M COMME MELANGE POUR UN COCKTAIL ESTIVAL ( OU NOTES PARESSEUSES 9 : MASOCHISME ET SOUMISSION, ENCORE ... )

 

Il m’arrive de lire ou bien qu’on me lise par téléphone des choses écrites là ou ailleurs…

Elles me surprennent profondément parfois. Sans m’offusquer plus que cela. Elles ne me gênent qu’un peu lorsqu’elles prétendent faire avancer des débats d’idées et qu’elles finissent, de leur ton péremptoire, par les clore. Chacun de nous a sa perception des choses et surtout ses croyances. Car ici c’est bien de croyances qu’il s’agit et chevillées profondément au corps de quelques-uns.

Ce qui m’amène à revenir encore sur ces notions complexes de masochisme et de soumission. Vues à travers le prisme de deux textes récemment « rencontrés ».

 

Le premier texte, donc, énonce que l’on ne devient pas soumise. Faut-il alors pour paraphraser Beauvoir aller jusqu’à dire qu’on le naît ? Son auteur le ferait presque, évoquant des gènes, des fondations anciennes de la personnalité… On sait ce que je pense de l’idée de gènes en ce qui concerne la sexualité…C’est ouvrir la porte à des notions très dangereuses.

Quant à celles, toujours selon ce texte, qui deviendraient soumises « après », ce ne seraient pas des « vraies », elles appartiendraient à un univers de théâtre et leur soumission ne serait que momentanée, sporadique, trop liée à l’événementiel.

 

Le second texte voit aussi le théâtre et la mise en scène dans la soumission. Il faut dire qu’il émane d’un Dominateur ( que je qualifierai, lui, de « vrai » même si ma conception de la Domination est aux antipodes de la sienne ) qui s’exprime, lassé par le « beau rôle » qui reviendrait éternellement à la soumise de part son don, un don qui relève pour lui aussi du théâtre intime. Il est vrai que la part du Dominant ( du vrai ) est largement sous-estimée et que l’on peut comprendre son courroux…

Là où il m’étonne plus, c’est lorsqu’il dit que la contradiction ne peut lui être apportée que par l’analyse du masochisme qui relève, lui, de la « scène primitive »…

 

Mais si l’on admet cette notion freudienne de scène primitive, il faut aussi dire qu’elle est, selon le célèbre Viennois, le fondement de l’ensemble de la sexualité humaine et l’on voit mal pourquoi le ( la) masochiste serait plus concerné(e) que quiconque.

 

Le point commun entre ces deux textes revient sans doute dans ce désir de disséquer, d’expliquer l’inexplicable. Et de vouloir le faire « scientifiquement ». Or, le domaine du ressenti, de la genèse des désirs d’un individu échappe selon moi précisément à ces critères.

La sexualité « définitive » appartient au domaine du construit et non de l’inné. Il en faut des scènes et pas seulement des primitives mais des scènes et des scènes d’étape en étape, perçues et conçues, et ensuite encore projetées pour que la structuration sexuelle finale apparaisse et soit durable. Hétéro, gay, lesbienne, bi, sado, maso, soumise, dominant, fétichiste sans distinction et j’en passe : c’est tout un chemin qui se fait naturellement au fil des ans et qui finit par connaître son aboutissement.

 

Loin de moi la volonté de nier le postulat freudien mais les mœurs ont suffisamment évolué (ex : les familles monoparentales ) pour qu’il doive être resitué dans son époque comme une idée géniale certes et qui permit d’avancer mais qui n’est pas non plus parole biblique. Et, encore une fois, ce postulat, s’il fut une découverte, fut aussi, comme toute découverte, incomplet et c’est un pluriel qui devrait être utilisé et non « la scène primitive » en tant que ce que ce groupe au singulier a d’engoncé, de figé, de définitif et que la vie et la compréhension de la vie sont le contraire du définitif.

