Pierre Molinier autoportrait AURORAWEBLOG

                                  Photo Pierre Molinier

                                     "Autoportrait"

 

                  Pierre Molinier Le Chaman et ses créatures AURORAWEBLOG

 

                          

                  

                        

                                 Photos Pierre Molinier

                             "Le Chaman et ses créatures"

 

Maintenant qu’il est terminé, j’avoue avoir du mal à trouver un titre pour le compte-rendu de cette exposition Pierre Molinier (inspirateur de Gilles Berquet) vue aujourd’hui à Bordeaux et que je conseille de visiter sans aucune réticence malgré les réserves de la presse locale quant à la petitesse du fonds présenté : il est nettement suffisant pour s’émerveiller devant Molinier.

Le nommer « Fetish Culture » me semble très restrictif au sens général accordé à ce mot de nos jours. L’appeler « Fétichisme culture » me gêne aussi, bien que sans doute plus approprié.

Ce sera donc « Fétichisme » dans le titre et « Fetish » dans les tags…

On fait ce qu’on peut.

Sourire.

 

Nul n’est prophète en son pays.

 

Tandis qu’à Paris, à la Galerie Kamel Mennour, se déroule une exposition de certaines œuvres de Pierre Molinier sous le titre de « Je suis né homme-putain » du 2/09/05 au 2/10/05, voici que dans sa ville, Bordeaux, où il vécut toute sa vie, la Galerie des Beaux-Arts propose ce qui, prévu depuis 2003 et finalement reculé puis refusé par la municipalité sous Alain Juppé, devait être la « grande rétrospective » Molinier.

Las, échaudés par ces hésitations et reculades, beaucoup de collectionneurs privés n’ont pas cette fois été au rendez-vous pour accepter de prêter les œuvres qu’ils possèdent.

 

C’est donc sous le titre « Jeux de miroirs » que Bordeaux fête Molinier.

Une exposition construite en deux parties : des travaux picturaux (première époque de l’artiste) et la collection complète de ses photomontages intitulée « Le Chaman et ses créatures » ainsi que de nombreux clichés et documents variés, alliés dans deux autres salles aux œuvres de 27 artistes de notre époque, de Man Ray à Andy Warhol en passant par Robert Mapplethorpe, Pierre et Gilles, Alberto Sorbelli, Cindy Sherman, Yasumara Morimura, Rachel Laurent et bien d’autres sans oublier bien sûr le très proche ami des dernières années de Molinier : Luciano Castelli.

Tous ces artistes sont connus pour avoir abordé le travestissement du masculin vers le féminin ou inversement (remarquables clichés de Marcel Duchamp photographié par Man Ray en Rrose Sélavy notamment).

Prédécesseurs de Molinier pour certains, contemporains pour d’autres, « héritiers » pour les derniers, tous ont pour point commun cette remise en question du déterminisme de l’individu dans leur art.

 

Molinier, né à Agen en 1900, d’abord peintre en bâtiment se rapproche bien vite d’une autre sorte de peinture. En 1951, l’exposition de sa toile « Le grand combat » (entrelacs de jambes et corps humains, où l’on distingue peu le masculin du féminin) au Salon des Indépendants de Bordeaux fait scandale, Molinier affirmant de plus y avoir intégré certaines de ses sécrétions.

Elle sera recouverte d’un voile noir. Ce côté « artiste maudit » va d’une part le rapprocher d’André Breton (mais non de l’ensemble des Surréalistes que son œuvre perturbe) et d’autre part être une étiquette qui va ne plus le quitter.

L’actuelle exposition bordelaise ouverte ce jour est précédée du panonceau « La direction du musée souhaite attirer l’attention … bla bla bla … susceptible de heurter la sensibilité du jeune public ».

 

Jardinier des formes, précurseur de l'art corporel, Molinier fut exposé de nombreuses fois de son vivant, des livres lui ont été consacrés.

Lui qui avait préparé sa tombe dès les années 50 s’est donné la mort en 1976, en laissant ce mot laconique : « Je me tue. La clé est chez le concierge. »

 

Fétichiste, Molinier ? S’il le fut, ce serait de lui-même et notamment de ses jambes.

Fetish ? Ceux qui s’en réclament le diront mieux que moi.

Androgyne, travesti ? Oui, sûrement, dans sa « représentation ». Celle qu’il donne et se donne de lui-même.

Les photomontages du « Chaman et ses créatures » le montrent, lui, mais aussi ses ami(e)s, parmi lesquelles la fameuse Emmanuelle Arsan mais aussi Hanel Koeck. Ce sont de très belles images dont cette page n’est que très partiellement représentative.

 

Original visionnaire d’une fantasmagorie toute personnelle plus sûrement, et c’est en cela que Molinier demeure un mystère et reste d’une actualité bouleversante dans sa recherche d’une identité anticonformiste. Artistiquement transgressive.

Pour toutes ces raisons, il est l’un de mes « Magnifiques ».

 

Je conclus en lui laissant la parole dans son bref texte :

 

« Manière de concevoir l’œuvre d’art ».

« Ne regarder ni à droite ni à gauche, l’œuvre d’art est la matérialisation de ce que sent intensément chaque individu, exprimer ce que l’on porte en soi, prendre son inspiration dans ce qui est le plus intime de son esprit. Surtout bien se garder des influences des uns, des autres. Particulièrement rester très sceptique, mettre en discussion, en jugement l’éducation qu’une société Collective veut imposer, ceci afin de vous confondre dans l’uniformité d’une « MASSE » de simples d’esprit (pour ne pas dire d’imbéciles).

En conclusion, être irréductiblement farouche, INDIVIDUALISTE .

Pierre Molinier.

 

 

Molinier nous parle ici d’ « art ». Il ne précise pas « peinture » ou « photographie ».

Pour ma part, je considère ce « Manifeste » comme valable aussi pour la littérature…

 

Exposition Pierre Molinier / Jeux de Miroirs

23 septembre-20 novembre 2005

Galerie des Beaux Arts

Place du Colonel Raynal

33000-Bordeaux

05 56 10 20 56

 

 

 

 

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