverture).

 
 
Tenir un blog « dit » BDSM n’est pas une sinécure !
Je lis énormément et ai pourtant, lorsque j’ai « ouvert » l’ « Auroraweblog », décidé de m’en tenir à n’évoquer ici que les ouvrages qui relevaient d'un unique sujet.
Parfois, cependant, je fais une entorse au « règlement intérieur »…
 
Et si ce blog pouvait - une fois dans sa « vie » - servir à quelque chose de bien, je serais heureuse de l’avoir mené depuis si longtemps.
 
Disons-le d’emblée, bien qu’apparaissant dans ma série « BDSM à lire », le titre que je vous propose ce soir n’a strictement rien de BDSM, ni de près, ni de loin, si ce n’est le fait que Martine Roffinella est aussi l’auteur de « Le Fouet » que je vous avais présenté sur ce post.
 
Je formulais alors des voeux pour que cette écrivaine, silencieuse depuis quelques années,  publie très vite quelque chose de nouveau.
Et voici que c’est arrivé.
Fin mars, Martine Roffinella a fait paraître « Recherches de fuite », un recueil de sept nouvelles, aux Editions Jean-Paul Bayol.
 
Ce livre est un pur régal, c’est aussi une potion magique, une liqueur qui redonne l’espoir les soirs de pleine mouise.
Il nous raconte sept histoires, toutes situées à Montmartre, sept petites vies de gens de peu atteints - comme le dit le mot de l’éditeur - de « folie ordinaire ».
Cette folie, c’est la mienne, la vôtre : nos manies, nos angoisses, nos moments d’allégresse, nos peurs.
Elle est tellement humaine, cette folie mise en pages,  qu’elle nous frappe comme une gifle au détour de l’un des récits, qu’elle nous réchauffe comme un baume dans un autre.
 
Générosité et compassion vont de pair ici avec analyse caustique et dissection au vitriol de nos misères ou jubilations de ce début de troisième millénaire.
Toutes y sont convoquées, l’une après l’autre.
Chaque mot, chaque observation est juste. Et si chaque mot fait mal, chaque observation est réparatrice.
 
On ne peut pas résumer des nouvelles.
Toutefois, pour donner une idée de celles-ci, je citerai le titre de l’une d’entre elles, « Les petites joies », et vous dirai que - par des sentiers escarpés - tout ce recueil nous fait comprendre que si nous savons les saisir, c’est la recette des « grands bonheurs » que nous avons alors entre les mains.
 
L’art de la nouvelle est l’un des plus difficiles en littérature.
Edna O’Brien, Raymond Carver y ont excellé. Avec des personnages de la vie de tous les jours.
Martine Roffinella n’a rien à leur envier.
 
Son écriture est remarquable.
Bernard Pivot ne s’y était pas trompé lorsqu’elle a débuté.
Elle a du style, une aisance époustouflante dans la syntaxe, une vitalité pétillante dans les dialogues.
Chacune de ses pages est exactement ce qu’elle doit être.
Pas une virgule à faire défaut, pas un mot qui mériterait d’être remplacé par un synonyme.
Une perfection qui éblouit.
Et tous ces joyaux sont « emballés - talent de l’artiste vraie - dans une facilité de lecture qui laisse pantois.
Car nous nous attachons immédiatement à ces histoires et à ces anti-héros qui nous amènent au coeur de leurs appartements qui ressemblent à s’y méprendre aux nôtres ou à ceux de nos voisins.
Nous sourions béats, nous ricanons aussi férocement.
L’humanisme et l’humour noir font bon ménage dans « Recherches de fuite ».
Nous ne voulons plus lâcher ce livre.
Et quand nous avons épuisé les sept textes, nous voudrions adresser un seul reproche à Martine Roffinella, celui de nous abandonner ainsi et lui faire aussi une suggestion, celle de nous donner très vite de ses…nouvelles !
 
Si je choisis de faire part ici de mon enthousiasme inconditionnel pour un ouvrage qui me relève pas spécifiquement de la thématique BDSM de mon blog, c’est qu’au cours d’une conversation à bâtons rompus ce soir avec mon « marchand de lignes », j’ai appris que « Recherches de fuite » ne se vend pas très bien.
Il est, selon lui, « étouffé » par les parutions « blockbusters » d’avant l’été, n’a pas de visibilité puisqu’il ne bénéficie pas de la mise en place que l’on réserve aux « grandes maisons » et non plus de recensions dans les revues spécialisées.
 
Je parlais il y a quarante-huit heures du pamphlet au second degré qu’est « Christelle corrigée » de Romain Slocombe, lourde charge contre le monde du marché de l’édition.
Et je crains justement - en restant sur cette même ligne  de réflexion sur la dure loi de ce marché - que « Recherches de fuite » ne rencontre pas son public, ni le succès qui lui est dû seulement parce que tout le monde ignore que ce petit recueil existe.
 
Aussi, je veux réagir avant qu’il ne soit trop tard : on sait qu’un livre a peu de semaines pour « faire ses preuves à l’examen ».
Je souhaite que n’advienne pas une erreur fatale d’absence de « buzz » autour de cet ouvrage.
 
Un blog aussi peu connu que le mien (et non littéraire de surcroît) ne va pas pouvoir faire grand-chose pour inverser cette tendance.
Toutefois, si je ne vous engageais pas à, demain samedi, passer à la FNAC ou ailleurs pour feuilleter puis, si bon vous semble, vous procurer ou commander ces « Recherches de fuite », j’aurais le sentiment de ne pas avoir respecté quelque chose de ma propre « charte perso »: exposer sur mon blog de la bonne littérature.
 
De plus, c’est d’un auteur femme dont il est question et elles sont trop rares aujourd’hui à pouvoir prétendre, comme Martine Roffinella, s’inscrire dans une lignée littéraire de « qualité » pour qu’on puisse se permettre de l’ignorer et de laisser ces « Recherches de fuite » se perdre dans le silence sans rien faire.
 
Alors que vous dire de convaincant ?
Une seule phrase.
J’ai passionnément aimé ce livre et puis vous assurer qu’à votre tour vous l’aimerez.
 
 
« Politiquement, les deux femmes étaient de droite ; elles s’intéressaient néanmoins à la Grande Misère du Monde, s’obligeant à regarder les émissions télévisées qui traitaient de ce sujet. Elles avaient d’ailleurs leur clochard favori, qu’elles gratifiaient chaque semaine de deux euros après avoir acheté Le Journal du Dimanche à un euro cinquante. Elles avaient toutes deux voté Nicolas Sarkozy, même si dans leur arrondissement leur vote n’avait que peu compté, Ségolène Royal y étant arrivée largement en tête. Cela ne les empêchait pas de considérer d’un œil mauvais l’arrivée de Carla Bruni dans la vie du Président - une « Marie-couche-toi-là », disait Fernande. »
 
Martine Roffinella - Recherches de fuite - Editions Jean-Paul Bayol - mars 2009.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
samedi 20 juin à 03h04 par AURORA | # | 8 commentaires

smiley : envelope BDSM Fiction : La part de l’ombre (sur une photographie de Nad Iksodas).

 

BDSM Regard Une photographie de Nad Iksodas 2009.

Photo © Nad Iksodas.

 

Ce texte est une fiction BDSM. Donc, toute ressemblance etc., etc.

