PHOTOGRAPHIE BY TRUANT

 

M COMME MEPRIS ...

 

Mépris, méprisant, méprisable, méprisé, voici tout un lexique qui ne devrait pas avoir cours ni dans notre société ( mais, hélas…) et encore moins dans l’univers BDSM où il me paraît naturel que la seule ligne de conduite digne de ce nom soit le respect envers son ou sa partenaire quelles que soient les conditions de la relation.

 

Malheureusement, ce n’est pas le cas. L’assimilation se fait très vite entre rôle et personne, et la sacro-sainte référence aux « règles » envenime encore le débat.

 

Je lisais il y a quelques jours sur le panneau d’entrée de l’un de ces innombrables chats privés qui se sont créés à partir des listes de MSN depuis que Microsoft a fermé les siens que ne pas remplir correctement son PV ( son CV si vous préférez) avant d’entrer en salle de chat c’était ne pas respecter les règles et donc n’être pas BDSM puisque le BDSM c’est le monde de la règle.

 

Donc nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Le faux maître moyen continuera longtemps à aborder en tutoyant la soumise qu’il croisera et à lui donner des ordres sans qu’il n’existe aucun lien entre eux. Après tout c’est la règle, n’est-ce pas, que « le Maître » soit d’emblée objet de vénération.

 

Avec tout ça, où va-t-on ? Le premier maestro-pipeau imagine qu’il a tous les droits et se met à tout mélanger.

Qu’une personne dise « je veux être objet » ou « Je veux être esclave » ou simplement "Je veux être soumise " n’implique qu’une chose, c’est qu’elle le veut. Définir une volonté, c’est se placer d’entrée de jeu comme participant ACTIF. Dans une relation en bascule mais égalitaire qui n’est qu’un jeu érotique et mental. A propos de l’esclave, il serait bon de rappeler que, justement, l’esclavage ( le vrai) est aboli et que l’esclave qui se veut tel exprime un désir ponctuel. On ne vit pas en esclavage de qui que ce soit pendant une durée indéterminée. Que le fantasme de certain(e)s soit de faire cette expérience le temps de quelques heures ou, mettons, d’une semaine ne signifie pas qu’il n’y aura pas ensuite un retour à la réalité des choses, à la vie quotidienne.

 

Il (elle) arrivera en personne libre et c’est ainsi qu’il (elle) repartira. Le temps du jeu, il ( elle) sera toujours cette personne libre, libérant des pulsions que l’autre, s’il est un bon Guide, aidera justement à révéler et donc à libérer. J’insiste bien sur cette notion de libération et donc de liberté.

 

N’en déplaise à ceux qui y croient ou qui veulent y faire croire et qui se gargarisent avec ces mots, il n’existe pas de servage à l’infini, de possession définitive, de femme transformée en chienne, de soumis objet-carpette (on peut faire varier ces combinaisons autant qu’on veut) sans son consentement. Sa demande.

Alors, les maître(sse)s qui « possèdent » un (e) ou plusieurs esclaves, un (e) ou plusieurs chien(ne)s, une ou plusieurs « choses » ne possèdent en fait rien. Sinon l’expression du propre désir de l’autre.

Qui peut s’annuler d’un instant à l’autre.

Puisqu’il ne faut jamais perdre de vue qu’il s’agit d’un « jeu ». Ou le « Je » a la plus grande place.

Heureusement.

C’est sur ce point que, oui, le rôle du dominant est le plus mal aisé. Car il n’est pas sans l’autre.

 

De plus, dans cette affaire-là (et j’ai choisi d’insister sur l’esclavage parce que c’est le mot le plus extrême et le plus propice à contresens), il n’y a à aucun moment de supériorité de l’un sur l’autre, sinon dans le cadre érotique, c’est à dire celui du plaisir.

Et le plaisir ne pouvant s’obtenir que dans le partage, mépriser l’autre serait la pire erreur.

 

Que commettent sans coup férir nos « membres » fantasmeurs qui voient tout cela de l’extérieur et qui lisent tous les mots à la lettre : il est bien évident qu’un jour, leur petite tête disjoncte et qu’ils emmêlent tout : l’esclave et la disponibilité sexuelle über alles, l’objet et le paillasson, la soumise et la femme publique… Que l’on peut mépriser tout son saoul « puisqu’elle aime ça ».

 

Ce sont eux qui sont définitivement méprisables. De n’avoir rien compris tout d’abord. De s’être auto-proclamés maîtres ensuite. Et enfin de réclamer l’obédience à des « règles » figées alors que ce sont les premiers à ne pas respecter la seule règle qui doive gouverner l’humanité : le respect inaliénable d’autrui.