Photo du film "9 semaines 1/2" d'Adrian Lynch

 

C’est la fin de la soirée. Bientôt, nous allons partir.

Il y a eu déjà tant et tant de choses : je suis vacillante, un peu planante, endolorie et toute douce.

Mais Tu m’as réservé un dernier défi.

Un presque rien.

Un juste après ou un juste avant…

 

Tu ne m’as pas posé de bandeau. Tu m’as seulement demandé de fermer les yeux, de ne pas bouger et de rester là à T’attendre.

Les paupières closes, le rideau semble vraiment tiré sur la scène alentour. Les tentures rouges ont disparu, l’éclairage tamisé aussi.

Tout s’emmêle dans ma tête, des fils de feu s’y croisent. Un écheveau de laine très douce.

 

Autour de moi, ils continuent à parler. Pour beaucoup, ils n’ont pas fait grand chose d’autre de toutes ces heures. Comme si, animaux de t’chat, ils n’étaient in vivo ensuite plus capables que de tchatche…

Moi, je suis là, bien droite, bien sage. Je n’y vois rien et je n’entends plus qu’un lointain bruit de fond. Je m’abstrais, impossible à atteindre désormais. J’en serais presque à m’assoupir et cependant quelque chose de moi, bien enfoui, reste aux aguets.

 

C’est une brûlure sur mon sein gauche qui me fait tout à coup remonter à la surface. Poisson d’O, je dois ouvrir ma bouche pour reprendre un peu d’air.

Dis, Tu me fais quoi, là ? Tu m’incendies le téton avec quoi ?

Ce n’est pas de la cire, je connais trop pour m’y tromper. Ce n’est pas une flamme, ça ne ferait pas ça, j’en suis certaine.

Ai-je un petit cri de surprise, balbutie-je un semblant de plainte ?

En tout cas, je n’ouvre pas mes yeux. Ce n’est qu’après que j’y ai repensé. Au fil du temps, donc, l’habitude de l’amoureuse acceptation en vient jusqu’à nier les instincts de base.

 

Et soudain un liquide très froid coule le long de mon buste jusqu’à mes cuisses, tandis que Tu appuies doucement, fermement sur mon cou pour me tendre vers l’avant et que ce qui tombe en gouttes de pluie ne rejoigne plus que le sol …Il n’y a pas que cette averse qui coule, d’ailleurs. Moi aussi, je suis inondée en mes antres plus chauds et plus secrets.

 

Un glaçon, c’était donc un glaçon, seulement un glaçon que Tu passes d’un sein à l’autre, que Tu portes à mes lèvres…Mes pointes dardent. Je sais que le froid brûle, je n’y avais pas pensé là, pourtant.

Il est des moments où les éléments les plus familiers ne nous viennent même plus à l’esprit, tendue que l’on est dans l’attente craintive et excitée.

 

Sensations faites de si peu de choses en fin de compte, émotions volées l’espace de quelques instants, effets de scène, effet de surprise.

C’est le moins qui peut le plus parfois.

Tu ne T’étais donc éloigné que pour aller chercher cet iceberg au bar et me faire sombrer pendant quelques secondes, Titanic désemparé mais bienheureux au gré des ondes…