Ce roman, dont je rends compte ce soir avec quelques semaines de retard sur sa sortie, figure sur mon blog. Il pourrait figurer sur n’importe quel autre. Même si c’est d’érotisme qu’il s’agit là, en aucun cas, ce livre ne peut être classé dans ce genre.

 

Un homme et une femme se sont donné rendez-vous. Il y a cinq ans qu’ils ne se sont pas vus. Et même ainsi ils ne se connaissent que très peu.

L’homme met un humour plaisant à rappeler à la femme toutes leurs rencontres au cours de ces cinq années, chez des amis ou par hasard. La femme ne se souvient de rien.

On pourrait dans ces premières lignes se croire dans « L’année dernière à Marienbad » de Robbe-Grillet, voire même parfois chez Duras.

Il n’en est rien. On est à Paris et on vient ainsi d’entrer dans « La pluie ne change rien au désir » le dernier roman de Véronique Olmi chez Grasset.

 

Il pleut, beaucoup même, et les personnages vont errer sous cette pluie, de la Place Saint Sulpice au Jardin du Luxembourg, se trempant jusqu’aux os. Nous ne sommes témoins que de ses pensées immédiates à elle, rapportées à la troisième personne, et de leurs gestes. Merveilleuse scène où, la pluie cessant enfin, il allume, avec tous les rites consacrés, un cigare...

Un premier baiser, les pas vers une chambre d’hôtel, les gestes encore, tous les gestes de l’amour au ralenti extrême, le gros plan sur les boutons de nacre d’une chemise d’homme qui s’ouvre lentement.

Passagers sans bagages, ils vont donc passer une après-midi là, dans cet hôtel et y faire l’amour.

Même sans valise, la femme porte avec elle un poids immense de souffrance que nous découvrons peu à peu. Pas de mélodrame pourtant. Juste une histoire simple. La vie dans toute son horreur banale.

 

L’amour qu’ils vont faire, c’est justement un amour contre la souffrance, un amour pour guérir de la souffrance, un peu comme dans le « Clair de femme » de Romain Gary.

Livre magnifique, ode à toutes les réparations de l’être, ce roman qui déborde de scènes d’amour physique est tout sauf un « érotique ».

C’est surtout un livre de femme, avec des mots de femme qui sonnent justes à chaque ligne et dans un style inimitable.

Véronique Olmi que l’on a précédemment lue chez « Actes Sud » confirme avec son passage chez Grasset, à travers ce personnage de femme si fatiguée mais si pleine de vitalité charnelle qu’elle est un très grand écrivain.

Rare, méritant d’être signalé, d’être lu sans hésiter : elle nous parle à toutes et tous…

 

« Son rimmel avait coulé. La pluie. Le baiser. Le visage dans son cou. Son rimmel avait coulé, et ses yeux, déjà cernés, étaient bordés de noir, ses cils petits et collés, comment avait-il pu embrasser cette femme-là, si elle avait su quel visage elle lui offrait, si pâle les yeux creusés, jamais elle n’aurait pris l’initiative du premier baiser, jamais elle n’aurait été une femme désirante, jamais elle ne se serait tenue dans un hall d’hôtel comme une promise, jamais elle ne se serait montrée à la femme de ménage près de l’ascenseur, si elle avait su quel visage était maintenant le sien elle serait sortie du jardin en courant, en courant les mules à la main, les jambes à son cou, la honte à ses joues et elle serait allée se cacher, là-bas, chez elle, tout au fond de sa tanière et sous sa couette comme un chien malade. »

 

Véronique Olmi - La pluie ne change rien au désir - Grasset - 2005-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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