Photo Jan Saudek.

 

C’est une note de rien du tout, un instantané de vie quotidienne.

Hier, j’ai amené mon fils en ville. Nous devions y récupérer la commande de quelques petits albums qu’il avait passée dans une librairie quelques jours plus tôt.

C’était le dernier jour des soldes. Vraiment le dernier des derniers. Même la braderie a déjà eu lieu, c’est dire…

C’est dire qu’il ne restait pas grand chose.

A part chez XXX, boutique de bijoux fantaisie : une grande panière avec des restes des collections des saisons passées. Tout était à deux euros.

Mon fils en est à l’âge où une mère est une fée qui se doit d’être parée.

Il n’a eu de cesse que je m’achète une babiole. Son choix s’était porté sur un collier, simple chaînette de métal portant en médaillon un cœur émaillé où était inscrit « Autre ne veux. ».

Le même pendentif existait avec seulement une rose comme décoration.

Mais, non ! Il a voulu l’inscription. Il ne peut encore en comprendre le sens et je crois que ce qui lui a tapé dans l’œil était le « A » majuscule qui se trouve être réellement dans la vie l’initiale de mon prénom.

 

J’ai fini par céder et fus sommée de passer immédiatement la breloque.

Lorsqu’il l’a vue, M. qui, pourtant, n’est pas du tout sensible à ce type de collier, a dit « Ah ! Tiens. Cela me plaît bien ! ».

Il parlait de l’inscription bien sûr.

Et moi aussi, elle me plaît bien. De là à la trouver BDSM, il n’ y a qu’un pas.

Elle a une sonorité début de vers d’une Christine de Pisan (et tout le monde sait qu’il y a un petit quelque chose de l’amour courtois* dans certains de nos cérémonials ).

Je la verrais bien comme une devise ( la mienne au moins ) de la soumise.

C’est tout de même plus beau et plus « engagé » dans le don de soi que tous ces commandements de la bonne soum du genre « La propreté de tes orifices pour ton Maître tu conserveras » (encore heureux qu'ils ne précisent pas la marque du savon ou des lingettes!).

 

« Autre ne veux », finalement, ça dit tout. En trois mots.

Et ça ne vient même pas d’une boutique spécialisée en colliers de chienne !

 

Allez ! Je m’y essaye ?

 

Autre ne veux en ma ferveur ardente

Autre ne veux qui me porte à bonheur

Autre ne veux qui me bâille douleur

Autre ne veux pour que ma vie s’enchante.

 

Autre ne veux qui me tienne et m’enserre

Autre ne veux de qui porter le sceau

Autre ne veux à chaque jour nouveau

Autre ne veux dont les liens me libèrent.

 

Autre ne veux quand les jours vont fuyant

Autre ne veux de qui me dire sienne

Autre ne veux pour me tenir en chaînes

Autre ne veux pour marteler mon temps.

 

Autre ne veux qui me pourvoie destin

Autre ne veux qui me donne des yeux

Autre ne veux pour m’embraser de feu

Autre ne veux pour demain et demain.

 

 

* « L’autre désir ( Du sado-masochisme à l’amour courtois ) » de Emmanuel-Juste Duits, Editions La Musardine.