D’ici quelques temps, je vous proposerai le fruit de mes humbles cogitations sur l’expression féminine érotique en littérature..

Mais pour l’heure, et comme l’an passé au début du printemps, je ne vous livre que ma moisson de dernières lectures, ou ma bibliothèque « rose » à moi, rose peut-être mais, comme toujours, en vente libre.

Il y aura de tout : du bon, du mauvais (érotique ou SM n'excusent pas tout), du sublime (tout ceci à mon sens bien sûr) mais surtout un essai de variété qui ira de l’Eros à l’inclassable en passant bien sûr, par le BDSM et voisin…

 

 

Pour ce premier soir, j’aborderai « Brûlure » de Cléa Carmin puisqu’il vient de ressortir en édition de poche chez Pocket.

Lu en son temps ( le livre est paru en 2003 aux Editions Blanche) et relu pour l’occasion, c’est un bon choix pour débuter cette série de posts parce que c’est un beau livre. « A mon sens », comme je le disais plus haut dans l’introduction. Après, à chacun (e) de se faire son idée, en feuilletant le livre avant de l’acheter.

 

« Brûlure » est l’histoire d’une passion, une vraie, entre une femme et un homme et, comme toute passion, elle brûle et consume.

Pas plus. Pas moins non plus. Cent vingt pages d’incendie pur pour deux personnes.

Ces deux-là, on ne leur accorde pas l’éternité ensemble lorsqu’on referme le petit volume.

Parce que sur ce tempo musical, on sait par pragmatisme que ça ne dure jamais.

Mais qu’importe, une brûlure est une source de chaleur et la chaleur, c’est la vie même…

 

Si « Brûlure » ne peut être classifié que comme texte érotique et non BDSM, c’est bien néanmoins l’histoire d’une soumission. Sans instruments qui lacèrent et sans cire chaude, mais il est des actes et des ressentis qui lacèrent autant qu’un fouet et d’autres qui mettent en feu bien plus qu’une bougie et son goutte à goutte…

 

La narratrice rencontre un homme, il est là, il vient, il repart pour revenir encore, on ne peut prévoir quand, ni comment, ni pourquoi… Tout ce que l’on sait c’est cette emprise qu’il exerce. Tout ce dont on est sûr, c’est des sentiments de la personne qui dit « je » et qui finira par prononcer, in petto, « je t’aime » à la dernière page.

Pour le reste, c’est un récit basé sur une alternance d’attente et de moments forts, les ingrédients de la passion comme toujours ( je renvoie encore une fois à « Passion simple » de Annie Ernaux).

 

Les moments forts n’échappent pas aux variations érotiques habituelles, déjà tant lues chez d’autres.

Mais ce qui détonne dans l’érotisme de Cléa Carmin c’est que toutes ces scènes qui reprennent le catalogue habituel du fantasme au masculin ( c’est B., le protagoniste tant attendu qui a l’initiative de quasiment toutes les audaces évoquées), le font dans un langage féminin.

Et parce que c’est très rare qu’une femme exprime son vécu des moments sexuels avec des mots de femme ( et non dans un vocabulaire décalqué de celui masculin) , c’est là que ce qui pourrait n’être qu’un « bouquin hot » parmi tant d’autres, trouve toute sa valeur et son envol.

La chose est d’autant plus flagrante qu’une des scènes du livre consiste justement dans le défi lancé par B. à la narratrice de commenter les ébats du moment avec des mots « qui ne sont pas les siens ». Et dans ce seul passage où le livre dévie de son style, on constate tout le féminin singulier de l’écriture des autres pages.

 

Maintenant, il ne reste plus à Cléa Carmin, sortie de cette « Brûlure »-là ( qui comme je le disais plus haut ne peut avoir de suite) qu’à écrire d’autres livres, d’autres histoires, érotiques sans doute, érotiques tant mieux,  avec la même plume et surtout le même point de vue, exclusivement femme, elle qui sait si bien en restituer et le sens et l’essence.

 

 

« Je croise les chevilles dans ton dos, mes doigts sur ta nuque, je plaque mes lèvres sur les tiennes. Je veux te garder à jamais, sentir encore les étoiles éclater dans mon ventre, les lumières m’aveugler, ma tête voler en éclat sous les déflagrations. Je suis heureuse, tellement, terriblement, trivialement heureuse. Le bonheur en concentré se distille au centre de mon corps. Je sens la vapeur qui s’insinue dans mes veines. Je flotte, je plane, je nage, je quitte la réalité, j ‘échappe au monde, je disparais de ce paysage.

Quand je reviens, tu as disparu. Il ne reste de toi qu’une feuille blanche sur mon tailleur, au pied du lit.

A bientôt. Je te préviendrai. B. »

 

Cléa Carmin – Brûlure – Pocket – 2005

 

 

PS : J’en profite pour signaler la réédition en poche, toujours chez Pocket  du poignant « Entre ses mains » de Marthe Blau, déjà évoqué ici et nettement BDSM, lui….