Intérieur nuit.

Toi, moi, le fouet.

Ce n’est pas un trio, c’est nous deux accordés.

 

Il fait lourd, la journée a été longue. Très.

J’ai déjà été harpe, j’ai été bien jouée.

J’ai donné mon plain-chant, mélodieuse acharnée.

Je me suis consumée en flots de volupté.

Tu as brisé mes digues, j’ai été marée haute …

Je la croyais calmée, basse, loin de nos vues quand au suivant solstice, Tu as rendu la mer à nouveau démontée.

 

Maintenant, en sueur, je pèse sur les draps et je les sens froissés et je les sens poissés de ces vagues de nous. Il règne la torpeur qui conduit au sommeil.

Comme il fait chaud ce soir…

 

J’aurais du me méfier, c’était temps lourd d’orage.

Soudain le feu du ciel tombe sur moi d’un coup. Il me brise, il me brûle, il me partage en deux, en dix ou en dix mille. Il me tranche en morceaux. Et ça n’arrête pas.

Tout le bas de mon corps et son milieu aussi reçoivent une grêle.

Des grêlons par centaines.

Morsures incessantes.

Grêlons, grêle ? Mais non !

C’est moi l’argile frêle qui suis ainsi cinglée.

 

Pas un mot, pas un cri : plus l’heure de chanter. Respectons le sommeil des voisins fatigués.

Je tressaute pourtant, toute en soubresauts.

Puis je me laisse aller…

Oh… Il y a encore mes mains qui s’agitent et implorent.

Mes cuisses et mes fesses, tout le bas de mon corps ; oui, je sais, je l’ai dit mais comment expliquer, les sentir si vivants d’être ainsi déchirés…

Pas mon dos, pas mon dos.

Je T’en prie…

Si. Mes épaules aussi.

Pour finir.

Et moi, la douloureuse, en paradoxe ultime, je me sens bienheureuse dans le feu qui m’anime.

Et si je rugis muette au fond du traversin et bien c’est de plaisir.

 

Nuit d’amants, nuit de fête.

Ma jouissance ébranle les murs et la fenêtre.

Mais non, c’est bien moi seule qui vis mon bel enfer, mon tremblement de terre.

Mes secousses sismiques n’affectent en rien le monde.

C’est moi, seulement moi qui, dans mes eaux profondes, dans mon puits sans pareil, suis allée boire un peu au verre du soleil.

 

Et lorsque tout s’arrête, l’aube est au carrefour. Ses premières lueurs d’un bleu qui batifole passent aux volets mal clos quand Tu me fais l’amour sur un si doux tempo comme on berce une fleur pour qu’elle dorme heureuse dans sa fraîche corolle.

 

Ce n’est que vers midi, au faîte du beau jour, à mon réveil enfin, qu’en rouge vif écrit, j’ai vu Ton mot d’amour, Ton signe bien certain, ce X si parfait qui me marquait le dos.

Les lignes de Ta lettre justifiées plus bas ne seront que pour moi, en amarante plein sur mon corps parchemin.

 

Ceux qui passent ici comprendront, je le crois, que la photographie ne les montrera pas…