Hussein Chalayan - Modèle "After Words"- 2000 -

 

On ne voit dans les choses, c’est bien connu, que ce que l’on veut y voir.

 

Personne ne s’étonnera donc qu’en contemplant cette tenue, si joliment nommée "Après les mots", œuvre du créateur chypriote-turc Hussein Chalayan officiant à Londres, connu aussi pour ses robes-chaises et auquel est consacrée (ce qui n’est que justice car pour moi, cette mode-là est de l’art) du 17/4 au 4/9/2005 une exposition au Groninger Museum de Groningen aux Pays Bas, je me sois laissée aller à penser qu’à mon goût, elle était le parfait vêtement pour une soumise : chaînettes retenant le corsage à la jupe et quelle jupe ! Toute de taille en cuir et d’ampleur en bois précieux, fausse crinoline et vrai carcan.

 

Je la veux, il me la faut. Elle, c’est moi ! « Mon » idée de la soumission.

A côté d’elle, les tenues de vinyle noir ou rouge font piètre figure, je ne vous parle même pas de celles en cuir débraillé trash…Elles n’ont plus aucune inventivité. Désormais on les voit partout. Plus rien de transgressif.

 

Transgression, le mot est lâché.

Depuis que Mélie l’a évoqué sur son blog-adultes, il y a quelques jours, j’y réfléchis, j’y réfléchis d’autant plus que par hasard, voulant dépoussiérer mes fichiers d’ordi, voici que je viens de retomber sur celui où je conserve, ramassés ici et là, tous les documents concernant niveaux de soumission, positions de la soumise, règles de langage et de comportement, code des couleurs etc.

 

A relire tout ça en bloc, tout à l’heure, j’ai été comme étourdie.

Sonnée. Un vrai choc.

Et ce serait ça, être transgressifs ?

Se conformer à des diktats (ou les exiger) comme dans quelque sombre secte ou sous quelque dictature ?

Pire encore, tout cela m’a soudain évoqué non la transgression mais bien au contraire l’entrée au couvent. Merci. Très peu pour moi.

 

Tiens, retrouvant dans le tas l'u.r.l d' un site fameux, j'y suis allée tester mon bon talent de soumise, le cadeau Bonux™ étant à la fin du questionnaire, selon son niveau de prouesses, de capacité d’obéissance ou autres le droit que l’on a d’appeler le dominant « Monsieur » ou « Maître » ou « Seigneur »…

Songeuse, l’Aurora…

Je crois que j’ai les points suffisants pour appeler M. « Monsieur ». Bonne nouvelle!

Dis, on commence ce soir ?

 

A moins qu’il n’y ait pire encore que moi (la nullité suprême par exemple : ne pas pouvoir appeler le « dominant » du tout), je pense être vraiment au bas de l’échelle. Cela tombe bien, tous ces mots me gênent et je ne vois pas ce qu’ils ont de transgressif. Sinon le plaisir de les transgresser.

 

La transgression, et le bon Bataille en savait quelque chose, c’est l’érotisme. Dès que l’on consomme l’acte de chair par plaisir et non pour procréer, on est dans l’érotisme et donc dans la transgression.

Elle peut prendre ensuite les formes qu’elle veut : pour les autorités canoniques, la seule notion d’érotisme sera toujours transgressive. Parce que c'est le plaisir qui est transgressif.

 

Et le BDSM dans tout ça ? Et bien, en imposant ses déguisements, ses règles et tout le toutim, et en rejetant tout ce qui les transgresse ("le Milieu" BDSM est très intolérant pour ses propres voix discordantes), on est en position de se demander si sa transgression n’est pas quelque part la moins trangressive et la plus codifiée qui soit. Car elle donne une vision universelle et en kit du plaisir.

 

D’ailleurs, quid d’une ethnographie du SM ? Qu’en est-il de lui en Afrique ou au Groenland ?

Je ne le connais qu’européen, anglo-saxon ou asiatique. Ce sont déjà trois façons différentes de le vivre : les Maîtres ne sont pas (encore ?) adoubés par des Mentors chez nous comme ils le sont en Amérique et on ne « shibarise » pas à Kyoto comme on « bondage » à Paris.

Je voudrais en savoir plus sur le SM en Papouasie. Sérieusement.

 

Il doit être d’un transgressif à nous faire pâlir d’envie.