 
 
Elle est belle. Elle est jeune.
Fraîche.
Cette nuit, les étoiles du firmament sont reproduites sur sa peau.
Ses éphélides dans la pénombre de pleine lune reflètent exactement les constellations.
 
Elle le réveille alors que la noctée est à son apogée.
Il sursaute.
Ses yeux ensommeillés s’écarquillent comme sous l’effet d’un lavage glacé des pupilles.
Il la voit entrer et ôter de deux doigts son presque rien de robe.
Elle le dévisage, les mains sur les hanches comme en un défi.
Elle l’appelle au combat.
 
Demeure-t-il de marbre que c’est d’elle-même qu’elle va, au dessus de l’armoire, saisir de ses propres mains la cravache.
Elle rampe ensuite, chatte, sur le lit, en s’avançant vers lui depuis les pieds de celui-ci.
La cravache entre les dents maintenant comme l’on y tient une fleur sur les cartes postales désuètes.
 
Il sait pourtant qu’à si peu de centimètres - et malgré le truchement de la peau, du regard, de la chaleur qui embrase la chambre - malgré l’instrument qui dit tout sans qu’il ne soit besoin de prononcer une seule parole, elle ne parviendra pas à le rejoindre.
 
Quand elle arrive au milieu de la distance qui les sépare encore, il reste toujours la moitié de ce milieu à parcourir.
 
Quelques déhanchements de plus et elle atteint ce point.
Mais aussi proche qu’elle soit, aussi suppliants que ses yeux se fassent, il demeure une moitié de chemin à faire même si elle n’est plus éloignée que d’un souffle.
 
Ainsi, à l’infini, une moitié les séparera toujours.
 
Il saisit la cravache brutalement et cingle. Elle s’avachit et roule sur elle-même en criant de surprise.
Il frappe maintes et maintes fois, toujours plus fort. Elle geint.
 
Ils ne sont pas plus proches pour autant.
 
Une moitié, une moitié à nouveau les divise.
 
Cette moitié infranchissable porte exactement le nom qu’elle doit porter. Sa moitié.
C’est une ombre née de l’une de ses côtes il y a quelques douze années, une ombre d’amour qui hante sa vie.
 
Même s’il s’applique à le souhaiter depuis des mois, même s’il invoque les Dieux de l’oubli, une femme n’en efface jamais une autre.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vendredi 19 juin à 01h40 par AURORA | # | 14 commentaires

smiley : envelope BDSM à lire (3) : « Christelle corrigée » de Romain Slocombe - Editions Le Serpent à Plumes - mars 2009.

 

BDSM Littérature : Christelle corrigée,  roman de Romain Slocombe - Editions Le Serpent à Plumes - mars 2009.

Romain Slocombe - Christelle corrigée - Editions Le Serpent à Plumes - mars 2009 - (scan de couverture).

 
Peut-être qu’un jour, quelqu’un d’ « autorisé » dans le monde littéraire se décidera à dire que Romain Slocombe est l’un des écrivains les plus intéressants de notre temps.
Ce ne serait que lui rendre justice.
Pourtant, c’est loin d’être gagné.
 
A part chez quelques libraires courageux - et encore, bien souvent ne voient-ils en Slocombe qu’un excellent auteur de romans policiers - se procurer ses livres dès leur parution relève de l’exploit.
On en cherche vainement les critiques dans les magazines littéraires.
Bref, après une dizaine de romans à son actif - auxquels il faut en ajouter cinq pour la jeunesse -, Slocombe demeure très « underground ».
 
L’assimile-t-on trop à son activité de photographe fétichiste de femmes « bandagées » dans le plâtre qui est aussi la « passion » de la plupart de ses héros ?
Ne veut-on voir en lui qu’un spécialiste du Japon ?
Il est impossible de savoir avec exactitude ce qui « plombe » Slocombe dans le milieu de la « littérature »…
 
Je vous ai présenté ici quelques-uns de ses romans au fur et à mesure de leur sortie (pour y accéder, tapez « Slocombe » dans le petit moteur de recherche Google de la colonne gauche de mon blog).
 
Je souhaitais, avant l’été, donner ici l’envie de deux lectures indispensables - parce qu’intelligentes -  qui traitent du thème de la rencontre aux temps de l’Internet.
« Christelle corrigée » de Romain Slocombe, paru en mars 2009 aux Editions du « Serpent à plumes » est le premier, « Fake » de Giulio Minghini (clin d'oeil à J.M. Devesa qui en a déjà parlé bien mieux que je ne le ferai) sera, dans les jours à venir, le second dès que j’aurai un peu de temps pour terminer ma note le concernant.
 
Dédié à Pierre Bourgeade, ce dernier opus de Slocombe est, de tous ses romans - en apparence - le plus facile à aborder.
Même si l’écrivain ne renonce pas à ce qui est sa « patte » (l’intrigue à plusieurs niveaux de lecture), celle que l’on suit ici est bien simplifiée par rapport aux romans qui précèdent « Christelle… » et qui se basent toujours sur des faits historiques ou sociologiques extrêmement pointus.
En outre ce n’est - en aucune manière - un « polar ».
 
Mais comme à l'habitude un texte regorgeant d'érotisme BDSM (plutôt SM même) mâtiné du caustique humour de l’écrivain, oui.
Ce n’est pas là le plus important.
Au-delà du récit anecdotique, ce roman est un dur pamphlet sur le monde de l’édition où aujourd’hui, se faire publier est devenu accessible à n’importe quelle jolie jeune femme qui consent à « passer à la casserole ».
Chez Slocombe, on trouve toujours des « clés » dans un roman.
Là, je ne suis pas en mesure de les fournir mais personne n’aura de mal à songer à quelques « gloires éphémères de l’édition » qui correspondent bien à ce schéma.
 
Du point de vue narratif, le roman oscille entre l’épistolaire (les échanges de mails sur le Web ou sur un forum médical consacré aux personnes plâtrées) et les chapitres numérotés qui sont ceux d’un roman (un roman dans le roman donc) que le protagoniste, Nestor Balaguer, est censé écrire.
 
Ce fringuant cinquantenaire rencontre un jour sur le Web, par l’intermédiaire du forum « Fractures et plâtres », la jeune Christelle confinée chez elle avec les deux bras plâtrés après une chute.
Lui fréquente ce lieu de la Toile à la recherche de modèles pour ses photographies (comme Slocombe ou son alter ego Woodbrooke des romans précédents, c’est un fétichiste des femmes plâtrées), elle demande des conseils.
Tous les deux ont un point commun : ils écrivent.
Nestor dans le secret de la maison d’édition où il est lecteur et correcteur, Christelle pour tromper son ennui entre un petit ami absent la plupart du temps et des cours qui l’assomment à la fac de Droit.
 
Nestor, en la contactant par courriel, commet l’erreur de profiter de la mystification que lui permet le virtuel et de se faire passer pour plus gros poisson qu’il n’est en se prétendant éditeur.
Il se retrouvera donc avec la jeune fille dans ses bras (pour une piteuse expérience) mais aussi avec le manuscrit de celle-ci (manuscrit au titre prémonitoire, « Droit de cuissage »), sur les bras…
 
Dans ce jeu du chat et de la souris, le plus manipulateur ne sera pas celui que l’on attendait.
Et peut-être pas non plus celle à laquelle vous croyez penser.
 
