Pas d’image ce soir : après Man Ray il me paraissait impossible de ne pas marquer une pause symbolique d’un jour…

 

Que le titre soit clair : il ne s’agit nullement d’une réflexion généraliste sur les limites DES blogs, de TOUS les blogs. L’adjectif indéfini « UN » a été soigneusement choisi pour indiquer qu’il s’agit d’évoquer les limites d’un blog et d’un seul, le mien en l’espèce.

 

Je me suis souvent interrogée sur les limites de mon blog, j’entends par là les limites de cette forme d’écriture par rapport à celle plus traditionnelle du livre, du texte objectivement édité.

 

Les limites de mon blog, je les avais donc dans un premier temps uniquement visualisées par rapport à l’espace et au temps.

L’espace, c’était les 50 Mo de disponibilité qui, à ma cadence, devraient couvrir encore deux ans et demi. Et après ? Là, la réponse pratique est simple : tout transvaser dans mon autre blog, quasiment vide (mes archives) et recommencer avec un blog à neuf pour quatre ans.

 

Six ans et demi donc. Sauf que là, on aborde le phénomène sous son aspect temps. Le temps technique tout d’abord. Tout allant très vite sur la Toile, je doute fort qu’en six ans et demi, le blog ne se démode pas au profit d’un autre outil d’expression qui en sera la version améliorée, ce que j’avais une fois nommé le « clog » ou le « dlog ».

Le temps individuel ensuite : rien ne me dit que j’aurais envie de tenir un « carnet » pendant des années…

 

Tout ceci se révélant donc du domaine de l’inutile supputation sur le futur, ne reste qu’à me poser des questions sur les limites de mon blog au quotidien et d’en revenir à la différence entre un blog et un livre.

 

L’adorable Missy’V dans son excellent journal de route avait, ces derniers temps, pour habitude d’accompagner chacun de ses billets de la « googlerie abracadabrante » du jour, c’est à dire de la plus stupide requête qui amenait quotidiennement chez elle par le biais des moteurs de recherche.

Cela m’a donné l’idée d’aller voir dans mon outil de stats ce qu’il en était pour moi, chose que je n’avais plus faite depuis des lustres. A ma grande stupéfaction, je me suis aperçue que ces requêtes collaient pour moi à 98% avec mon blogothème. Mis à part de très rares égarés qui aboutissent ici par exemple pour savoir « Comment entretenir un vêtement de cuir pour lui éviter les aléas de la pluie », tout le monde vient bien chercher ici quelque chose en rapport avec ce qui fait l’objet de ce blog. Déçus ou non, je ne le saurai jamais mais je pense pouvoir dire qu’un de mes textes au moins aura été lu par bien plus d’yeux qu’il ne l’aurait été s’il avait été édité….

 

Et quoi, je ne suis pas contente, encore ?

Non, parce que je m’aperçois justement là de toute la limite d’un blog par rapport à un livre.

 

Partons du postulat que, oui, on écrit avant tout pour soi : ça, c’est l’acte en lui-même et sa motivation essentielle. Ecrire directement pour autrui, mis à part le cas de quelques tâcherons feuilletonnistes des siècles passés, je n’y crois pas. De plus, le blog ne rapportant rien, on ne peut soupçonner la blogueuse ( moi toujours donc, quitte à passer pour mégalo grave) d’avoir là quelque préoccupation mercenaire.

 

Il n’empêche qu’il ne faut pas être angéliste : lorsque j’appuie sur le bouton « éditer », je livre mon texte aux autres. Et si j’ai écrit pour moi, je publie pour être lue. Lue, je l’ai donc été à loisir, plus qu’il n’en faut pour satisfaire mon ego.

Mais fatalement, j’ai été mal lue. Et là….un blog dessert réellement l’écriture. Et la limite d’un blog se révèle douloureuse à son auteur.

 

Un livre est un objet, on le prend entre ses mains, on le flaire, on le feuillette, on fait connaissance, on s’apprivoise mutuellement et on le choisit enfin pour l’amener, l’eau déjà à la bouche, vers la caisse d’une librairie. On a fait une rencontre.

Selon toute logique, ce livre, on va le lire du début à la fin et de façon régulière sans en avoir cinquante autres au même moment en train. Il arrive même qu’on le relise. Il a une entité profonde qui fait qu’il est unique : c’est un livre. A la fin, on peut avoir un avis critique sur lui et par exemple, s’il s’agit d’un roman, être capable d’« en raconter l’histoire ».

