Photo Alwyn Ray Coates

 

M COMME MELANGE POUR UN COCKTAIL ESTIVAL ( OU NOTES PARESSEUSES 10 : DANS LA TETE ...)

 

Rien à voir avec la suite mais en guise de préambule, pour ceux qui étaient absents ce week-end et désireux de voir notre « cueillette » de corsets, voici le lien vers la page qui donne les url de notre photothèque…

 

Le corset, c’est dans la tête… Cette image en est l’allégorie parfaite.

On peut porter un corset parce que c’est la mode, il n’aura alors pas plus de valeur érotique qu’un quelconque bustier.

Mais pour en rester sur les propos que je tenais ici hier soir, il suffit que ce corset pénètre dans la sphère de l’intime et que celle qui le porte lui attribue des vertus particulières et symboliques et voici qu’il prendra une charge toute magique.

Corset contrainte, lacé par celui qui l’offre à porter, corset épreuve, qui mange le souffle et génère bon nombre d’attitudes nouvelles en ce qu’il empêche mais aussi en ce qu’il fait découvrir de nouveau, nouvelle façon de bouger et de se tenir…

 

Le corset est ici bien sûr, une projection volontairement  matérielle de ce que j’appelle le cérébral. Notre sexualité, la vôtre comme la mienne pour si distantes qu’elles puissent paraître, fonctionne sur le cérébral, c’est ce qui nous différencie de l’animal.

Chez nous, dans ma chapelle, ce cérébral prend tout simplement un peu plus de place. Il est en fait ce qui régit tout. Et pourtant, qu’y a-t-il de plus physique que la sexualité BDSM avec le corps au premier plan, testé, provoqué, appelé ?

Je pense également aux Dominateurs, à la force physique qu’il leur faut à eux aussi en certaines circonstances. Mais pour eux comme pour nous, soumises ou masochistes que nous soyons, c’est malgré tout « dans la tête » que tout se déroulera en premier lieu.

Il imagine ce qu’elle imagine, elle cherche à imaginer ce qu’il a pu imaginer…

Il crée l’image qu’il pense être celle qu’elle est à même de vivre à ce moment précis, elle va chercher dans ses ressources profondes la capacité de la réaliser.

Des deux côtés, il y a un questionnement permanent, envers soi, envers l’autre. Des deux côtés, il y a une attente, une demande.

La magie s’opère quand toutes deux sont bien au rendez-vous en parallèle, par le seul biais de l’intuition.

Et toujours pour lui, le devoir de mesurer au millimètre près, à la syllabe près, à la seconde près ce qui serait la « chose » en trop qui ferait tout basculer dans l’inacceptable, ce qui pourrait rompre et briser, qui sait même définitivement, et la magie et la relation elle-même dans le pire des cas.

Pour elle, le désir de se dépasser parce qu’il n’y a pas non plus de sexualité qui accepte aussi mal la stagnation, la répétitivité que le BDSM.

Et toutes ces ressources, lui comme elle ne peuvent aller les chercher que dans leur tête, pas dans une quelconque scène primitive, mais dans le concret de l’instant présent, toujours renouvel酠 

Jeux de peur et d’angoisse : un fouet qui fend l’air et qui panique à l’extrême alors qu’il ne visait en réalité que l’oreiller du dessus, savoir apprivoiser cette angoisse, la transformer en confiance. Pas facile toujours.

Yeux bandés, bâillonnée, que vais-je devenir ? Qu’est-ce qui m’attend après tous ces bruits de préparatifs, cette lenteur peut-être volontaire ? Et puis d’ ailleurs qu’indiquent-ils ces bruits ?

Je veux fuir et je suis attachée. Et puis non, je ne veux pas fuir, je veux rester, je veux aller de l’autre côté de moi, Te rejoindre là-bas, puisque le serment que j’ai eu tendance à oublier quelque secondes est que Tu ne feras jamais rien qui soit mal pour moi…

Ton souffle m’indique que le moment est aussi de concentration accrue pour Toi…Non, non, je ne dirai jamais que le Dominateur ( le vrai ) a un moins beau rôle que la soumise…

Car il y a aussi l’autre versant des choses, celui qui ne concerne plus « la scène BDSM », c’est à dire le temps du jeu en soi, mais chaque minute de la vie.

Et là, laissons tomber le mot Dominateur pour employer celui de Guide que je lui préfère.

Tu es, je l’ai écrit souvent, ma branche d’appui. Tu es aussi ma boussole. Tu es celui qui, pas à pas, m’aide à avancer, à grandir. Grandir est un mot de chez nous, il a son sens précis quel que soit l’âge, canonique en mon cas, de la soumise. Tu tentes avec patience d’écarter de moi tout ce qui me pollue, qui m’amène à une auto-dévalorisation que Tu ne supportes pas, qui Te mets hors de Toi. Encore une bonne occasion de tordre le cou à une idée reçue qui voudrait que le « Maître » humilie la soumise pour respecter les règles de l’infériorisation. Et encore une question pour moi : qui à part les menteurs de quelques sites ou listes applique vraiment cela ?

 

 

La réciproque de cette attention toute particulière que Tu me portes est vraie aussi de mon côté mais un peu différemment, Tu le sais… Je veille sur Tes petites inattentions en matière de paperasserie administrative, ces corvées du quotidien que Tu honnis et négliges, moins « active » que Toi bien sûr, mais moucheronnant et aiguillonnant de façon déguisée…

Si Ta présence est celle d’un Guide, la mienne est celle d’une ombre fidèle et discrète… Maître et soumise, dans l’idéal, le nôtre en tout cas, c’est ça…

 

J’ai évoqué bien des choses ce soir, des choses intimes de notre vie, des plus impudiques concernant notre sexualité pour finir par les plus attendrissantes sans doute parce qu’elles dévoilent un peu de notre vie au jour le jour…

 

Une vie comme tout le monde en fin de compte, mais avec parfois des détours, des formes un peu différentes : cette manière de s’aimer qui, comme le corset, est dans la tête…

 

(Et en plus, aujourd’hui, c’est notre anniversaire à nous !)