M COMME MELANGE POUR UN COCKTAIL ESTIVAL ( OU NOTES PARESSEUSES 3 : CHATEAU DE SCENES ...)

 

Certes, il faut en faire du chemin d'une gymnastique d'obéissance
Jusqu'à un geste bien plus humain qui te donne le sens de la violence,
Mais il faut bien en faire autant pour devenir tellement poire

Que l’on ne puisse plus comprendre qu'il n'y a pas de bons pouvoirs.

Fabrizio de André.

 

 

Les nuits sont brèves en août. Le ciel est lourd et bas. Les étoiles filantes filent sans qu’on puisse les voir. Mauvais sommeil, à deux pas de l’éveil. Où vais-je encore me retrouver ?

Pourquoi les fées m’ont-elles abandonnée ?

 

Août d’il y a deux ans.

Dans le château de Scènes, j’étais leur invitée, j’étais leur commensale, je mangeais à leur table…

Robotique sophistiquée, les ondes voyageaient, apportant des moissons de mots.

C’était le plus souvent aux toutes premières heures de la nuit…

Si nombreux à mêler leurs voix sur le fil, et les dialogues qui volaient, qui planaient.

Je croyais au Royaume, je croyais dans la forteresse être à l’abri des formes, si près des vérités.

Tentures, rideau qui s’ouvre : que la fête commence !

Je suis au Grand  Théâtre et les robes sont belles…Je me suis maquillée, j’ai mis mes beaux atours, je me suis dévoilée en soumise éclatante, enfin réalisée.

Je me sens protégée, je me sens entourée, que d’amis j’ai ici grâce à eux… Eux qui tiennent les fils, eux qui veillent sur nous….Grâce leur soit rendue…

 

Les soirs succèdent aux soirs et puis les nuits aux nuits… C’est à peine à y croire combien le temps s’enfuit.

Passe septembre, vient octobre.

Dans le château de Scènes, j’ai payé mes oboles et mes dîmes. Et je dîne paisible d’être la bienvenue sous ces cieux qui sont ceux que j’avais tant voulus.

 

Vient une nuit plus noire. J’étais diaphane ce soir-là au banquet, j’avais montré mon âme, mon cœur était léger…

 

Il éclaira mon visage, le désignant aux autres. Elle lut l’acte d’accusation.

Je restais sidérée, marbre sur mon sofa ….Oh, comment se défendre si les autres les croient ?

J’étais pourtant si frêle, j’avais soudain si froid.

 

Et le château de Scènes enfin s’illumina. Pas de fêtes sereines, non plus de place à table, mais des dalles moussues, des grincements sinistres.

Et je les vis tous deux pour la première fois.

Derrière lui, des croix : celles des tombes où l’on enterre les rêves et la parole…

Et, elle, aux longs cheveux mais aux orbites creuses qui portait le grimoire des noms répudiés entre ses phalanges ivoirines, silhouette trompeuse, voile de moire sur l’horreur des abîmes…

 

Les autres avancent, ils sont si proches et n’ont pas plus de chair sur leurs os desséchés que les deux premiers.

Je les vois, je les entends : ils me condamnent, ils me damnent…

 

Mais j’ai ma peau pour moi, mais j’ai ce sang si rouge qui coule dans mes veines.

Il faut que je bouge. Je me débats… La lutte apparaît pourtant vaine…

J’ai mangé trop souvent avec ces revenants, j’ai trop écrit aimer les chaînes et me voici au pilori, et me voici dans la géhenne…

Eux deux tenaient les fils et nous étions pantins…A quoi sert de le dire ? Les autres n’ont que faim.

Comment m’enfuir ? Et où aller ? Je cherche les chemins subtils qui mènent au matin. Je cherche les mots pour écrire, seule chose pour me sauver.

 

Je me réveille enfin dans mon lit tout défait. En sueur, effarée. Il est près de midi.

J’entends les cloches au loin. Ce n’est pas le tocsin. Mais que j’ai mal dormi…

 

Cauchemar.

Mais le château existe. Et je pourrais le retrouver. Au carrefour entre des pistes empoussiérées.

Quelque part.

Quelque part.

Au fond de ma mémoire…