La bague d’O donc.

Pour qu’elle existe et soit aujourd’hui commercialisée sur la plupart des sites dédiés, il faut d’abord qu’il y ait eu O, ( l’ « Histoire d’O », le roman ).

C’est donc du roman que je partirai, tant pour la « fonction » de la bague que pour sa description.

Tant de gens l’acquièrent, la portent, sans savoir où elle prend ses racines.

 

« Quand vous sortirez d’ici, vous porterez un anneau de fer à l’annulaire, qui vous fera reconnaître : vous aurez appris à ce moment-là à obéir à ceux qui porteront le même signe – eux sauront à le voir que vous êtes constamment nue sous votre jupe, si correct et banal que soit votre vêtement, et que c’est pour eux. Ceux qui vous trouverez indocile vous ramèneront ici. »

Pauline Réage –« Histoire d’O »- (page 38 édition Livre de Poche N°14766)

Et :

 « Il la pria ensuite de choisir, parmi des bagues toutes semblables, qu’il lui présentait dans un petit coffret de bois, celle qui irait à son annulaire gauche. C’étaient de curieuses bagues de fer, intérieurement cerclées d’or, dont le chaton large et lourd, comme le chaton d’une chevalière mais renflé, portait en nielles d’or, le dessin d’une sorte de roue à trois branches, qui chacune se refermait en spirale, semblable à la roue solaire des Celtes. La seconde, en forçant un peu, lui allait exactement. Elle était lourde à la main et l’or brillait comme à la dérobée dans le gris mat du fer poli. Pourquoi le fer, pourquoi l’or, et le signe qu’elle ne comprenait pas ? »

(page 69 - même édition).

 

J’ai demandé à M. qui dessine mieux que moi de tenter de tracer ce que devrait être la « Bague d’o ». Voici ce qui en est sorti. On remarquera que pour être fidèle au texte, le sigle ou signe d’or inséré dans le fer poli de la bague est celui qui nous est revenu des USA comme étant le sigle du BDSM. C’est à dire un triskel inversé.

                 

                

Voici maintenant la bague d’O, telle qu’on la trouve en vente : elle n’a plus rien à voir avec celle du livre :

 

                        bdsm bague d'O photo AURORAWEBLOG

 

Cette « bague d’O » semble particulièrement en vogue ces temps-ci : j’ai vu bien des sites ou listes en tirer un thread de forum très actif.

Il apparaît donc qu’elle peut être portée aussi bien par les soumis/ses (à la main droite) que par les Dominant/e(s) (à la main gauche). On lit aussi l'inverse quant à ce sens droite-gauche, ce qui pourrait créer d'amusantes confusions! Précisons enfin que la bague est unisexe.

Signe de reconnaissance entre adeptes, cadeau que l’on se fait mutuellement, les occasions de céder à l’achat de la bague sont nombreuses.

Une seule me paraît réellement valable : Le Squale sur son site pour adultes ( les majeur/e(s) iront chercher dans le texte intitulé « Le Collier » sur les mises à jour du mois d’août 2005 ) y voit pour sa part comme une sorte de « bague de fiançailles » qui se donnerait avant de donner le collier lui-même, lequel correspondrait, quant à lui, au bijou de l’ « alliance ».

 

Je n’ai donc rien contre la bague d’O mais je ne la porterai pas.

Sa mode me surprend un peu, étant donné que sa valeur symbolique d’aujourd’hui me semble complètement détournée de son objectif initial, celui du livre.

Toutes celles qui la portent seraient-elles, en effet, capables de souscrire à l’engagement d’O, « obéir à ceux qui porteront le même signe », c’est à dire au premier venu ?

 

Je ne le crois pas. Il n' y a, ce faisant, pas de "vraie" bague d'O au doigt de celles qui croient l'arborer...

Et je n’y vois donc personnellement qu’un gadget de plus, une façon de se croire singulier alors qu’on ne fait qu’entrer un peu plus dans le moule, et celui du BDSM, et celui de la consommation…

 

PS : C’est en ce sens que (à l’exception des corsets) pour mon collier, mon harnais ou autres, et même dans les « instruments » (là, nous exclurons le singletail) je ne porte ou nous n’utilisons que ce que M. a fabriqué pour moi, pour nous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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