« Christelle » sera « corrigée » deux fois : cordialement par le brave Nestor qui rendra son roman ni fait ni à faire publiable et sadiquement par celui qui a le vrai pouvoir non sur les mots mais sur l’argent, nerf de la guerre (et l’édition n’en est-elle pas une ?).
 
Si Slocombe tente un tour de passe-passe en son épilogue pour que ce roman semble avoir une fin heureuse, on en sort néanmoins avec un goût très amer dans la bouche.
 
Le virtuel, lieu des mensonges et des manipulations par excellence, a eu raison du « héros positif », trop naïf pour « prendre » et qui a été « pris », lui,  dans les mailles inattendues du filet qu’il tendait.
 
Quant à « Christelle », victime du sadisme d’un vrai prédateur qui guettait dans l’ombre, elle saura sans aucun remords en tirer tout le parti qu’il faut.
Nous ne sommes pas dans le monde des contes de fées.
Il n’y a jamais de « morale » dans les livres de Slocombe…
 
 
« Elle secoua la tête en remontant son soutien-gorge et en ramenant le chemisier déchiré sur ses épaules. Elle se sentait encore complètement groggy. Elle dévisagea H. tout en se massant les poignets, où les menottes avaient laissé des traces rouges.
-Hein, tu me lourdes ?... Comme ça ? …Au milieu de la nuit ?... (Elle hurla :) Mais c’est pas possible !
Il haussa les épaules, alla chercher la veste qu’il avait accrochée dans la salle de bains. Pour extraire de la poche intérieure son gros portefeuille bourré de billets.
-C’est pourtant comme ça. Tiens, cinquante euros, ça ira ? Non, allez, cent…Trouve-toi un petit hôtel. Demande au réceptionniste en sortant. ».
 
Romain Slocombe - Christelle corrigée - Editions Le Serpent à Plumes - mars 2009.
 
 
 
 
 
 
jeudi 18 juin à 00h26 par AURORA | # | 9 commentaires

smiley : envelope BDSM et People: Bruce Willis SM ? Seulement sur les photographies de Steven Klein...

 

BDSM Bruce Willis et sa femme Emma Hemming photographiés par Steven Klein pour W Magazine 2009.

 

BDSM Bruce Willis and Emma Hemming by Steven Klein W Magazine 2009.

 

BDSM Bruce Willis photographié par Steven Klein pour W Magazine 2009.

 

BDSM Bruce Willis et sa nouvelle épouse Emma Hemming photo de Steven Klein pour W Magazine 2009.

 

BDSM Bruce Willis et Emma Hemmings by Steven Klein for W Magazine 2009.

Toutes les photos © Steven Klein et W Magazine.

 
 
En cliquant ce soir sur la « news » intitulée « Bruce Willis SM », je m’attendais à une photo annonçant une reprise estivale de « Pulp Fiction » de Quentin Tarantino (vous savez, la scène de la troisième histoire, celle où Bruce Willis, dans le rôle de Butch, se retrouve ligoté et muet derrière un bâillon boule dans la cave d’un sadique), arrivant juste à point pour nous faire patienter avant la sortie d’ « Inglorious Basterds »…
 
Que nenni !
Et Bruce Willis n’est pas devenu non plus SM ou BDSM.
En fait, il vient seulement de poser pour une série du photographe Steven Klein (celui qui portraiture divinement Madonna depuis quelques années) en compagnie de sa nouvelle épouse, Emma Hemming (j’ai l’air de m’y entendre en ragots hollywoodiens mais jusqu’à tout à l’heure, j’ignorais que Bruce avait divorcé de Demi Moore!), série à paraître prochainement dans l’américain W.Magazine.
 
Marden, qui n’a vu qu’une image du tout, a déclaré « Fetish ! » à cause des sabots « pony » de la dame.
Moi, je dois avouer que l’ensemble de la série ne me déplaît pas.
Je n’en montre que quelques clichés des fois qu’Hadopi viendrait me chercher des noises mais il faut en fait tout voir et là, ce n’est pas si mal que ça…
 
Il y a une atmosphère et des couleurs plutôt réussies.
On peut, à partir des clichés, se raconter l’histoire que l’on veut. Chacun la sienne.
Et j’aime qu’on me laisse m’inventer des histoires…
Comme un petit film gratos avec un scénario qui oscillerait entre la SF et le BDSM.
 
Peut-être que je dis ça surtout parce que le visage d’Emma Hemming m’a rappelé celui de la belle Sean Young dans « Blade Runner » et que je ne suis pas impartiale quant à ce souvenir, moi qui n’ai jamais pu oublier le dernier monologue du chef des réplicants, Roy (Rutger Hauer) :
 
« J’ai vu tant de choses que vous humains ne pourriez pas croire.
De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion.
J’ai vu des rayons fabuleux briller dans l’ombre de la porte de Tannhaüser.
Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie.
Il est temps de mourir. »*
 
 
 
* On rappellera au passage que « Blade Runner » de Ridley Scott est l’adaptation cinématographique de l’admirable roman de Philip K.Dick « Do Androids Dream of Electric Sheeps ? »
 
 
 
 
 
 
 

 

mercredi 17 juin à 01h35 par AURORA | # | 27 commentaires

smiley : envelope BDSM Métaphore: Un chien andalou de Luis Bunuel...

 

BDSM Métaphore Transgression et Inventivité Un chien andalou de Luis Bunuel.

Photogramme de « Un Chien Andalou » de Luis Bunuel.

 
 
« La trangression, l’invention, c’est ce qui n’est pas attractif, c’est ce qui garde intacte sa substance corrosive. ».
Ado Kyrou à propos de « Un chien andalou » de Luis Bunuel.
 
 
Et par extension, le BDSM, ce n’est ni « ludique », ni « festif », ni « technique », ça ne se teste pas comme un sextoy, ça ne s’apprend pas, ça ne se vend pas sur réservation, ça n'est pas l'orgie (?) de la soirée « Fetish », ça ne se décline pas en stages…
C’est une histoire de passions et de coups de tête, de brûlures et d’âmes à vif.
C’est la créativité et l’imagination vécues à deux et chaque jour recommencées…*
 
 
 
 
 
* Et cette note restera ici en témoignage de l’une des nombreuses fois où j’aurai eu envie d’en finir avec ce « blog perso », à m’en mordre les mains pour ne pas cliquer sur la touche « supprimer » depuis des heures cette nuit…
 
 
 
 
 
 
 
 
mardi 16 juin à 04h48 par AURORA | # | 14 commentaires

smiley : envelope « Alain Bashung : Monsieur rêve encore », Biographie et entretiens de Patrick Amine - Editions Denoël - Juin 2009.

 

Alain Bashung, Monsieur rêve encore: Biographie et entretiens de Patrick Amine - Editions Denoël - Juin 2009.

« Alain Bashung : Monsieur rêve encore », Biographie et entretiens de Patrick Amine - Editions Denoël - Juin 2009, (scan de la couverture du livre).

 
 
«… Ma petite entreprise
ma locomotive
avance au mépris des sémaphores
me tire du néant… ».
Alain Bashung - « Ma petite entreprise » sur l’album « Chatterton » - 1994.
 
