Photo JS Rossbach

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Lorsqu’on s’exprime un peu à l’emporte-pièce, il est juste que les choses vous reviennent comme un boomerang tôt ou tard.

Quelques jours avant mon départ en vacances j’ai écrit ici le mot « pathologique » : je m’interrogeais sur celles qui sont prêtes à se laisser aller à n’importe quel extrême, fut-il le plus dévalorisant. Une commentatrice ( que je n’ai lue qu’à mon retour ) me fit justement remarquer que ce mot de « pathologique » était ambigu et qu’il pouvait dans notre monde moralisateur être appliqué à la plus minime de nos pratiques ( une petite fessée par exemple ), si mal comprises du public non informé.

 

Ceci m’amène à cette réflexion vespérale, qui est pure introspection, ne met personne en cause et n’engage que moi.

 

Je n’ai jamais conçu la soumission qu’heureuse. Ni pensé mon moi-soumise comme un moi-victime.

 

Sans que j’en connaisse le nom, ma « tendance » s’est révélée à moi très tôt dans l’enfance, à l’âge où l’on connaît ses premiers émois sensuels et non sexuels ( je ne saurais le préciser mais c’était en tout cas entre huit et douze ans ). J’étais une enfant heureuse et gâtée, vivant dans un milieu plutôt de classe moyenne mais intellectuel, de gauche et non pratiquant. Pas la moindre ombre au tableau.

Tout est né de sensations, d’impressions confuses.

Je l’ai écrit : au début, il y eut des émotions cinématographiques ( par exemple les fameux « Angélique » que l’on vient de revoir à la télévision mais et je voudrais insister sur ce point, Angélique gagne toujours à la fin, de même que les indiennes rebelles de mes westerns d’antan ).

Plus tard, à l’adolescence, ce furent des lectures et des tableaux.

En ces deux époques, il y avait aussi -c’est une autre chose que je pourrais citer parmi des dizaines d’autres- le plaisir sensuel de laisser mes pieds nus savourer la sévère rigueur des cailloux de la Méditerranée et la bien étrange volupté que j’en tirais.

 

Pas de nom là-dessus. Plus tard, le mot vint. Ce qui ne vint pas, ce fut celui qui pourrait le comprendre.

Je n’ai été concrètement « soumise » que tard dans ma vie.

Mais cela a été pour moi la réalisation d’une certitude. Je ne pouvais donc pas être déçue.

Et dans ce monde à part, j’étais alors suffisamment mûre pour, après quelques mois d’expériences toutes plus stupides les unes que les autres, me tourner vers celles et ceux qui par leurs écrits disaient ( comme je le dis ici aujourd’hui ) qu’il n’y a pas de règle qu’il ne soit possible d’écarter si elle ne nous convient pas et que le BDSM est celui que chacun crée pour lui-même et ensuite avec « la bonne personne », lorsqu’il la rencontre enfin.

 

Alors, pourquoi ai-je parlé de pathologie ? Je rappelle qu’il s’agissait d’une réaction à chaud, d’une profonde indignation contre la volonté de création par quelques individus d’un club privé qui tentait de se monter en SCI servant entre autres de chenil-porcherie pour des soumises, qu’il aurait été financé par des participations, mais aussi de manière totalement illégale par des ventes de soumises, réellement organisées sur la Toile via un Group ( l’affaire a fait grand bruit et long feu depuis ) et que je m’étonnais que certaines femmes puissent sembler intéressées et aller ainsi se plonger dans un avilissement qui me laissait sans voix. Pathologique -ai-je alors écrit.

 

Si j’ai toujours eu cette conception d’une soumission heureuse, c’est que je sais que chez moi, qu’en moi, ne passe jamais l’ombre de Thanatos.

Mais que je me suis aussi aperçue qu’elle passait parfois au travers des écrits ( témoignages ou fiction) de quelques autres*. Peut-être ( et je l’espère sincèrement ) à l’état de seul fantasme. Peut-être pas.

On en vient donc à ce que Bricabrac a un jour nommé « un certain déficit de soi » que quelques-unes peuvent connaître. Ce déficit de soi, si on veut le résoudre dans la soumission, peut amener direct dans les parages de Thanatos. Et c’est bien évidemment la pire des raisons de s’en aller jouer dans les jardins BDSM. Répétons-le une fois de plus, on y rencontre des gens très bien mais aussi n’importe qui.

 

Ce déficit de soi, d’où viendrait-il ?

D’une enfance battue -disent certain(e)s. C’est possible, mais pas toujours.

La dernière fois que j’ai été virée d’un lieu virtuel BDSM, c’était, entre autres bisbilles, pour avoir affirmé contrairement à la tenante de l’endroit que « non, TOUS les enfants battus ne deviennent pas fatalement des adultes maltraitants ou maltraités » ( pas plus que des dominateurs et des soumises, donc ).

Quant à celles pour qui ce déficit de soi amenant au BDSM viendrait d’une expérience de femme battue, brimée, plus tard à l’âge adulte, là encore je crois qu’elles existent mais que ce n’est pas la motivation de TOUTES  pour en passer à la soumission.

 

Il n’est qu’à lire le blog de Isacf70 pour laquelle soumission n’est pas miroir-thérapie d’un sombre passé, afin de voir comment on résilie ( et aussi sur ce dernier point les travaux de Boris Cyrulnik dont Isa est une magnifique illustration ).

 

Alors ? Alors, j’ignore le pourquoi. Mais il arrive aussi qu’on ne puisse pas tout expliquer par l’évidence. Et ces deux notions ( l’enfant ou l’adulte battue ) me paraissent définitivement par trop simplistes.

Je ne sais pas pourquoi mais il y a, oui, des femmes (et si j’ai mis tout cela ici au féminin, le masculin est sûrement valable aussi) qui jouent au bord du gouffre. Qui sont prêtes à aller tâter du statut de truie dans une « Animal farm ». Au bras de Thanatos.

 

Entrer dans le monde de la soumission n'était possible pour moi qu'en étant certaine  de n’entretenir aucun lien avec ce Dieu-là. Lire ici ou là celles qui le faisaient** m’a donc permis, en me différenciant, d’être confiante en moi et en mes raisons profondes d’être ce que je suis.

 

Et plus tard, aujourd’hui, par le biais de l’écriture, essayer d’attirer l’attention de celles-ci ou sur celles-ci. Afin de mettre en garde.

 

Contre les profiteurs de tout poil, les « vrais » sadiques ( il y en a ) ou l’escalade inévitable qui existe lorsqu’on est ainsi ( les écrits de ces femmes -qui, je le répète ne sont peut-être que du fantasme- ont en tout cas tendance à se radicaliser dans l’extrême au fil du temps )*** etc.

 

Je ne veux en aucun cas nous donner en valeur d’exemple ( personne n’en est jamais un ) mais M. et moi, qui sommes pourtant sûrs de nous quant à ces points, avons malgré tout des habitudes bien précises : nous ne BDSMons pas lorsque je suis,  pour une raison « hors couple », déprimée ou lorsque, pour un motif ou un autre, nous nous sommes pris de bec récemment. Nous attendons que l’orage passe.

 

C’est notre façon d’être « consensuels ». Et « sûrs » et « sains ».

 

*, ** et *** : Je n’évoque ici aucun blog. Celles et ceux qui me connaissent bien et depuis longtemps sauront de quels types de textes je parle.