Une enfance juive à Brooklyn. La crise de 29. La mort d’un commis voyageur. Le Prix Pulitzer. Marilyn. Les Sorcières de Salem. La Commission Mac Carthy et le refus de donner des noms. Vu du pont. Les Misfits. Le 5 août 62. Après la chute. Incident à Vichy. Au fil du temps. Les désarrois de M. Peters. Un cancer fulgurant vaillamment supporté.

 

Libération a bien raison de titrer aujourd’hui « Mort d’un esprit libre » au sujet du décès d’Arthur Miller. Toute sa vie, toute son œuvre sont celles d’un esprit libre.

Et c’est avec une angoisse certaine qu’on les voit s’en aller l’un après l’autre, tous ceux qui ont marqué le 20ème siècle de cet esprit de liberté. Parce qu’il n’y a pas de relève et que je crains que le troisième millénaire ne débute sous des auspices beaucoup moins spirituels que ce qui lui avait été prédit…

 

Pour les Etats-Unis, Arthur Miller aura été la figure la plus proche de notre expression française « intellectuel engagé ». Celle que nous employons (ou employions) à propos d'un Sartre.

Aujourd’hui, j’ai ressorti mes pièces de Miller et celles de Sartre.

Pour moi, il n’y a pas photo. « La mort d’un commis voyageur » a bien mieux tenu le coup que « Les séquestrés d’Altona. », par exemple. Un théâtre plus explicite peut-être.

 

Mais n’est-ce pas encore un faux-problème, un de ces inutiles crève-cœur ?

Car au fond, qui lit encore aujourd’hui, parmi les jeunes, le théâtre de Miller ou celui de Sartre ?

Et qui écrit le théâtre d’aujourd’hui, qui va écrire le théâtre de demain ?

Ce n’est certes pas l’Education Nationale, avec son carcan rigide de pseudo-pédagogisme, ses programmes bidon et bientôt son socle commun qui contribue à former des esprits critiques, des esprits libres…