Paul Laurenzi AURORAWEBLOG

                                         Tableau © Paul Laurenzi.

 

 

Paul Laurenzi est un peintre contemporain né à Antibes  en 1964. Sa peinture magnifie la femme et ses formes. Il est l’un de mes préférés. Un des ses tableaux illustrait déjà ma note "La Papesse Jeanne".

Comme on ne le connaîtra jamais assez et que ce blog a aussi pour fonction de faire connaître, on peut le visiter chez lui, là.

 

Il y a quelques jours, nous avons reçu un mail curieux. Il provenait d’une femme et s’adressait à Marden. En deux mots, elle lui demandait comment il pouvait « frapper » la femme qu’il aimait et ce qu’il ressentait alors. Marden a répondu. A mon tour d’évoquer sur ce blog cette confusion des mots.

 

Par chance, je n’ai jamais été une femme « frappée ». Ni maintenant, ni avant.

Je passerai sur tout le bla bla sur le consentement dans le BDSM. Je ferai même fi de l’explication majeure qui serait celle de mon propre désir d’être écrite, rougie, imprimée. D’être aimée ainsi.

Et pour en avoir tant et tant parlé, je ne donnerai pas d’autre migraine en revenant encore sur ce que je ressens, sur ce que nous ressentons lorsque nous sommes ainsi plongés dans notre « monde ».

 

Je voudrais me souvenir.

De mon adolescence.

Campagnes du sud, villages quasiment désertiques obligent, je n’avais à quatorze ans que deux amies filles. Pour la commodité nous les appellerons Roberte et Martine. Roberte avait un an de moins que moi, Martine deux.

Je reviendrai sur Roberte un de ces jours.

C’est Martine qui fera l’objet de ma note de ce soir, même si la chronologie doit quelque peu en souffrir.

Et nous sauterons d’un saut de puce vers ma fin d’adolescence.

 

Très banale. Je venais d’avoir mon bac, j’avais seize ans.

Le soir, nous nous réunissions sur une place à un kilomètre ou deux de nos domiciles respectifs.

Il y avait aussi les garçons. Quelques-uns ayant déjà une voiture, nous faisions les bals des fêtes votives du coin.

C’est ainsi que j’en vins à fréquenter Christian, le fils du boucher du bled d’à côté qui se trouvait être le cousin de René, mon plus proche voisin et le fils de l’électricien.

 

Le bon Christian me « fréquentait » sérieux , je veux dire en vue d’épousailles. Il faut dire que lui avait 24 ans.

Il n’y avait qu’un « hic ». En octobre, je devais entrer à la fac à Nice.

Pour lui c’était bien inutile : d’une part, cela nous séparerait la semaine, d’autre part, il était jaloux et surtout, il ne voyait pas à quoi cela servirait puisque de toute façon, mon avenir était tout tracé : j’aiderai sa mère à la boucherie.

Si je me suis entêtée à le voir six mois encore et ai vécu le calvaire de scène en scène, de plus en plus violentes ( un soir où nous étions dans sa voiture, il en arracha l’appuie-tête de rage ), c’est tout simplement parce que mes parents s’opposaient à cette relation.

Et que je m’opposais, bien sûr, à mes parents.

 

En mai, je rencontrai un autre garçon à la faculté, je rompis ( dans le scandale ) et commençai à perdre de vue toute la petite bande.

18 mois plus tard, je partis vivre pour deux ans en Italie.

 

A mon retour, j’appris que Christian avait épousé Martine. J’appris aussi qu’on la voyait à la boucherie, quasiment quotidiennement, les yeux « cocardés », plus tard avec un bras cassé.

Leur histoire allait durer 12 ans, le temps d’avoir deux enfants.

Il était tout simplement maladivement jaloux, de tout, de tous, des clients de la boucherie, de leurs voisins. Et il cognait.

Martine, lorsque je la rencontrais, moi qui étais d’année en année la seule non-mariée de l’ex-groupe, me disait « Que veux-tu, les femmes, c’est fait pour encaisser ».

Moi, je n’encaissais pas ses propos. Mais ce n’était pas la peine de lui parler des Mouvements de Femme, pourtant actifs à l’époque puisqu’ au village la loi ancestrale était la loi.

 

Puis la boucherie familiale eut des soucis économiques et ne permit plus à tous ses membres d'en vivre. Martine se trouva un petit emploi de bureau, là où sa soeur aînée travaillait. Elle y connut un autre homme et divorça.

 

Christian se remaria, frappa sa seconde épouse comme il avait frappé la première et se retrouva à nouveau séparé.

 

Il y a onze ans de ça, mes parents devinrent amis avec un couple de leur âge.

Le mari faisait du vélo dans une petite association. Christian en faisait partie aussi.

De fil en aiguille, de parlote en parlote, le nouveau pote à mon papa apprit qu’autrefois, j’avais « fréquenté » Christian.

Un jour où j’étais revenue au village pour quelques jours de vacances, moi la-toujours-pas-officiellement-casée, voilà qu’au cours d’un apéritif, on nous remit en présence en observant, l’oeil égrillard.

Et Christian (on connaît les apéros du midi ) en avait le regard mouillé, à évoquer le temps passé qui « est toujours joli » et l’affaire prit un tour de « Ah ! Si tu... ».

 

Ben... Ah ! si, non merci!

 

J’avais aucune envie de devenir une femme « frappée », une femme « battue », moi !

 

Et pourtant, à l’insu de tous les présents, je me savais déjà « BDSM ».

Mais ça n’a décidément rien à voir.

Une femme fessée dans l’amour et le désir, fouettée pour le plaisir n’est pas une femme « frappée ».

 

 

 

 

 

 

 

 

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