Image Sakurako Zyabara

 

Ceci est un conte en quatre parties : il est porté, comme un envoûtement, par ces images de Sakukaro Zyabara, gentiment offertes par un lecteur,  qui m’ont totalement fascinées.

Je ne ferai donc l’injure à personne de préciser que je ne suis pas le « Je » qui se dit ici…

 

 LE DIT DE NATSUMI ( CONTE - 1 )

 

 

Moi, Natsumi, j’avais appelé le Si Haut, l’Amour sans concession, l’Absolu.

Je ne l’avais pas invoqué par des pratiques magiques, je m’étais contentée de me consumer lentement à l’attendre, à parsemer ma vie de vide et de silence.

Il vint un jour, il sortit d’une boîte, comme celle qui contiennent des diablotins grimés qui font rire les enfants et c’est bien l’apparence qu’il avait.

Mais il ne donnait pas envie de rire et son costume et ses fards inspiraient plutôt la crainte. Crainte de le décevoir, de n’être pas à sa hauteur…

Comment ne pas être saisie de tremblements lorsqu’on rencontre celui qui tutoie et la vie et la mort, celui qui possède la clé de toutes les caves, celles où, dans l’obscurité, la vérité de l’être se dévoile ?

Dès qu’il fut là, si le silence demeura, le vide s’enfuit sans même que je m’en rendis compte.

Le Si Haut me redonna un corps. Un corps qu’il plia, qu’il mit à genoux, un corps qu’il lia d’animales laisse et collier, instruments qu’il n’utilisait que pour me plaquer contre un mur, de poignets et d’anneaux de cuir à mes mains et pieds, qui n’étaient là que pour signifier qu’il m’avait entendu dans mon désir total d’appartenance. Mais lui ne me tenait que par les cheveux.

Je ne regrettais pas de les avoir laissés pousser, de les avoir laissés devenir lisses, pas plus que je ne regrettais leur noir brillant de mer huilée…

Ces cheveux qui tombaient maintenant jusqu’à terre étaient à la fois le voile par lequel il me traînait mais aussi le tapis qui me permettait de trouver plus ou moins un réconfort contre le froid car le Si Haut ne m’épargnait pas les endroits les plus glacials. Ainsi lui donnais-je la preuve de ma confiance indéfectible comme mon visage toujours tourné vers la terre était la marque de mon respect …

Le silence n’était troublé que de ses paroles, fort rares puisqu’il me voulait toujours aux aguets et fonctionnant sur l’intuition,  mais parfois aussi par la musique cristalline et aiguë qui provenait de ses grelots. Il fallait savoir l’interpréter pour répondre immédiatement  au moindre de ses désirs et alors le Si Haut savait que je l’aimais et me rendait mon amour…Sa main dans mes cheveux se faisait caresse et il prononçait les mots de la fierté, sa fierté de moi.

 

 

( A SUIVRE )