C…, celle à qui je dédie ce texte, comprendra.

 

Il m’avait contacté sur un chat. Au bout de deux à trois soirs de dialogue, il se déclarait sûr de lui : j’étais ce qu’il avait toujours cherché.

 

C’était une époque entre chien et loup pour moi. Je savais vouloir être soumise, je le savais tellement que cela m’entraînait vers les pires bêtises : je traînais alors une relation nullissime depuis plus de deux ans. C’est pour cet  homme qui se fichait bien de moi que j'étais allée vers cet espace de dialogue pour y chercher un couple de partenaires (dont je ne voulais point) et pour y « allumer » gentiment d’autres hommes en guise d’épreuve. Un de mes pseudos effacé en faisait naître un autre lorsque le premier n’avait rien donné.

Je finis par m’en créer des « personnels » en me disant que peut-être, là, j’allais rencontrer le « Maître » de ma vie…

 

Je n’aimais pas le virtuel, les longueurs, aussi préférais-je rencontrer très vite, aller directement au face à face, pour un café. Boire et déboires.

 

J’étais donc ce que le monsieur de mon récit de ce soir avait toujours cherché. Pourtant son profil indiquait qu’il désirait faire la connaissance d’une asiatique de moins de 25 ans. J’étais « caucasienne », comme on dit, et j’allais plutôt vers la quarantaine. Peu importe : il était certain, disait-il, d’avoir tiré le bon numéro.

 

Nous le bûmes, le café, même si ce ne fut pas chose aisée. Il faut dire que pour atterrir dans le lieu, cela avait été un vrai jeu de piste.

Je lui avais fixé rendez-vous dans un jardin public. Il m’avait proposé un parking que j’avais refusé.

Je devais avoir pour signe de reconnaissance une écharpe rouge et lui un porte-documents noir.

Il vint, me jeta un rapide coup d’œil, puis, regardant de tous côtés, me parla en haletant, aussi rouge que mon écharpe. Il m’expliqua être un proche du maire de ma grande ville et ne pouvoir être vu là si jamais la voiture d’une personne connue passait.

Il fallait vite, vite se rendre dans le café, séparément.

 

Il me dit de marcher quelques mètres derrière lui, ajoutant que c’était d’ailleurs ma place.

Enfin arrivés, il choisit la banquette la plus reculée dans un recoin aveugle.

De moi, il ne demanda rien, absolument rien, mais m’expliqua longuement qui il était.

De toute manière, il ne me plaisait pas et même si je ne savais pas encore l’exprimer en mots, je savais déjà intuitivement que c’est la soumise qui choisit le Maître et non l’inverse.

 

A un moment donné, il ouvrit le fameux porte-documents et me passa une chemise qui contenait une série de photos de shibari. Je les ai depuis revues un peu partout sur le Net.

A l’époque, je le répète, je ne connaissais rien. Je pensai juste : « Tiens, voici le pourquoi de l’Asie… ».

Après ses titres, j’eus donc droit à l’énumération de ses voyages.

 

Il fallait bien pourtant aborder le sujet crucial. C’est moi qui en parlai la première.

S'ensuivit un bref moment de silence où il me fixa intensément. Puis il me tendit une enveloppe fermée, qui provenait du porte-documents elle aussi, et me dit « Pour vous. » en me tendant un stylo et en me disant que je devais signer là, maintenant, si j’étais bien celle qu’il pensait.

 

J’ai ouvert : c’était l’un de ces contrats d’esclavage qui pullulent sur tous les sites, et qui lui donnait tous les droits et privilèges : appartenance, punitions, règles de vie et clause de répudiation (réservée à son seul effet).

 

J’étais venue. J’avais vu.

Le garçon quittait son service. Il est passé poser son ticket. Moi, depuis un moment déjà, j’avais une pièce dans ma main, de quoi payer les deux cafés et même laisser un petit pourboire.

 

J’ai donc été plus prompte que le « Maître » pour régler. Histoire de ne rien lui devoir.

 

Ce qui m’a permis de me lever après lui avoir rendu le stylo et dit que, non, cela n’était pas ma façon de voir les choses à moi.

Il m’a répondu qu’il n’y en avait qu’une, de façon de voir les choses, et que donc, je n’étais pas une esclave et pas non plus une soumise. Il ne paraissait pas content du tout.

 

J’ai alors encore changé de pseudo : il a recontacté « la nouvelle » que j’étais dans les mêmes termes, sûr à mon profil que j’étais celle qu’il cherchait. J’ai été évasive, j’ai dit que j’étais prise.

 

Ce fut le seul contrat BDSM de ma vie.

Non signé.