Montage personnel d'après une image du  remarquable "Maître" de la photographie R.C Horsch .

 

Quelques verbes composés de « mettre », si je m’autorise une orthographe qui vaut ce qu’elle vaut, peuvent nous donner une intéressante galerie de « maîtres », non par ordre d’apparition dans ma vie ( je les ai tous croisés ) mais selon l’alphabet.

                       

L’Ad-Maître : Tout tient dans le préfixe : il est celui qui vous reçoit. Peu importe que vous ne lui ayez présenté aucune candidature, lui vous a choisi. Vous arrivez dans une salle de chat, sur un site et hop ! il vous connecte : votre profil est celui qu’il recherchait, votre forum dit mot à mot ce qu’il pense. Il peut être sérieux et cela sera le départ d’une belle aventure ( si son profil à lui vous plaît, ce qu’il omet systématiquement de demander).

La plupart du temps, et je le sais pour m’être autrefois baladée avec plusieurs pseudos sur un site, il tient à toutes le même discours, quand il ne vous adresse pas simplement un C/C  tout prêt. Il faut toujours se méfier des premiers abords qui sont très bien écrits . Cela ne peut pas être spontané.

 

Le Co-Maître : C’est un cas à part. C’est celui avec lequel un autre partage sa soumise. J’ai connu un couple qui fonctionnait ainsi : elle avait un Seigneur, un Co-Maître  et des maîtres d’une journée ou d’une soirée, en présence soit du Seigneur, soit du Co-Maître. L’affaire fonctionnait à merveille quand je les ai rencontrés, depuis plusieurs années et pour la plus grande joie de tous les protagonistes. Je ne sais où ils en sont aujourd’hui.

Généralement, cela n’est pas le schéma que je viens de relater qui est l'exemple, hélas : ce qu’on voit le plus souvent, c’est le Co-Maître qui se voit confier une soumise pour un temps bien défini, une ou plusieurs séances, avec ou sans la présence du maître en titre.

On en voit même que l’éloignement géographique amène à poster leurs soumises au Co-Maître comme des valises mais bon…là, on préfèrera se taire.

 

Le Con-Pro-Maîtres : On fera court. C’est le crétin des forums qui, quel que soit son rôle (soumis, switch ou soit disant maître), y rajoute une ligne dès qu’un maître ou une maîtresse a écrit. Juste une ligne, une seule,  pour dire « Vous avez bien raison ! »

 

Le D-Maître : C’est « Dominator » une fois qu’en plus, il s’est autoproclamé maître. Mais comme on l’avait déjà fui une fois pour toutes, on se contentera de sourire de son nouveau pseudo…

 

L’e-Maître : Il est la tare engendrée par l’époque. C’est le cyber-maître : il vous dominera, vous humiliera, vous ordonnera, vous punira. Vous lui remplirez des check-list, contrat, carnet de vie quotidienne. Mais le tout par e-mail, Messenger ou webcam. Vous ne le verrez jamais.

C’est un animal de chat BDSM. De toute manière, il habite en Nouvelle-Zélande…

 

L’Entre-Maître : Celui-là est pernicieux. Il vous « rencontre » alors que vous avez une relation. Il s’insinue dans votre vie comme ami de clavier, bientôt comme confident. Vous l’appréciez, lui livrez quelques bribes. Vous ne vous apercevez pas qu’il fait dans le « Tu es trop bien pour lui ». De toute façon, vous étiez trop bien pour la relation que vous aviez. Une fois celle-ci consommée, l’entre-maître vous exhorte à la prudence et vous somme de ne  surtout pas repartir en quête tout de suite. Avant, vous avez besoin de faire le point. De parler. Et lui est prêt à vous écouter. En plus, vu qu’il est seul (sa soum bronze au Cap d’Agde), il a tout son temps mais vraiment tout son temps pour vous. Vous risquez juste qu’il ne veuille très vite vous conseiller une bonne séance-catharsis, une seule (avec lui par exemple ), simplement pour vous convaincre que non, il n’ y a pas qu’un seul maître au monde.

