Photo AllieKitten

 

Le mot « soumise » fait peur. Et cela ne m'étonne pas.

Je ne l’utilise moi-même au fond que parce que sa sonorité me plaît. Je lui aurais cent fois préféré « docile » ou « apprentie » que j’ai employés autrefois sur quelques forums mais comme ces deux-là ne parlent à personne, ils ne font que brouiller un peu plus des cartes déjà passablement emmêlées.

Je n’ai rien non plus contre le mot « masochiste » qui fait encore plus peur, si ce n’est son étymologie. Il n’y a rien à faire : je suis une littéraire et les œuvres, même les plus mineures, de ce brave Léopold me sont définitivement indigestes.

 

Pour des gens biens qui n’ont rien de ces fantaisies érotiques-là, je comprends que notre iconographie, nos propos soient quelque part effrayants.

Quoi donc, ces femmes-là aiment se faire battre ?

A l’heure des légitimes et toujours insuffisants combats contre les dégénérés qui frappent leurs compagnes, il y en aurait donc qui revendiqueraient des coups ?

 

La frontière est extrêmement difficile à expliquer puisqu’elle ne réside que dans la notion de consentement. D’une part un Eros particulier, de l’autre le délit le plus abject.

La première est une amoureuse qui se donne dans des liens, des postures, à travers sa douleur voulue, la seconde est une victime.

 

Je lisais ce week-end « Pop model », les mémoires de Lio écrites avec Gilles Verlant et qui viennent de paraître  chez « J’ai lu ».

Lio, on le sait, a vécu sans être BDSM pour deux sous une lourde expérience de femme battue.

Très libre d’esprit, elle est tout à fait capable de trouver le bon distinguo en écrivant :

« Il existe des femmes qui aiment les rapports masos, ça les excite ; elles font très bien la différence entre l’acte sexuel, où elles apprécient certaines choses qui sont de l’ordre du lien, de la coercition, même accompagnée de fessée, de coups de cravache, dans le cadre d’un jeu librement consenti, et la violence conjugale qu’elles ne supportent absolument pas par ailleurs. »

Tout est dit dans ces quelques lignes.

 

Dans la vie de tous les jours, je ne suis pas de celles à tendre l’autre joue, encore moins la première. Je n’accepterais en aucun cas qu’un compagnon me fasse violence. Dans mon érotisme, c’est autre chose…

Mais il n’y a - et il faut le marteler sans cesse - pas de corrélation entre l’une et l’autre chose.

 

Je lis beaucoup de blogs de soumises ( il y en a de plus en plus ). A part quelques acharnées de la Règle ou se disant telles parce que c’est de bon ton sur le lieu où elles sont hébergées, j’y lis la plupart du temps des femmes aussi libres et libérées que les autres qui placent une saine et sereine distance entre leur moi-soumise, réservé à l’intimité qu’elles partagent avec les hommes qu’elles aiment et qui sont tout sauf des tortionnaires, et leur moi-ouvert à tous qui est celui d’une femme active et réactive.

 

Je regrette que certains de ces blogs se complaisent dans des textes de sous-gamme érotique, que d’autres soient lassants à force de ressasser leur « être » par le biais de la seule poésie mais, au final, la femme qui s’y exprime n’a rien d’une possible proie pour un amateur de punching-ball. Il serait bien reçu chez mes « fessées » et mes « poupées » préférées, tiens, celui-là…

 

Je souhaitais depuis longtemps rendre hommage à Isa. Elle est un peu le cas à part. Elle tient un blog BDSM en ayant un passé de femme battue et, parce que c’est son itinéraire, elle a écrit un texte lumineux « Ambivalence du blog, pourquoi ? » vers lequel je vous guide  ce soir. Elle y raconte son combat permanent désormais auprès des associations qui luttent contre les violences conjugales. Son blog étant situé sur 20six, il ne comporte qu’un avertissement « pour adultes » mais on peut y entrer d’emblée. Mon  lien vous conduira donc sur une page uniquement (que j’estime lisible par tous). Je laisse ensuite aux majeurs(es) le plaisir de cliquer les autres rubriques et de visiter l’ensemble de ce blog.

 

Le mot « soumise » a encore une autre connotation néfaste. Il rappelle à certains l’ancien vocable de « fille soumise » qui ne désignait ni plus, ni moins que la prostituée.

C’est vrai qu’il n’y a pas à s’enorgueillir de cette périphrase mais elle date vraiment beaucoup.

Hélas, c’est de « chez nous » que viennent ceux qui la croient encore à la mode et qui la traduisent pour leur profit en la liftant quelque peu en « femme facile et gratuite » (gratuite surtout, on s’en doute)…C’est navrant, c’est révoltant. Je n’en finirai jamais de les dénoncer et de mettre en garde contre eux.

 

Ce sont pourtant, à tout prendre, et un bien joli mot et une bien forte et profonde condition d’amoureuse que ce qui est à entendre et à comprendre dans « soumise »…