 

Qu’en est-il d’un blog ? Personne ne débarquera jamais chez moi, cliquant mon sommaire dans ma colonne pour en lire les 700 et quelques notes à la file. On prendra connaissance d’une dizaine de posts qui, selon le moment où on les aura trouvés, reflèteront une tendance ou une autre, toute différente. Ceux qui m’ont lue par hasard récemment, tapant « Man Ray » dans Google ou autre se seront fait de ce lieu une idée ( écriture poétique ésotérique) totalement diverse de ceux qui, tapant « soumise » seront tombés sur d’anciens articles de fond très nettement teintés « blog-combat anti règles et conclave BDSM ». D’autres, chercheurs de « BDSM+amour » trouveront mes notes intimes et ne sauront rien du côté « Fight Club ».

Et pourtant, ce lieu est à la fois l’un, l’autre et l’autre et mille autres choses encore….Mais pour moi seulement.

 

Vient ensuite le cas des lecteurs « fidèles ». Avec mes quelques 480 visiteurs uniques et mes 1500 pages vues en moyenne par jour, je ne peux manquer de me souvenir de mon tout premier blog qui frôlait parfois les trente, non plus que de me rappeler Klodd, mon tout premier lecteur (et commentateur, en ces jours de 2003 où mon « thémablog » faisait peur à tous et où l’on ne se serait pas aventuré à placer un mot chez moi), Klodd qui blogue peut-être quelque part encore aujourd’hui mais désormais à une adresse inconnue, de moi en tout cas.

Lui seul pourrait dire m’avoir lue « in extenso », ce second blog ayant ses racines profondément plantées dans le cœur du premier, et mon évolution, ma maturation personnelle ayant autant dépendu des événements de ma vie que du mode choisi selon les enjeux et les moments pour les « donner à lire ».

 

Mon second lecteur fut Falo, qui connaît mon blog actuel depuis ses débuts puisque ceux-ci sont à peu près communs avec ceux de son premier opus à lui, « Plat du Jour ».

En comptant vagues et périodes sur U-blog auquel nous sommes demeurés envers et contre tout fidèles, Falo et moi pourrions dire que nous en sommes à notre sixième vague d’U-blogueurs sur ces deux dernières années. Cela en fait des groupes, des « écoles » de pensée…

Et il me faut constater qu’aujourd’hui la « communauté historique » d’U-blog que j’ai tant aimée n’existe plus. Mieux vaut ici ne pas revenir sur le « pourquoi économique ». Ce n’est pas le sujet.

 

Mais là encore, c’est un autre fait qu’il faut prendre en compte, le lecteur ou la lectrice fidèle tels qu’on les connaît pour tel ou tel auteur ( j’ai par exemple lu «tout » Colette, « tout » Rezvani, « tout » Yoko Ogawa etc…) n’existent pas pour un blog.

Je n’écris donc pas vraiment, je sème des notes au vent… Certains se souviennent de mes plus acides, d’autres voient  les plus douces.

Et pourtant …. Je pourrais écrire à nouveau (et tel quel) n’importe lequel de mes textes même le plus ancien que personne ne lira plus, pour rendre à son blog tout son sens, l’ensemble de son sens !

Mais là, je me heurte à moi-même, je ne vais tout de même pas me répéter ad libitum et rabâcher  parce que le côté « j’écris pour moi » m’en empêche qui, lui, veut aller de l’avant.

 

Si j’ai pu m’illusionner longtemps sur la puissance d’un blog et sur une possible égalité de celui-ci avec le livre par un seul décompte enivrant de pages lues, je me suis grandement, très grandement trompée. Et je sais aujourd’hui mesurer amèrement toute la limite d’un blog.

Je ne fais rien ici qui ne soit destiné immédiatement à être déjà du passé, une écriture mort-née en quelque sorte. Ecrits vains.

Le livre, un livre, même longtemps après sa publication, non réédité, totalement oublié, a toujours une chance de refaire surface un jour dans les mains d’un passionné ébloui de sa découverte chez un bouquiniste. Un livre parce qu’il existe matériellement a une seconde vie, une renaissance toujours possible, un blog non.

De part son unique présence sur Internet, l’écriture bloguesque se conjugue au mode « conditionné », mode dépendant de la technique.

C’est à dire qu’elle est condamnée au morcellement, au « lu en diagonale », au sporadique, à l’éphémère et à l’évanescent…