 

L’O-Maître : Là, c’est le classique des classiques, c’est Sir Stephen, René ou tout ce qui a un rapport avec la tradition. Il est le Dernier des Géants, le Tenant de la Règle, le Saigneur des Anneaux. Il dicte, il édicte, il cause, il pose. Le problème, c’est qu’il est tout  dans la parole et l’écriture. O, il la cherche toujours. Ne le lui faites pas remarquer, il vous dira que c’est vous qui êtes une fantasmeuse, une fausse soumise, une pauvre fille…

 

Le Père-Maître : « Il est grave, il est maire et père de famille » écrivait  Verlaine.

Grave, le nôtre l’est. Maire, pas forcément. Père de famille surtout. Marié, quoi.

Le Père-Maître est celui qui vous convoque sans parfum ni rouge à lèvres, à l’hôtel du coin, payable par carte de crédit ( il paye avec la carte de sa société ),  celui qui arrive en catimini et repart itou, avant vous. Qui ne peut couper son portable deux heures durant.

Ne lui parlez pas sentiments, ça ne se fait pas en BDSM, il le sait et tout le monde est comme lui.

En plus, il a des enfants, et s’il est obligé de faire comme ça, c’est parce que sa femme (une sainte), ne partage pas ou plus ses goûts.

N’avez-vous donc aucune pitié ?

Pourquoi « gluez »-vous ainsi et lui reprochez-vous sans cesse de ne jamais vous appeler ?

Grave, vous disais-je.

 

Le Pro-Maître (1) : C’est lui, l’inégalable, le dominateur expérimenté, le prédateur. Il tient à son standing.  Et, comme un fait exprès, il est parisien.

Quasiment un professionnel au sens noble et philosophique ( c’est ce qu’il sous-entend ).  Il s’assume ainsi.

Il a raison sur tout. Les autres ( hommes, femmes ) sont quantité négligeable. Il est l’un des rares, sinon le seul,  à avoir compris l’essence du BDSM. Cette essence pourra varier légèrement au fil des mois et de ses humeurs mais elle restera une essence essentielle. La sienne. En un mot, il tourne en rond mais il ne faut surtout pas se risquer à le lui signaler.

Dans ce bas monde, à part lui, les femmes sont des proies et les hommes de vils produits, surtout les soumis.

Il est parano, manipulateur mais ce sont les épithètes qu’il plaque en toute bonne foi ( car il y croit, en plus !) sur les autres.

Il se dit sadique, il est surtout méprisant : s’il veut insulter quelqu’une, tiens, il la traite de « masochiste »…

 

Le Pro-Maître (2) : Comme son nom l’indique, il promet. Tout et n’importe quoi.

Sœur Anne ne verra jamais rien venir. Même son adresse mail était fausse. Vous n’avez jamais reçu un Mailer-Daemon-Undelivery d’un qui vous avait un soir, sur le coup de trois-quatre heures du matin, promis la lune BDSM, vous ?

 

 

Le Re-Maître : Il était maître (et en quels mots séduisants !) sur son profil quand il vous a cliquée pour la première fois. Il cherchait la perle rare. Ce n’était pas vous. Il vous l’a très vite dit. Quelque temps plus tard, sur un forum ou dans un weblog acerbe il fait ses adieux à ce monde lamentable de pervers. Vous le retrouvez quelques années après sur un autre chat : il cherche toujours la perle rare. Il détruit à nouveau son profil au bout de quelques semaines. Il revient trois mois plus tard. L’annonce est de plus en plus restrictive. Et blasée.

Le seul jeu possible avec lui consiste à parier sur quand il va disparaître ou réapparaître.

 

Le Sou-Maître : Il a une annonce de maître avec les mots qu'il faut et tout et tout mais avouez quand même que cette photo qui l’accompagne ( lui à quatre pattes sur son lit ) aurait pu vous mettre la puce à l’oreille.

Donc, au café, pourquoi être étonnée quand il vous explique tous les bienfaits du switch ?

Et là, précisément, il vient de "switcher" définitivement et irrémédiablement. Comme soumis.

Oui, il aime porter des talons aiguilles, et alors ? Et vous, ne seriez-vous pas dix mille fois plus belle la cravache à la main ? Les talons et la cravache ( pliable de chez Décathlon™ ), il les a justement sur lui, là, dans ce petit sac.

Et si vous vouliez bien l’accompagner jusqu’à son gîte…