Photo Nitescence

 

Ce texte avec un titre aussi explicite est le fruit du hasard (je ne pensais pas publier cela aujourd’hui) mais aussi un grand coup de gueule.

Par la coïncidence baladeuse de liens en liens de liens, je suis tombée sur un blog qui a publié, il y a des semaines, un post sur la pornographie. On y relève une allusion au SM, qui est à la mode, selon l’auteur.

Le fil de commentaires copieux qu’il entraîne s’interroge sur la distinction qui existe entre pornographie et érotisme et quelques phrases ramenant encore au SM incitent l’auteur à préciser son idée à ce sujet.

 

Alors voilà .

Quand la personne écrit « Le SM pour ce que j’en sais… » et bien, elle n’en sait rien. Elle n’en sait pas plus que moi (mais qui sais que je ne sais pas grand chose) qui écris depuis bientôt deux ans qu’il y a autant de SM que de « pratiquants ».

 

Que pour lui, le "vrai" SM (et c'est là que je me sens en conflit, sur cette notion de "vérité") n’ait rien d’esthétique, de velouté comme, mettons, les images que l’on peut voir chez moi est  donc à la fois vrai et faux.

Vrai si pour lui le "vrai" SM est celui de Vanessa Duriès dans « Le Lien » (Editions J’ai lu) mais alors qu’il regarde l’illustration de couv’ du bouquin…Tout le paradoxe image-texte lui sautera aux yeux.

Faux si le "vrai" SM est le mien par exemple.

Par exemple. Mais quelle drôle d'idée! Mouarf, mouarf…

 

Que le SM montré comme esthétique, velouté soit alors du théâtre est faux là encore comme est fausse l’idée que les gens du SM théâtralisent tous leurs pratiques.

Je connais des gens qui SM en jeans.

Je connais des hétéros classiques qui théâtralisent un max dans leurs dîners d'amoureux en jupe de pouffe…

 

L’idée que les gens qui pratiquent le SM payent ainsi dans la douleur ou (ce n’était pas précisé dans le texte en question, mais je vais, c’est obligatoire, aux deux bouts du manche sinon rien n’aurait de sens) fassent payer par la douleur des choses mal digérées d’un antan très antérieur est une opinion qui n’a rien de scientifique. A peu près aussi valable que celle qui, il y a vingt ans, affirmait que l’homosexualité était dans les gènes.

 

Enfin sur le fait que des gens qui SM puissent avoir envie de parler de cela et d’y consacrer par exemple un site ou un blog, et bien c’est un choix très personnel. On peut vouloir laisser une trace de ses amours, fussent-elles atypiques, la montrer aux autres parce qu’elle est le rayon de soleil d’une vie.

On peut aussi vouloir témoigner, histoire de détruire ou de nuancer quelques idées plus ou moins confuses ( M’est avis qu’ y a du boulot !)

Si cela gêne, on évite le site ou le blog. Rien de plus simple.

On ne m’a jamais vue sur le blog d’un amateur de chasse ou de pêche…Et les blogs SM annoncent toujours la couleur. Pas moyen d’y tomber une seconde fois par hasard. Tiens, y a qu'à voir mes titres de posts... Par exemple.

Mouarf, mouarf...

 

Me revient un souvenir d’enfance.

Je suis née dans un minuscule village où il n’y avait qu’un docteur. C’était une femme : La Doctoresse. Nous ne l’avons jamais nommée autrement. Elle doit avoir dépassé aujourd’hui les 90 ans, elle est toujours là-bas, dans sa grande maison à l’écart du village.

La Doctoresse a été mon médecin d’enfant tout comme elle avait été celui de ma mère.

Elle vivait avec La Notairesse, laquelle officiait dans la ville voisine, pas besoin d’un notaire dans notre hameau…

La Doctoresse tout comme La Notairesse avaient des motos, des canadiennes, allaient au cinéma, au théâtre, au restaurant, fumaient. Elles ne vivaient pas recluses. On les rencontrait ensemble. Ensemble, clairement.

 

Tout le village savait. Même nous, les petits. Tout le village se taisait. Parce que c'étaient toutes deux des femmes bien et que pour toutes différentes qu'elles fussent, nombreux étaient les gens qui avaient du respect pour elles. Et pour leur différence.

Quant aux autres, ceux qui devaient juger ou désapprouver dans l'ombre, ils se taisaient cependant aussi.

 

La Notairesse taquinait la Muse et avait un beau coup de crayon.

Elle publia sous un pseudo sept recueils de poèmes saphiques qu’elle avait aussi illustrés . Là aussi, tout le monde savait.

Ma grand-mère italienne, si pauvre, dont j’ai déjà parlé, arrivée en France en 1922 et qui avait appris à lire notre langue dans les journaux « rouges » du Midi de cette époque, les acheta tous, au fur et à mesure de leur édition, lors de ses rares allers en car à la grande ville.

Ils étaient dans son armoire sous une pile de draps avec les photos si précieuses du « petit frère » (que ma mémé appelait toujours ainsi bien qu’il fut l’ aîné de ma mère de plus de treize ans) emporté par une diphtérie foudroyante à dix-huit mois en 1925, avec son seul autre livre « La Tulipe Noire » et avec son seul flacon de parfum aussi.

Les recueils de La Notairesse, elle me les montrait parfois lorsque j’étais malade avec beaucoup de fièvre, comme une consolation, pour les jolis dessins.

 

J’ai su, devenue adulte, à l’enterrement de La Notairesse, qu’elles étaient en nombre, les familles du village à posséder ces sept recueils…

D'autres, bien sûr, ne les avaient pas..

 

Il m’arrive de penser qu’aujourd’hui, peut-être bien que La Notairesse tiendrait un blog…

Que certains liraient et que d’autres fuiraient.