J’ai toujours considéré les propos sur la sexualité et surtout lorsqu’ils concernent une évolution de celle-ci comme participant de l’analyse de faits de société. C’est pour cela que j’avais choisi de faire apparaître mon blog, non parmi la rubrique « érotique » car je pense qu’il n’y a rien de moins érotique que lui ( sourire ), mais dans le thème « société ».

 

Le BDSM est ce mois-ci à la une du mensuel « Marie-Claire » sous le titre en point d’interrogation : « Pervers ou libérés ? Ces couples qui jouent à se faire mal pendant l’amour ».

Ce n’est pas la première fois que le thème BDSM est abordé dans des revues à grand tirage et en vente tout à fait libre, mais c’est la première fois que je trouve un article de fond entièrement sérieux.

Il y en avait eu, bien sûr, du même style consciencieux mais dans les magazines de psychologie, hélas moins lus, et ce que je reprochais jusqu’à présent à la grande presse féminine, c’était d’aborder le thème sous un aspect humoristico-ludique ( je songe notamment à une présentation sous forme de test dans un supplément estival de « Cosmopolitan » d’il y a deux ans, qui ne débouchait sur aucune conclusion).

 

Mais revenons-en à Marie-Claire auquel je ne peux reprocher que l’accroche clin d’œil un peu démago en haut de l’article, accroche ainsi rédigée «  Sado-Maso-Dodo », pour être suivi du titre réel « Quand le sexe fouette le couple. » où l’humour est déjà nettement plus proche du contenu.

 

Le reportage en soi est introduit par une page de la journaliste Elisabeth Alexandre qui pose dès le préambule les deux bonnes questions :

« Mais comment peut-on s’aimer et se faire du mal ? »

et

« Et qui sont ces femmes émancipées qui, pourtant, aiment jouir ligotées ? »

 

Bonnes questions parce que ce sont effectivement celles que se posent les gens « du dehors ».

 

L’article d’Elisabeth Alexandre a l’immense mérite de ne laisser aucune place à la traditionnelle analyse de la « perversion constituée » si prisée jadis pas plus qu’aux éternels poncifs du « milieu ». Elle évoque en revanche la forte médiatisation des années 90 (on sait ce que je pense du tort que celle-ci nous fit aussi).

Pour s’éloigner de toutes ces barrières et démontrer qu’il faut peut-être regarder tout cela d’un autre oeil, elle s’en réfère au livre de Mona Sammoun « Tendance SM » que j’ai présenté ici il y a quelques temps à peine et à une enquête menée par un sexologue, Erick Dietrich qui chiffre à 70% « peu ou prou » les couples qui s’adonneraient à des pratiques sexuelles ritualisées de pouvoir, contrôle, etc.

Je mettrai seulement un bémol à ce chiffre que je trouve bien optimiste et dirai une fois de plus tout mon doute sur les « enquêtes » et les conditions dans lesquelles elles sont réalisées.

Il n’est besoin que de penser à certain récent sondage « sortie des urnes » aux USA !

 

Il n’empêche qu’à ce point de détail près, l’article d’Elisabeth Alexandre est brillant et pour vous laisser le soin de le découvrir par vous-mêmes, je n’en citerai que la phrase de conclusion tout à fait juste  à mon sens :

« Comme toute sexualité vécue dans la complicité, dans la conscience partagée de franchir ensemble les limites du corps et de l’esprit, la relation sadomasochiste renforce parfois l’harmonie du couple ».

 

Pour appuyer sa démonstration, l’article continue sur deux autres pages qui contiennent le témoignage de trois couples qui vivent dans le plein épanouissement des sens et de l’esprit leur relation BDSM et l’évoquent avec un raisonnement très structuré.

Ô, miracle, pour une fois, on n’est pas allé interviewer « les pointures du milieu » !

Même s’il m’a semblé, dans les propos de l’homme du premier couple reconnaître (mais je peux me tromper) quelqu’un qui a son importance dans la parole BDSM et s’il s’agit donc bien de la personne à laquelle je pense, ce serait alors un iconoclaste du « milieu » dont M. et moi avons toujours apprécié les textes.

Le témoignage de ce premier couple est essentiel et absolument passionnant, il met à bas tous les poncifs qui opposent SM et féminisme à travers la personnalité marquée de la femme et de plus aborde tous les sujets : amour (ces deux-là s'aiment follement) , enfants et même … le soumis au masculin.

Le second couple évoque des ressentis plus intimes mais à son tour, revient sur l'amour et sur la notion « SM versus féminisme » pour la mettre à mal lui aussi.

Quant au troisième couple, le plus jeune, où l’homme est présenté comme un « artiste peintre », il évoque fatalement des débuts et donc plutôt une démarche de tâtonnements et de recherche (même vers l’extérieur d’où l’évocation du « multipartenariat » qui n’est pas ma tasse de thé mais qui existe !) et il a le grand intérêt de se classer dans la catégorie switch, c’est à dire l’échange des rôles ( qui, là non plus, n’est pas ma tasse de thé mais qui existe !).

 

Allez, on dit quoi ?

On va dire merci à Marie-Claire et à Elisabeth Alexandre pour avoir montré d’une part, que le BDSM n’est pas « diabolique » et d’autre part qu’il est en pleine mutation !

Mouarf ! Mouarf ! J’en connais qui seront pas content(e)s. Maintenant que je ne suis plus la seule à le dire….