Image d' IXEO

 

IXEO a, pour mon goût, le plus beau blog de création personnelles d’images qui soit.

 

Je lui avais demandé d’en faire une à mon intention. Ce fut cette « Choose your Eve ».

Qu’il soit, ici, remercié de mon émerveillement devant son travail.

 

Pendant quelques semaines, mes mots sont restés muets devant cette pléthore de visages et de couleurs.

Puis, de cette mosaïque de femmes, est sortie une voix d’homme, je ne sais pourquoi...

 

Pas plus que je ne suis l'une de ces "Eve", M. n'est, de près ou de loin, le personnage qui dit "Je" plus bas.

Mon texte « Choose your Eve » est  une fiction et suit les règles de la fiction. Ainsi, toute ressemblance avec des situations, des personnes réelles vivantes ou décédées, serait purement fortuite et totalement involontaire .

 

 

CHOOSE YOUR EVE .

 

Choisir, disait quelqu’un, c’est renoncer à tout le reste.

Voilà des mots qui n’étaient pas pour moi. Je les lisais comme « Choisir, c’est se priver de tout le reste ».

Et moi, j’avais choisi de ne me priver de rien.

Etait-ce d’avoir tant été privé, ou de m’être cru privé autrefois ?

 

Est-ce cela qui fit que je me voulus Maître dans ces arcanes où si peu pénètrent ?

Qui pourrait jamais l’affirmer absolument ? Les ombres du passé sont-elles vraiment pour quelque chose dans le devenir ? Je le crois. Puis-je en être certain ?

 

C’est ainsi, en tout cas que je devins mon propre paradoxe.

Prisonnier entre les deux axes les plus éloignés qui soient, la rigidité d’une éducation bourgeoise et religieuse qui me fit respecter toutes les règles sociales et l’instinct jamais satisfait du prédateur qui me fit toutes les transgresser, ainsi fus-je côté soleil et côté nuit…

 

Choisir une Eve ? Mais quelle Eve choisir ?

Je la voulais Lilith aussi. Tout jeune j’ai pensé que celle-là, double visage et double corps, saurait être l’objet de mes attentes. Avant que de comprendre que toutes les Eve qui passaient dans ma vie étaient aussi toutes des Lilith. Il faut dire que je savais aller là où l’on trouve celles qui sont ainsi.

 

Alors, j’ai vogué d’appétit en appétit, de folie en folie et toutes me lassaient bien vite car pour moi il n’est folie qui dure, appétit qui ne se rassasie bien vite.

 

J’ai toutes ces images dans ma tête, elles s’enchevêtrent.

La femme d’affaires, forte tête féministe de mes débuts professionnels que je parvins à faire déambuler dans ses hautes fonctions les fesses nues sous sa jupe et en porte-jarretelles, commençant à combler ainsi mes sadiques pulsions de transformer les corps et les esprits.

Celle à qui j’imposais des tatouages et qui doit les porter encore quelque part, dans une autre ville, je ne sais où mais j’aime à imaginer que mes marques sont indélébiles.

Cette autre aux longs cheveux qui paraissait si libre en maillot noir sur cette plage où elle était l’objet de tous les regards et dont je mis si peu de temps à faire une glapissante femelle à quatre pattes…

Mais comment continuer après ? Lorsqu’on sent qu’on va tout avoir, comment avoir encore envie ?

 

Puis il y eut toutes les autres dans mon cercle infernal, celles qui burent le calice jusqu’à la lie, celle qui implora sous les pinces, les yeux levés au ciel avec son beau visage de martyre.

J’ai cru, j’ai cru vraiment tant elle supportait, tant je pouvais exiger d’elle, que l’Eve et la Lilith allaient s’arrêter sur son image.

Arrêt sur image ? Pas pour moi.

Trop de facilité ennuie.

J’eus un beau jour encore faim d’ailleurs.

 

Vint ma « Japonaise » ou tout au moins celle qui se voulait se nommer ainsi, celle que je liais des pieds à la tête, celle que je liais tête en bas, celle surtout qui se lia à moi dans l’âme et même dans l’amour. Et j’ai, un temps d’ivresse, fait une pause et partagé cet amour.

Et elle aurait pu être mon Eve. Côté donjon.

Mais il y avait le côté rue de ma vie.

 

Je suis, je l’ai dit, paradoxe et dans ma maison à la vue de tous, il y avait une pierre angulaire, un mur porteur.

La femme du foyer, mon esclave elle aussi, Lilith à mon image, prête à tous les compromis et toutes les compromissions - mais pas Eve pour deux sous -  qui était, elle, le choix définitif à la face du monde, celui que l’on se doit de respecter parce que c’est ainsi, société et famille obligent.

Mais qui ne me suffisait pas.

Même si les âmes sont jumelles, trop de complicité ennuie.

 

Ma Japonaise souffrit bien plus de la présence de cette autre, l’inamovible, l’indispensable, la prosternée, que des tortures qu’elle subissait et  réclamait.

Elle s’en fut. En souffris-je ? L’espace d’une saison seulement.

Elle doit, pour elle, en souffrir encore, et mon sadisme m’amène à me complaire à cette pensée.

 

Il y eut toujours des témoins à mes nocturnes « particuliers ». Et j’avais sempiternellement, même en peine action, l’œil en coin pour sélectionner dans l’assistance celle qui avait le regard le plus brillant, celle que ces spectacles outranciers faisait vibrer .

Elle était - déjà - la prochaine, la future Eve…

Et je choisissais. Et je choisis, oui, encore et toujours les passagères momentanées qui sont autant d’étapes sur mon voyage.

Etapes mais pas même repos du guerrier.

Mon voyage est sans fin, ma soif inextinguible.

Je ne me suis jamais demandé ce que je serais sans ces Eve.

Ne sont-elles pas seulement des prétextes ?

 

 

Je domine donc je suis.

C’est mon seul postulat.

Je, je, je, je…