Photo Izima Kaoru

 

Izima Kaoru, né à Kyoto en 1954 est un photographe de mode.

Mais à l’instar du regretté Guy Bourdin , il réinvente totalement cet aspect de sa profession derrière l’objectif pour nous donner un regard entièrement personnel.

Ses photos, récemment " rencontrées ", m’ont immédiatement ramenée à l’œuvre littéraire d’un Ryû Murakami et à cette expression d’un Japon moderne qui dérange.

Deux images de lui dont la première ce soir est une photo pour la styliste Vivienne Westwood. Et quelques mots de moi, un texte pour tenter de lui donner du " son ", en hommage à l’univers si particulier de l’écrivain cité plus haut…

 

SES NUITS. ( Nouvelle ) Première partie.

Après tout ce qui s’est passé, le repas, la soirée, elles sont allongées maintenant tête-bêche, ivres mortes, quasiment jumelles, indifférenciables en tout cas si ce n’est par tel ou tel mince détail de leurs vêtements, leurs chaussures par exemple. Il les regarde.

Il les a attachées plus symboliquement qu’autre chose puisque c’était bien pour un jeu de liens qu’elles étaient venues et c’est étrange de les voir, si pâles sur ce drap si blanc. Quasiment des silhouettes de mortes. Ce ne sont pas leurs yeux ouverts mais fixes qui vont y changer quelque chose.

Il n’a même pas envie de leur ordonner de se dévêtir. Pour cela, il faudrait être sûr qu’elles soient encore capables d’entendre et de comprendre quelque chose et puis il sent sa propre bouche si pâteuse qu’il doute de pouvoir accomplir cet effort.

Il se contentera donc de jouer le voyeur de sa domination. Les poupées cadavériques ne s’en plaindront pas. A quoi songent-elles dans leur immobilité comateuse du trop d’alcool du pas assez de sommeil? Etranges filles que l’on croise dans le hall des hôtels de luxe, cheveux permanentés pour paraître moins asiatiques, vêtements européens de prix et qui pourtant n’ont pour vivre que la possibilité ancestrale de se vendre la nuit, se présentant toutes, comme celles-ci,  en étudiantes. Il est déjà le Maître de part le fait d’avoir payé. Elles ne méritent pas plus, surtout pas qu’il organise quelque mise en scène. Il les soupçonne trop de n’attendre que ça, d’avoir l’habitude de se donner en spectacle lesbien et d’accepter en plus quelques coups de cravache pour une enveloppe bien garnie de plus.

Indifférenciées et indifférentes pour lui. La somme qu’il leur a versé ne le préoccupe point. Mais leur totale absence de conversation, d’esprit, leur avidité à profiter au maximum de cette occasion de boire et de festoyer l’ont déçu. Comme souvent. Comme presque toujours.

On n’a pas plus envie de faire du mal que de faire du bien à des corps qui s’avèrent des réceptacles de vide. Ce néant le fatigue. Et cette pièce est décidément trop blanche, trop éclairée.

Il s’ennuie. Il décide qu’il va les laisser et aller dans sa chambre. Il écoutera du Sonny Rollins avant de s’assoupir.

A l’aube.

Peut-être.