(14 juin 2009, gloomy sunday, trois mois déjà, en hommage ému…)
 
 
 
« Alain Bashung : Monsieur rêve encore, Biographie et entretiens », sorti en ce début juin chez Denoël, est une réédition du livre d’entretiens de Patrick Amine précédemment paru chez Flammarion en 2002 et épuisé depuis.
« Edition revue et augmentée » nous dit-on.
A titre purement personnel, je regrette cette « révision ».
Si elle permet d’intégrer une émouvante préface nécrologique et les témoignages des tous derniers musiciens ayant travaillé avec Bashung sur « Bleu Pétrole », elle fait hélas disparaître les textes de chansons inclus dans la première version.
 
Patrick Amine, qui écrit avec talent et qui connaissait Alain Bashung depuis « SOS Amor » en 1984, a eu la chance de suivre celui-ci sur deux années, deux ans de dialogues fouillés et brillants où Bashung décortique sa carrière, ses hauts et ses bas, jusqu’à la genèse puis la sortie de l’album « L’imprudence » en 2002.
Dire que l’artiste s’est entièrement livré à Patrick Amine et à ses questions est peu.
Il est allé bien au-delà et ce livre restera, ancienne ou nouvelle édition, comme « la somme » indispensable et sans prix pour ceux qui ont aimé le chanteur puisqu’elle nous restitue la « voix » de Bashung vibrante de vie.
 
Pas de « confidences », rien de cancanier, aucune intrusion dans le privé ou l'intime, seulement le parcours du musicien et du chanteur.
Lucide, sans aucun cadeau fait à ses producteurs, musiciens ou à lui-même, Bashung analyse le « phénomène » qu’il est, les succès et les « entraves » que cette place particulière dans la chanson française lui aura apportés.
 
La conception de chacun de ses albums (sauf le dernier) est passée au crible sans nul « auto satisfecit » de sa part.
Sa rencontre avec Gainsbourg est l’un des moments les plus forts du livre, de même que les « commentaires » de Bashung sur la politique.
 
On y retrouve aussi quelques clés de lecture sur certains textes (en déplorant qu’ils ne soient plus présents dans la réédition pour ceux qui ne les connaîtraient pas), clés de lecture toujours sujettes à changement puisque Bashung aimait les paroles de forme kaléidoscopique qui se prêtaient à différentes interprétations au fil du temps…
 
A l’heure où l’on annonce pour septembre chez Albin Michel une biographie d’Alain Bashung par Marc Besse, journaliste aux « Inrockuptibles », « Monsieur rêve (encore) » de Patrick Amine devient le livre à se procurer d’urgence car tout ce qui viendra devra être mesuré à l’aune du seul ouvrage où Bashung s’est « offert à nous » pour cette introspection sur son œuvre réalisée de son vivant.
 
Ça ne console pas, ça ne consolera jamais, mais...c'est encore un peu de lui !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
dimanche 14 juin à 20h05 par AURORA | # | 5 commentaires

smiley : envelope BDSM et Actualité : Du Procès Stern et de « Rue69 », fait divers et dérives journalistiques (ou Les amalgames maladroits de David Abiker).

 

Le banquier Edouard Stern assassiné lors d'une séance BDSM en 2005?

Edouard Stern, le banquier assassiné lors d’une séance BDSM ? © Photo AFP.

 
 
J’interromps mes notes de lecture BDSM le temps d’une parenthèse pour y revenir très bientôt.
C’est l’actualité qui m’amène malheureusement à le faire.
 
Lorsqu’il y a quelques jours, j’ai pointé ici du doigt avec virulence les articles consacrés au « stage de danse BDSM » effectué par « Camille » puis raconté sur sa page « Rue69 », il me faut avouer maintenant que j’avais une intuition assurée en moi : cet article allait nous (nous = tous les pratiquants BDSM) faire tomber quelque chose d’assez prévisible sur la tête dans les heures ou les jours qui viendraient.
Ce que je ne maîtrisais pas dans ma certitude était comment et par qui cela se produirait et - par conséquent - si cela aurait une portée plus ou moins grave.
Je pensais qu’il y avait toutes les chances pour que cela se réduise à une intervention dans le fil de commentaires de « Rue69 » et que cela se noie là, de manière nulle et non avenue.
Quant à l’évoquer moi-même la première, je voulais l’esquiver à tout prix, de peur de donner des idées…
Certains y auront d’ailleurs pensé eux aussi et fait comme moi : museler cette évidence ici dans les réponses qu'ils m'ont faites.
 
Mais puisque c’est arrivé désormais, nous pouvons dire que la chose était inévitable : cet article « bling bling » et « décomplexé » de « Rue69 » publié le jour où démarrait le procès de Cécile Brossard pour l’assassinat du banquier Edouard Stern (lors de ce qui semble bien être une « scène SM ») ne pouvait qu’amener le rapprochement entre les deux événements pour disproportionnés qu’ils soient : un meurtre en Suisse et le « stage de danse » BDSM de quelques allumés branchés à Paris.
 
Fichue combinaison de latex du banquier...
Personnellement, je n’ai jamais voulu évoquer l’affaire Stern ici, même lorsque Olivier Assayas s’en est servi de point de départ pour un fort mauvais film (« Boarding Gate ») il y a deux ans, parce que comme dans tout fait divers, j’avais une « intime conviction ».
Et le fait que je sois une pratiquante BDSM n’y entrait en rien.
C’était une intime conviction comme celle que je peux avoir dans l’affaire Jean-Maurice Agnelet (la disparition d’Agnès Le Roux) ou dans celle du meurtre de Ghislaine Marchal (l’affaire Omar Raddad).
Sur ces choses-là, je fais silence et attend toujours que la justice passe.
Un blog n’est pas le lieu pour discuter de thématiques humaines aussi complexes.
 
Las, une personne et pas n’importe laquelle (David Abiker, l’excellent journaliste de France Info dont nous nous souvenons aussi comme collaborateur d’ « Arrêt Sur Images » entre autres) a suivi le fil des « deux événements » et écrit aujourd’hui sur le site de France Info un article fort maladroit - voire périlleux pour « nous » dans ses mélanges de genres - « Soumission, domination et latex sur Internet », que je vais reproduire ci-dessous sans droit aucun, me protégeant seulement par le fait d’en indiquer le lien (lien d’importance puisqu’il « lie » ses propres sources : « Rue69 » en l’occurrence, hélas !) et d’assurer que j’ôterai ce texte si une demande officielle par courriel m’est faite.
 
Je regrette de le dire mais je trouve l’article de David Abiker totalement désinvolte et erroné : (exemple : « Les plaisirs du banquier Edouard Stern sont en voie de démocratisation. Au point que Camille, bloggueur de charme de Rue89.com a pu s’inscrire et tester pour nous un stage SM aussi accessible qu’un simple stage de roller ou une réunion Tupperware. »).
L’idée de cette « voie de démocratisation » me fait sursauter.
C’est un peu comme dire que le SM ou le BDSM avaient jusqu’ici été « réservés » à des gens comme le banquier Stern.
C’est « nous » nier totalement avec notre longue histoire qui a toujours mêlé différentes couches sociales de la population car même si l’argent d’ « un » banquier (Stern ou quiconque d’autre) peut aider à « assumer » sa sexualité, l’argent du même banquier aide grandement à affronter tous les événements, toutes les facettes d’une vie et non seulement l’érotisme.
 
