« Vivre est une chute horizontale »

Jean Cocteau

 

Elle est dans l’escalier et seule. Elle est punie. Les minutes finissent par faire de son attente une chute horizontale. Et la ligne qui se trace paraît sans fin.

Lui seul a le pouvoir de délivrer, d’ouvrir cette porte là-haut, de venir la chercher.

Ne vous demandez pas pourquoi elle sanglote, là, nue et ne se lève point.

Elle pourrait le faire. Monter, entrer sans mot dire, reprendre ses vêtements, se rhabiller, partir. Il n’y aurait rien de plus simple.

C’est vrai qu’il suffirait d’un geste, c’est vrai qu’il suffirait d’un rien.

Elle n’est pas dans cet état d’âme. Dans leurs clauses, partir maintenant serait partir définitivement sans possibilité de retour. Rompre un cercle qu’il ne serait plus possible de ressouder.

Or, sa vie à elle est une apnée, un souffle suspendu. Remis au seul désir de l’Autre qui n’a pas pour désir justement en ce moment précis de faire le moindre geste.

 

Que fait-il donc enfermé dans les pièces obscures ?

A-t-il pris un journal, écoute-t-il de la musique ? A-t-il ouvert les rideaux sur le jour si clair ?

Elle en pleure. On pleure d’aimer, tout le monde le sait. Sans doute n’a-t-elle pour privilège que d’avoir choisi autrefois les moyens, les conditions qui lui arracheraient des larmes un jour ou l’autre.

Toute punition est terrible. Qu’a-t-elle fait ? Rien, sinon de l’insupporter, de ne pas accepter de dépasser une limite qui l’effraie, d’avoir manqué à une promesse.

 

Il y a quelque chose d’extrêmement cruel dans cette façon-là d’aimer. Le fait de ne jamais pouvoir faiblir. Le fait de toujours abdiquer. Capituler. Se gommer.

 

Il y a quelque chose d’étrangement enivrant dans cette façon-là d’aimer. Le fait de ne jamais connaître l’habitude. Le fait de toujours tout voir remis en cause. Abandonner. S’abandonner.

 

Il y a quelque chose d’infiniment paisible dans cette façon-là d’aimer. Le fait de pleurer. Le fait que l’Autre sache à quelle aune il a mesuré le poids du sel qui brûle les yeux de l'exilée de l'escalier.

Larmes attendues. Larmes demandées. 

 

La porte tôt ou tard finira par s’ouvrir là-haut.

 

 

 

 

 

 

PS : Absente de mon domicile jusqu'à mardi, je blogue de cyber-cafés. Veuillez m'excuser si je ne réponds pas à vos mails avant cette date.