 

Alors, soumise ou masochiste, soumise et masochiste…

Il devient peut-être, c’est mon idée, de plus en plus difficile de se déclarer soumise lorsqu’on voit ce que les autres ( les autres du même monde ) placent derrière ce terme. Lire un peu la prose de certains dominants a de quoi faire fuir. Leur conception de la soumission plus sexuelle qu’amoureuse, bâtie de fantasmes sur le quotidien, c’est à dire sur la « vraie vie » est irréalisable et puisque c’est la vraie vie qui reprend toujours le dessus, comment être soumise à leur mesure ?

 

Il y a dans le masochisme une dimension plus attirante qui est celle de la capacité propre décisionnaire et celle-ci est tout sauf du théâtre imposé. La masochiste échappe à toute la quincaillerie des 12 règles et des 14 poses de soumission, obsolètes si on les conçoit sur les sept jours de la semaine et trois cent soixante-cinq jours par an en 2004.  Et il est évident qu’il est plus favorable pour l’ego en ce sens, alors, de faire le choix de se déclarer masochiste. Sans gènes, sans scène primitive, sans coupage de cheveux en quatre, simplement parce que c’est matériellement, intellectuellement concevable au quotidien. Qu’on n’a pas besoin des robes et des bagues d’O. Pas besoin de théâtre donc. Qu’on peut être dans son masochisme, réel, entier et surtout égal à l’autre, au partenaire.

 

Ce qui devrait être le cas de la soumission et de la domination aussi. Un jeu consensuel, égalitaire, avec un échange de pouvoir voulu. Mais qui prend trop souvent l’aspect d’une mascarade bien triste dans les lieux ou chacun cherche son chat. Et surtout sa chatte. Quand ce n’est pas sa chienne.

 

Alors, évidemment, dans ces conditions, se dire la soumise de certains de ces zèbres ( restons dans la faune pour la filer la métaphore ) relève du …masochisme le plus aigu…

Autant donc se déclarer masochiste et tenir la haute main sur l’évolution de la relation en question.

 

En ce qui me concerne, aimant autant les mots pour leur son que pour leur essence et leur sens, j’aime joliment me dire soumise et il est arrivé enfin le temps où me nommer masochiste ne m’effraie plus, ne me blesse plus puisque j’ai pu passer au delà des propos du type de ceux cités plus haut qui ravalaient ce terme au rang de névrose par leurs détours explicites.

 

Je suis d’ailleurs heureuse que la « littérature » docte des analyses persos qu’on trouve ici ou là, semblable à celle dont je viens de parler connaisse une relève.

J’ai eu l’immense joie de recevoir par mail un passe me donnant un « droit d’accès » au site perso d’une très jeune femme. « L » se reconnaîtra. Pas moyen donc de faire un lien ici et c’est regrettable. Ses réflexions à elle sonnent vrai et spontané, c’est du vécu et de l’analyse de ressenti, pas du bavardage de faux savants.

 

C’est drôle, en écrivant ce dernier mot, je m’aperçois que la prose BDSM la plus reconnue m’évoque toujours les plus grands moments des « Femmes Savantes » de Molière. Si tant est qu’on y rajoute une section « Hommes savants », on a quasiment un parfait état des lieux…

 

Comme l’écrivait ( rendons à César…) l’une des deux personnes dont j’ai évoqué plus haut les textes, peut-être faudrait-il enfin admettre que toutes ces choses appartiennent au domaine de l’intime, de l’intime le plus intime de chacun et que théoriser là-dessus est vraiment la chose la plus absurde qui soit. Car on ne théorise pas sur l’impalpable, aussi mouvant que l’est chaque personne, pas plus que l’on ne peut cacher sous le rideau d’un pseudo-scientisme ce qui ne sont que les « croyances » de tel ou telle, fondées sur leur histoire propre, leurs expériences, construites comme la sexualité humaine, au fil des ans etc etc .