Dans toute la démonstration de David Abiker, on retrouvera les affirmations de « Camille » et du chorégraphe Felix Ruckert, l’animateur du « stage de danse BDSM » parisien, précédemment lues sur « Rue69 ».
Le sadomasochisme vu comme « paradoxe de notre époque de crise » où « la violence maîtrisée permet de se faire du bien » ou bien encore « une forme de thérapie », non merci !
Nous avons bien d’autres jalons, bien d’autres angles de perspectives sur notre vieille route.
Quant à la solide et saine relation amoureuse qui peut découler d’un rapport basé sur le BDSM, pas un mot, évidemment !
Il est désolant de nous retrouver limités à quelques allégations d’un webzine comme « Rue69 » reprises par un journaliste pourtant digne d’écoute qui est tombé dans le panneau.
Car si Abiker discourt d’une « sado-blogosphère et d’une « maso-blogosphère », il n’a pourtant pas d’autre lien à fournir que celui de « Rue69 » pour étayer ses propos.
 
En fin de compte, le seul « scoop » que contiennent les lignes de David Abiker c’est de nous apprendre que - sur « Rue69 » - Camille,  prénom androgyne, est le pseudo d’un blogueur et non d’une blogueuse comme beaucoup de « riverains » de la Rue Chaude  le croyaient…
Et quant à la chute de l’article d’Abiker sur le métro de Londres, elle est totalement surréaliste mais d’un surréalisme qui me laisse confondue devant un tel amalgame stupide…
 
De pures dérives journalistiques à tout bout de champ dans cet article.
Mais très dangereuses pour « nous ».
 
L'article précédé de son lien  (et je reviens pour conclure):
 
 
 
« Soumission, domination et latex sur Internet
David Abiker - 07:55 - 12/06/09.
 
Soumission, domination, on en parle beaucoup avec l’affaire Stern du nom de ce banquier mort dans une combinaison de latex lors d’une séance de domination-soumission peu ordinaire.
 
Effectivement, dans la vie de tous les jours ce genre de séance est peu ordinaire mais sur internet la galaxie sado-maso est immense. Elle est immense et pas nécessairement pornographique. Exhibitionniste en revanche, on n’en doute pas.
 
Sur You-tube ou sur Dailymotion, ce sont des centaines de videos qui déclinent par le menu toutes les leçons possibles de soumission masculine ou féminine et ceci dans toutes les tenues et selon tous les scénari imaginables. Du plus folklorique façon latex et bottes de cuir au plus culturel et cérébral.
 
Car on aurait tort d’assimiler le sadomasochisme en ligne à un sous-ensemble de l’industrie du X. Pour certains soumettre ou se soumettre est un art, un rituel, un besoin voir une forme de thérapie.
 
C’est en tout cas ce qu’on apprend sur les blogs de certains esclaves volontaires. Ici plus question d’images croustillantes ou de scénari spectaculaires avec dactylo docile ou officier allemande sexy. Non..., les sadoblogs ou les masoblog font dans la psychologie, l’introspection, l’acceptation, l’initiation. Et pourquoi pas la littérature.
 
Et on aurait tort de croire que ces blogs et les pratiques qui vont avec sont l’apanage d’une clientèle de marginaux. Les plaisirs du banquier Edouard Stern sont en voie de démocratisation. Au point que Camille, bloggueur de charme de Rue89.com a pu s’inscrire et tester pour nous un stage SM aussi accessible qu’un simple stage de roller ou une réunion Tupperware.
 
C’est le paradoxe de notre époque de crise, dans une vie déjà cruelle et pleine de douleurs, certains sont de plus en plus nombreux à vouloir souffrir ou faire souffrir. A la différence que ce sont une soumission et une douleur choisies. Et puis la violence, quand elle est maîtrisée permet de se faire du bien.
 
C’est en tout cas l’avis des usagers du métro de Londres qui viennent de mettre en ligne la photo de Bob Crow le syndicaliste qu’ils jugent responsable des grèves qui paralysent le fameux « Tube ». Le site propose de lacérer le visage de Bob Crow avec une souris transformée en véritable instrument de torture. « Il y a une grève du métro se désole le site, frappez Bob Crow pour ramener les salariés au travail ».
 
Heureusement qu’ici la violence n’est que virtuelle. ».
 
 
Je me refuse absolument à pouvoir être « reliée » par un biais ou par un autre au banquier Stern et escompte vivement que tous les pratiquants BDSM soient comme moi.
Quelque part, en mélangeant Edouard Stern et le BDSM en général - qu’il le veuille ou non - Abiker nous assimile à une affaire criminelle qui se déroule dans de très hautes sphères et sur laquelle nous ne connaîtrons probablement jamais toute la vérité.
Nous n’avons rien à voir avec elle, pas plus qu’avec l’impopularité de la grève actuelle dans le métro de Londres où il voit encore un rapprochement.
Nous ne sommes ni de graves névrosés, capables de meurtre (passionnel ou vénal, je tais mon « intime conviction » et laisse au procès le soin d’en juger), ni des hordes d’imbéciles primaires et vindicatifs prêts à désigner un bouc émissaire pour se venger d’une frustration due au manque de métros, pas plus que des guignols allant « décompresser » en « dansant le BDSM » avec Felix Ruckert.
 
Sur le banquier Stern, pour information mais aussi pour comprendre combien « nous » sommes étrangers à cette péripétie judiciaire, vous aurez à cœur de lire vos journaux sur papier ou en ligne.
Je vous donne cependant le lien avec un article du même jour (12/06/09) sur le site de « Le Point », ne serait-ce que pour son titre : « Procès Stern : Dans les enfers d’une sexualité particulière. ».
On espère seulement que ce « une » est un adjectif numéral cardinal (une = la sexualité du banquier Stern) et non un article indéfini (une = la sexualité BDSM dans son ensemble) …
 
 
 
 
 
 
 
 
 
samedi 13 juin à 02h06 par AURORA | # | 25 commentaires

smiley : envelope BDSM à lire (2): Gilbert Lely - « Sous la plus fauve latitude » in « Poésies Complètes - Tome III » - Editions Mercure de France - 2000.

 

Gilbert Lély Poète Surréaliste 1904-1985.

Gilbert Lely (1904-1985) - Photo d’Archives.

 
 
« La poésie est une réponse de l'homme à chaque interrogation du monde extérieur: la réponse la plus rapide, la plus nettement articulée, la plus libre, la plus dévorante. »
Gilbert Lely - La Sylphide ou l’Etoile Carnivore - 1938.
 
 
 
Il existe, bien sûr, une poésie à caractère sadomasochiste ou BDSM, comme vous le voudrez...
Elle ne peut cependant pas se départir du genre de la poésie érotique en général ou bien encore, plus simplement, de la poésie en soi.
 
Puisque je voulais en rester sur cette veine du poème ce soir, j’avais le choix.
Plutôt que d’aller puiser chez les plus connus, j’ai pensé soudain à Gilbert Lely (1904-1985), poète proche des Surréalistes, ami d’André Breton et de René Char mais surtout mémorable historien et « éditeur » curateur de Sade.
Il fut dans ses travaux autour du Divin Marquis à l’origine de la découverte de nombreux manuscrits inédits de la correspondance de celui-ci.
 
