Dessin de Brian Tarsis

M COMME MENTOR (2) ...

 

A Toi, évidemment…

 

 

Mais mon Mentor à moi, que m’aura-t-Il pour finir donné, apporté, qu’aura-t-Il changé de moi ?

 

Je me souvenais récemment d’une de nos toutes premières conversations au téléphone, alors que nous ne nous étions encore jamais rencontrés de visu et que nous commencions à peine, après une longue période de vouvoiement, à nous tutoyer.

Il me demanda comment j’envisageais mon avenir, si je m’imaginais à cinquante ans, continuant à hanter les chats BDSM…

 

Il est vrai que c’est là que nous avions fait connaissance. Qu’y faisions-nous l’un et l’autre ?

Lui y avait beaucoup d’ « amis » qui devaient un jour se révéler ne pas en être et sans doute était-il aussi à la recherche de quelque âme sœur…

 

Pour moi, le mot « hanter » était déjà juste à l’époque puisque, en ce temps-là, je ne savais pas qui j’étais, ce que je cherchais, coincée dans une relation nulle qui s’étiolait, faisant quelques rencontres pour les beaux yeux de ce monsieur que cela amusait et dialoguant pour moi-même sous d’autres pseudos (ah ! les fameux pseudos !) avec qui me semblait intéressant. Non dans un quelconque espoir amoureux ou même de rendez-vous : les gens intéressants, qu’ils soient hommes ou femmes d’ ailleurs, habitaient à l’autre bout de l’hexagone. Et puis, je lisais. Des textes, des témoignages et petit à petit, je commençais à savoir ce que je ne voulais pas à défaut de savoir déjà ce que je voulais.

 

M. faisait partie de ces correspondants et tout comme eux, s’il vivait dans ma région native, elle se trouvait néanmoins à 700 kilomètres de chez moi.

Après quelques mois, je vivais toujours dans ma relation médiocre donc, si ce n’est qu’elle devenait de plus en plus déprimante, de part le fait que j’étais désormais consciente de sa totale inutilité.

Il m’aida, je dis bien m’aida, c’est à dire qu’Il m’insuffla la force de prendre la tangente.

Pas « à cause de Lui » puisque notre rapport n’en était qu’à ses prémices, mais en me montrant du doigt ce que cette histoire avait de nocif, de dégradant pour moi. Et à l’admettre. Parce qu’il est des choses qu’on préfère éviter de voir et d’admettre puisque le rôle qu’on y tient est dévalorisant.

Il me soutint par ses éloges à mon encontre qui me donnèrent une autre vision de moi-même et je pus sortir de mon impasse la tête haute parce que ma valeur n’était plus en jeu…

 

Plus tard, lorsque nous commençâmes à devenir un couple, Il prit toujours le parti d’essayer de comprendre ce qui était mon élément moteur dans mes actes, le pourquoi je faisais ceci ou cela, et même s’Il ne l’approuvait pas toujours, Il cherchait cependant à démêler mes fils.

 

Et lorsque nous eûmes à traverser maints orages, Il fut toujours prêt de moi, fort critique parfois mais toujours bienveillant.

 

De la même bienveillance qu’Il adopta ensuite à me faire Sienne, en me donnant tout d’abord une image réelle de ce que j’étais, pas forcément flatteuse à cent pour cent, mais qui montrait toutefois en premier lieu le devenir qui était en moi et qu’Il pressentait. Je parle ici à tout point de vue et pas seulement dans le domaine de la soumission.

 

C’est à dire que je L’ai toujours trouvé là où il fallait, quand il fallait.

Et puis, puisqu’il faut bien en parler, à travers notre relation sexuelle un peu à part, Il a « réparé » en moi mon image de la féminité que bien des années « neutres » avaient quelque peu écornée…Sans doute peut-on parler là de « réassurance ».

 

Et quant aux actes qui « mènent » nos jeux, Il prit toujours le soin de me conduire hors de mes limites, de m’aider à affronter mes angoisses et mes peurs même, comme autant d’obstacles à franchir, à dépasser, dans une idée de progression extrêmement euphorisante pour moi, parce qu’en même temps, tout se déroulait dans un contexte rassurant de respect et de complicité, dans un esprit de couple, de duo où seulement il se trouve que l’un en sait un peu plus que l’autre. Il n’exigea jamais rien , fidèle à Sa devise de Mentor qui enseigne mais qui pour le reste préfère que l’on Lui offre, plutôt que de prendre.

En ce qui concerne les autres domaines de la vie, Il eut toujours l’aiguillon nécessaire pour me pousser à réaliser les projets qui me tenaient à cœur, notamment en matière d’écriture. Ce weblog en est la preuve.

 

Alors, quoi, Pygmalion sculptant sa Galatée ? M. faisant son Alba (ou son Aurora si vous préférez) de la glaise d’Evanescente ?

 

Peut-être… Sans doute…

Mais Mentor à coup sûr !

 

Et si je ne L’avais pas connu ? Et bien, probablement vivrais- je sans amour, c’est plus courant qu’on ne le croit. Et je hanterais, c’est certain, les « chats » de nuit…

 

La seule question qui demeure et dont Lui seul détient secrètement la réponse est : « Et moi, que Lui ai-je donc apporté ? »