Aujourd’hui, c’était la « Fête de la Poste ».

Habitant un quartier excentré, où seule existe une petite agence postale sans cesse menacée de fermeture, j’ai voulu y aller de mon bon geste d’autant plus que la chose était plutôt sympa : pour l’achat de dix enveloppes pré-timbrées, on vous offrait une miniature de la voiturette postale, jaune pétant avec ses inscriptions en bleu, une joie pour Petitou !

 

Je m’interroge sur qui écrit encore via La Poste. Je l’utilise pour tous mes courriers officiels, et encore sont-ils tapés sur Word, je ne prends plus la plume depuis longtemps.

Pour le reste, je maile. Et la seule personne à m’écrire d’un stylo tremblotant, c’est ma grand-mère qui a quatre-vingt-dix ans et qui ne sait pas même qu’Internet existe.

 

Je songe aux lettres d’amour d’antan qui transitaient de ville en ville avec quelques jours d’attente. N’avons-nous pas perdu ce sens du temps ? Tout va si vite que cela nous paraît bien mieux. Mieux vraiment ?

 

Je ne cracherai pas dans la soupe. J’ai connu M. sur un chat BDSM qui nous a quelques mois servi de lieu d’échange instantané avant que nous ne découvrions que la « voix humaine » était indispensable et que nous ne passions par le téléphone. Mais en fin de compte, nous ne nous serons jamais écrit.

Bien sûr, nous gardons la trace imprimée de nos dialogues et j’aime leur spontanéité.

Mais je n’aurai jamais attendu une lettre de lui.

Comme autrefois adolescente, durant les vacances estivales, période de chaleur lourde et de latence, j’attendais chaque jour le passage du facteur qui m’apportait les lettres des copines, écrites de couleurs flashy sur des enveloppes non moins colorées avec des ronds énormes ( lorsque ce n’étaient pas carrément des cœurs )  au lieu des points sur les i et les lettres « emballées » plus neutre en provenance du stylo timide et rugueux des amoureux du moment.

Je ne me souviens d’aucun contenu, je me souviens de l’attente, du plaisir de l’attente...

 

Et encore, je ne parle pas des lettres de ces « amours célèbres » publiées aujourd’hui en Pléiade…

 

Que restera-t-il de nos chats, de nos mails ( les vôtres, les miens ) ? Leur immédiateté les voue d’autant plus vite à l’oubli et à la destruction.

Clic. Mail supprimé. Il faut faire la place dans la BAL…

 

Fêter La Poste, ce serait faire l’effort de prendre notre stylo et d’écrire à quelqu’un.

J’ai des doutes quant à ceux qui sont prêts à le faire…

 

  

PS : Tiens, puisqu’il est question de « correspondances », j’en profite pour envoyer votre clic vers ce blog « de la famille » tout récent, agréablement  écrit sur un habillage de vélin ancien et tout aussi joliment illustré. C’est ici.