L’œuvre poétique de Gilbert Lely est réunie depuis 2000 en trois tomes de « Poésies Complètes » au Mercure de France. Ceux-ci sont toujours disponibles (mais sur commande seulement aujourd’hui) auprès de vos libraires.
 
Lely est un poète surréaliste et sadien.
Là encore, comme pour Bataille hier, j’ai distingué un poème du Tome III,  texte cher à mon cœur pour son évocation marseillaise, mais qui, s’il a une connotation SM évidente, n’est pas forcément le plus représentatif de la virulence passionnée et incantatoire, ni de la modernité subversive - pas plus que de la « forme » habituelle - des autres écrits de son auteur.
En effet, si Gilbert Lely ne dédaigne pas les épigrammes et la classicité (il fut le traducteur des « Métamorphoses » d’Ovide), s’il se laisse parfois aller au pastiche (c’est un peu le cas dans la poésie qui suit), ses textes érotiques plus voisins du Surréalisme sont généralement d’une fulgurance rare et d’une beauté intense et violente…
 
 
 
Sous la plus fauve latitude.
 
 
Sous la plus fauve latitude,
Trois jeunes scélérats l'entourent.
Est-ce que leurs mains la dénudent
Pour le supplice ou pour l'amour?
 
Une cave. Un grabat immonde,
Ils la soumettent, les démons,
Et travaillent sa chair de blonde
Jusques à la damnation.
 
Fasciné, l'amant de la belle,
Sous la surveillance d'un vieux.
Un couteau devant ses prunelles:
Il ne doit pas fermer les yeux.
 
A Marseille, dans les faubourgs,
Le soleil de l'après-midi
Dévore des chevaux pourris
Sur des canapés de velours.
 
 
 
Gilbert Lely - Poésies Complètes - Tome III - Section « Inédits et autres poèmes » - Editions Mercure de France - 2000.
 
 
 
 
 
 
 
vendredi 12 juin à 02h00 par AURORA | # | 14 commentaires

smiley : envelope BDSM à lire (1): Georges Bataille - « Poèmes et nouvelles érotiques » - Mercure de France (2006).

 

BDSM Littérature Georges Bataille Poèmes et Nouvelles Erotiques Editions Mercure de France 2006.

Georges Bataille - « Poèmes et nouvelles érotiques » - Scan de couverture © Jean Mahaux et Mercure de France.

 
Dédié à Gilles Monplaisir...
 
 
 
Il n’est plus besoin de présenter Bataille.
Mais pour qui ne l’aurait point lu et ne souhaiterait pas entrer dans sa demeure par la porte de son œuvre philosophique, il reste tous les autres textes et notamment ce petit ouvrage en noir et rose, paru en 2006 au Mercure de France, qui rassemble une vingtaine de poèmes et trois nouvelles choisis et présentés par Michel Camus.
Ceux qui sont familiers de l'écrivain y retrouveront avec une certaine curiosité intellectuelle les esquisses des personnages de « Dirty » et de « L’abbé C. ».
Les autres feront connaissance avec un auteur majeur du XXème siècle et découvriront une écriture érotique réellement transgressive.
 
Puisque Bataille est dans « l’expérience limite de ce qu’un homme sait du fait d’être » mais aussi pour d’autres raisons que vous ne tarderez pas à découvrir, il méritait de figurer dans une section où je recommande de temps à autre quelque (bonne) lecture aux pratiquants BDSM…
 
 
 
« Je n’ai rien à faire en ce monde
sinon de brûler
je t’aime à en mourir
 
ton absence de repos
un vent fou siffle dans ta tête
tu es malade d’avoir ri
tu me fuis pour un vide amer
qui te déchire le cœur
 
déchire-moi si tu veux
mes yeux te trouvent dans la nuit
brûlés de fièvre. »
 
 
 
 
 
 
NB : Attention tout de même.
Tous les poèmes de Georges Bataille ne sont pas dans la tonalité neutre de celui que j’ai sélectionné ce soir.
A réserver aux lectrices et lecteurs avertis donc…
 
  
 

 

 
 
 
 
jeudi 11 juin à 03h38 par AURORA | # | 8 commentaires

smiley : envelope BDSM Gros Coup de Gueule: Quand "Rue69" tente le BDSM par "stage de danse" avec Felix Ruckert (et de quelques considérations sur la sexo-blogosphère féminine VIP)...

 

BDSM et Cirque Ridicule Photo de Diane Arbus.

Photo © Diane Arbus.

 
 
Cette note comporte beaucoup de liens.
Celles et ceux qui sont réellement concerné(e)s par le BDSM et sa bien misérable évolution actuelle auront, je l’espère, à cœur de les suivre…
 
 
Il y a plusieurs années, j’étais tombée sur mon clavier en découvrant une « Ecole de l’Amour » à Paris sous la houlette d’un sexologue clinicien, Jean Laurent, enseignant en sexologie à Paris VII et d’une ex-star du X, Lisa Crawford puis un peu plus tard sur un « Institut de Formation BDSM ».
Pour celles et ceux qui auront la paresse d’aller les lire, je me souviens que les notes qui en avaient jailli sous ma plume avaient été peu amènes et que les commentaires qui les escortaient y étaient allés de concert.
On était en 2005 et 2006.
 
Les temps changent.
Le mag' en ligne « Rue69 », une émanation de Rue89, publie en ce jour du 9 mai 2009 l’ « expérience » de son (ou sa) « riverain(e) » principal(e), Camille, dans un « stage BDSM » que je qualifie, moi, de « foldingue ».
Mais soudain, voici que l’on prend la chose très au sérieux et avec grand respect.
Or, si l’idée d’une Ecole de l’Amour et celle d’un Institut BDSM avaient de quoi faire dresser les cheveux sur la tête à toute personne de bon sens, il en va de même de ce « stage BDSM ».
 
Le premier article paru autour de celui-ci sur Rue69 (le pompeux : « Le BDSM comme expérience corporelle mais aussi politique ») est déjà digne d’un grand éclat de rire en soi.
Le propos d’ « accroche », fort intellectualisé (j'en cite l’un des pivots : « Amener les gens à prendre une maîtrise sur des enjeux politiques qui dominent nos vies. La domination existe socialement partout et pouvoir, y compris dans un espace restreint, en prendre conscience, en jouer, l'utiliser à bon escient n'est pas fréquent. », s’accompagne d’un développement nourri de poncifs sortis en droite ligne de la psychologie de supermarché (l’ « écrasé social » a besoin de décompresser en dominant, le « haut placé » ressent comme vital de se soumettre pour faire bon poids avec sa lourde charge etc.).
 
Puis vient la seconde partie.
Le « test de stage » est raconté conçu comme une lettre à Maïa Mazaurette (du site « Sex Actu ») qui a été l’incitatrice de « Camille » à se rendre au « stage » en question à la suite d’une invitation par flyer.
Ce récit est ridicule et ce n’est pas de la faute de « Camille » : c’est le stage en lui-même - « BDSM, l’art de jouer » - qui l’était.
Que « Camille » y ait cru, c’est une autre histoire !
Ce n’est pas parce qu’il était organisé et pensé par un chorégraphe allemand, Felix Ruckert, qu’il avait plus de « gage » de valeur intrinsèque que n’en avaient l’ « Ecole de l’Amour » de Jean Laurent ou l’ « Institut BDSM » cités plus haut.
 
Mais, je le répète, on était alors en 2005 et 2006.
C’est à croire que depuis 2007 (l’an 01 de l’ère sarkozienne) nous avons, mine de rien, changé beaucoup dans nos comportements et que nous nous sommes habitué(e)s peu à peu - et peut-être même sans nous en apercevoir - à ne plus trouver aussi « hallucinantes » bien des choses.
 
Ce que nous subissons en fin de compte, c’est la dictature d’une nouvelle forme de conformisme (qui plus est commercial) qui se vend comme transgressif.
Le stage de Felix Ruckert n’était pas gratuit sauf peut-être pour les invité (e)s par flyer qui allaient ensuite organiser le buzz et la pub SAV des prochains rendez-vous…
 
Par ailleurs, je constate que les blogs de VIP (si l’on peut dire !) féminins « sexe » ont fleuri depuis 2007 précisément, fonctionnant de manière très business.
Non pas une participation à la libération sexuelle de la femme comme ils se déclarent sans peur du grotesque mais soit du commerce en ligne, soit des articles faits pour un public masculin qu'on appâte par tous les moyens (dix commentateurs pour une commentatrice).
Une véritable pollution de la féminité et de ce que pourrait être son écriture.
 
Se distinguent deux « classes ».
D’une part, sans compter même les honteux posts de weblogs sans vergogne qui se disent « sponsorisés » à tout bout de notes, j’en connais au moins deux, « Piment rose » et « Sextoyer », qui vendent  de façon tout à fait « décomplexée » - ou font des essais comparatifs sur - des sextoys uniquement et d’autre part la sexualité est devenue le thème d’un bon nombre d’autres sites tout aussi VIP et féminins que les gens glorifient mais qui sont des outres vides et des reprises de webzines jumeaux.
Mais qui cependant, dans la blogosphère, garde encore un tantinet d'esprit critique et n’a pas son lien vers « Sex Actu », « Rue69 » ou quelques autres dindes « modeuses » comme si un peu de la « gloire » de celles-ci allaient leur rejaillir dessus? …
 
De là, il n’y a qu’un pas à faire afin de prendre pour argent comptant tout ce qui y est publié et vous aurez beau me répondre que je délire, ce n’est (malheureusement) pas vrai.
 
J’en viens maintenant au « comment » je suis arrivée sur « Rue69 » que je ne lis jamais d’ordinaire.
Je commente tous les jours un blog plutôt artistique et surtout politique, celui d’un grand monsieur qui, lui, ne me commente pas.
Le BDSM n’est pas sa tasse de thé.
Néanmoins, il a l’affabilité de répondre par mail à tous ses visiteurs quotidiens préférant -un peu comme moi qui viens sur vos blogs sans vous donner la réplique ici sauf nécessité absolue- faire ainsi plutôt que de grossir artificiellement son nombre de commentaires en leur répliquant sur sa propre page.
Ayant laissé ce soir une trace de mon passage sur sa note quant aux Elections Européennes, c’est lui qui, en guise de clin d’œil, m’a adressé dans un courriel le lien de l’article de « Rue69 ».
 
Je l’ai lu, me suis sentie accablée - mais ce n’aurait été qu’une fois de plus - et je ne pensais même pas en faire état si ce n’est que, dans les interventions qui suivent la note de « Camille », je n’avais découvert le commentaire enthousiaste de l’un des administrateurs du seul forum BDSM français pour lequel j’avais du respect.
 
Alors, certes, l’article de « Rue69 » et donc le « stage de danse BDSM » de Felix Ruckert évoquent le « safeword », l’ « écoute » de l’autre…
Mais enfin, qui a besoin d’ « apprendre » le BDSM comme un exercice d’expression corporelle ?
Hola, les gens, réveillez-vous !
Aux dernières nouvelles, c'est encore une sexualité, non ?
 
Quand « Camille » à sa sortie du stage affirme savoir faire désormais des 8 avec un martinet, ça ne vous a pas donné l’impression d’être sur un compte-rendu de « classe de cirque »?
Et si, au lieu de congratuler sans réfléchir, vous aviez lu attentivement les commentaires qui vous précédaient, vous vous seriez aperçus que le jargon psycho-planant de Ruckert repris par « Camille » avait donné à bon nombre d’intervenants le sentiment que le BDSM était un genre de secte…
C’est sur cela - si vous teniez absolument à fourrer votre grain de sel - qu’il aurait fallu intervenir, se dissocier franchement et de manière tranchante de ces âneries de « stages » et de « coaching » payants.
Vite.
Avant que ça ne sente trop le roussi et que ces « sessions » prennent pignon sur rue.
Nous ridiculisant définitivement.
Nous avions déjà les soirées « Fetish » et les Saint Jean Bouche d’Or d’une certaine association parisienne qui se veut SM mais qui a les deux pieds sans la « Hype » festive parigo-londro-berlino pour nous plomber mais, semble-t-il, ça ne suffisait pas…
 
Alors, à quand le caisson sensoriel, la programmation neuro-linguistique, le tapis de yoga et les chants primitifs pour agrémenter le BDSM pendant que nous y sommes ?
Et la confection d’un « karada » (figure de shibari) dans le programme des TPE du Bac ?
 
J’ai raconté hier un peu de mes premiers pas dans le BDSM : je n’ai pas eu besoin de stage, de cours.
Ce qu’il me fallait, c’était un « Elu », un partenaire, un être humain avec qui construire une relation BDSM.
Et pour ça, il n’y a que la vie, l’approche, la rencontre…
Le BDSM, c’est un rapport entre deux personnes, pas de la gymnastique, pas des exercices physiques ou spirituels.
 
Si je publie ceci chez moi et non sur Rue69, c’est tout simplement parce qu’il faut y être « riverain inscrit » pour avoir droit de réponse. Et je ne suis pas abonnée.
Ce n’est pas par peur d’affronter les sites qui, pour faire de l’ « audiblog », sont toujours au bon endroit au bon moment pour pouvoir publier ensuite n’importe quoi pourvu que ce soit dans le ton « érotico bling bling » du moment.
 
 
 
 
PS : Trop tard pour moi pour vous visiter, c’est déjà le matin, cette note m’a pris toute ma nuit…
Mais je passe chez vous dès demain !
 
 
 
 
 
 
mercredi 10 juin à 06h05 par AURORA | # | 27 commentaires

smiley : envelope BDSM Prodige: Mains qui tiennent et mains tenues.

 

BDSM Les mains qui tiennent, les mains tenues...

Photo Jarek Kubicki.

 
 
 
Maintenue. Mains tenues. Mains qui tiennent. Mains qui détiennent. Mains qui maintiennent.
 
Ce sont les mots que m’inspire cette photographie qui est - pour moi tout au moins - d’un érotisme torride.
Ceci est la note à laquelle vous auriez dû « avoir droit » hier soir.
Hélas, il est des dates où m’étendre sur le BDSM m’est impossible.
 
J’ai le très net sentiment qu’autant je me sens masochiste physiquement (sensuellement, sexuellement), autant cette médaille a son opposé le plus strict dans ma vie quotidienne.
Là, ce qui fait mal me fait vraiment mal, m’est insupportable
Alors, en voyant pavoiser l’UMP pour une victoire sur un scrutin avec une telle abstention (mais sentir en même temps qu’ils peuvent se le permettre faute d’adversaire crédible pour les dix années à venir), je n’ai pu écrire que les quelques lignes de ma précédente bluette nocturne.
Et si je parle de bluette, c’est bien mal à propos car j’étais littéralement verte, fait encore plus paradoxal puisque je n’ai pas voté pour Europe Ecologie mais pour le Front de Gauche.
Voilà. Tout est dit pour celles et ceux qui ignoraient encore ma dichotomie de maso « engagée »…
 
Je peux en revenir à mes moutons.
Il y a des lustres (la Gauche était au pouvoir alors et ne donnait pas signe de devoir le quitter, c’est dire …), je faisais mes premières armes dans le BDSM.
A la recherche d’un Elu (j’y mets une majuscule pour bien insister sur le fait que nous avons quitté le domaine politique), je rencontrais dans la ville où j’habitais certains de ceux qui, dans les petites annonces des journaux d’abord puis un peu plus tard sur un « chat », se disaient « dominateurs ».
Quand je dis « rencontrais », entendez que je ne voulais pas prolonger le jeu du virtuel et que si la personne avait l’apparence de posséder quelques qualités humaines et intellectuelles, je buvais dans la semaine un café avec elle.
Je parle bien d’ « apparence » quant aux qualités tant je me suis souvent méprise et tant les cafés - amers - n’eurent pas de suite.
Mais je ne vais pas m’attarder là-dessus car mon propos est de rendre hommage aux mains dans le BDSM, sexualité où les « accessoires » et les instruments sont pourtant, la plupart du temps, indispensables.
 
Un jour, l’un de ces dominateurs que je questionnais (le plus bêtement du monde, car on est très bête et ignare quand on est novice) sur comment et avec quoi il « faisait ça » m’avait répondu qu’il possédait l’ensemble du matériel idoine (la « mallette du dominateur ») mais qu’il aurait pu tout aussi bien s’en passer puisque tout pouvait « se faire » avec les mains.
 
Je ne me souviens plus de ce que j’ai pensé alors.
Il est fort possible que j’aie, sans trop comprendre, marqué mon assentiment (il y eut - mais si, mais si ! - une époque de ma vie où je gobais à tort ou à raison tout ce qui était « la parole du dominateur »).
Il n’empêche que celui-ci était dans le vrai et que je le sais aujourd’hui.
 
Les mains (sans lesquelles les instruments ne seraient rien par ailleurs) ont une vie propre et tout à fait particulière au sein des jeux BDSM.
Elles dispensent la caresse comme la douleur.
Elles sont ce qui palpe, tâte, fesse,  pince, percute mais aussi ce qui sculpte, encercle, lie, flatte, gratifie…
Elles tiennent, contiennent, retiennent les mains ténues qui sont tenues…
 
Les mains, les seules mains, les simples mains d’un homme sur la peau d’une femme peuvent accomplir tous ces prodiges, sans même cordes, cravache, ceinture ou autres.
Et parfois, c’est tellement suffisant que ces mains, à la fin, on a envie de les embrasser.
 
Non tant dans un geste de servitude que dans un élan d’amour et de remerciement…
 
 
 
 
 
 
 
 
mardi 09 juin à 00h16 par AURORA | # | 15 commentaires

smiley : envelope BDSM Poème: Mains (Sur un dessin de Milo Manara).

 

BDSM Mains Dessin de Milo Manara.

Dessin © Milo Manara.

 
 
 
 
BDSM ou pas, amour même combat…
 
 
 
Espiègle ou rebelle,
L’amante ou la soumise
Cachent leur jeu
Juste avant de céder
Leur corps aux mains.
 
Et ce ne sont
Que les percussions
Ou les caresses
Qui donnent à ces mains
Leur raison d’être…

 

 

 

lundi 08 juin à 02h39 par AURORA | # | 6 commentaires

smiley : envelope BDSM en mots: Esclavage (sur une photographie de Nobuyoshi Araki).

 

BDSM Esclavage Photographie de Nobuyoshi Araki.

Photo © Nobuyoshi Araki.

 
 
Quelques personnes (et je m’intéresse pas ici aux Goréens qui sont immergés dans leurs légendes et psaumes) vivent le BDSM comme une relation d’esclavage. Consenti.
On pourrait en faire des tonnes.
Rappeler l’Histoire avec un grand « H ». Lancer des anathèmes.
Ou bien s’interroger, essayer d’expliquer.
Ou encore, en quelques mots, juste une page d'écriture, tenter de se mettre dans la peau de ces deux-là (que j'aime puisqu'ils sont nés de ma songerie) qui leur ressemblent un peu.
L'une chosifiée, l’autre…désemparé.
Deux qui ne reflètent que « ma » façon de voir et qui ne sont que le produit de mon imagination.
 
Et quand j’ai eu terminé d’écrire, c’est cette photo d’Araki qui s’est imposée…
 
 
 
 
Elle serait étendue sur un lit aux draps blancs, d’une candeur totale, presque anomale, immaculée, des draps jamais utilisés, aussi blancs que sa peau, draps d’eau.
Albâtre, immobilité, retenue, contenue.
Ou bien comme un oiseau touché en plein vol, elle serait étendue à même le sol, quelques traces de pas y auraient apporté au fil des soirs un peu de terre noire, aussi noire que ses yeux de jais, terre des marais.
Marbre, fixité, gardée, regardée.
Et ses mains liées peu à peu deviendraient de verre et son sexe offert lentement se transformerait en pierre…
 
Reste là, reste paisible, tranquille, reste dans ta boîte aux parois transparentes.
Comme une barque vers une île, reste figée en mon attente.
Pour moi, c’est tellement plus facile. Comme une stratégie habile.
Je te détiens comme une icône accrochée quelque part dans le lieu le plus secret de ma maison.
Face à ton silence, ma domination, mon pouvoir. Pour toi, ni loi, ni foi autres que ma raison.
Je te vénère en t’ordonnant de me vénérer. C’est le jeu à l’envers mais tu dois l’ignorer.
Je n’ai pas le courage de te vivre. Je n’ai pas la force de te reconnaître.
Je disparaîtrais si tu étais libre. Je mourrais si d’esclave, tu te changeais en être
 
 
 
 
 
 
 
samedi 06 juin à 01h53 par AURORA | # | 12 commentaires

smiley : envelope BDSM Poème: De ta soumise chatte...

 

BDSM Soumise Chatte Photo de Rankin.

Photo © Rankin.

 
 
Plutôt que chienne je serais, dans l’ « animalerie » BDSM, une soumise-chatte…
 
 
A Toi…
 
 
 
Avec neuf vies, je te séduirais de mes coussinets,
Avec neuf mensonges, paire et impaire, pure et impure,
Je te conduirais par des sentiers inexplorés
Où la végétation exsude sous les voussures
De palais décrépis, de balcons en forêt,
De sources à jamais tues où chantent des murmures.
 
Avec neuf mots, je te décrirais les plaisirs de l’esprit,
Je te les ferais entrevoir ensuite au long des nuits,
Avec neuf gestes, je t’indiquerais ceux de la chair,
Luxure, acmé, extase, orgasme, éthers
Et avec neuf rides creusées sur mon visage,
Je te rappellerais que nous fûmes un voyage…  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vendredi 05 juin à 01h14 par AURORA | # | 16 commentaires
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