E COMME ECHANGISME ...

Jusqu’à peu, le monde libertin se délimitait de manière bien stricte.

Les sexualités hors-norme se classifiaient clairement.

Par exemple, d’un côté, il y avait les échangistes, de l’autre, il y avait nous, les pratiquants BDSM .

Houellebecq qui est l’un de mes « contemporains » préférés n’est pas tendre avec le SM. Jamais, dans aucun de ces livres. Souvenez-vous des pages qu’il nous consacre dans « Les particules élémentaires » et où il démontre à peu près qu’une femme, perdu ses espoirs de réaliser LE couple verse dans l’échangisme en première étape, puis que lorsque vieillie et fanée, elle n’espère plus rien même de ce côté là, elle tombe alors dans le SM .

Triste chemin qui mène un corps désireux d’être aimé à un corps baisé et enfin à un corps frappé.

Mais je laisse à ce bon Houellebecq la paternité de son texte et de ses idées. Si je l’aime beaucoup comme je le disais, cela n’implique pas que je partage tout ce qu’il pense.

Simplement son texte témoigne bien de ce que j’écrivais plus haut : la nette distinction qui existait jusqu’à peu de temps encore entre ces deux milieux : l’échangisme et le BDSM.

 

Longtemps, le SM a été une sexualité « élitiste ». Parce que cérébrale. Type Robbe-Grillet, Leiris, Mandiargues et quelques autres.  Réservée à quelques centaines d’adeptes bien cachés. Pas par honte. Par plaisir de la transgression, c’est tout à fait autre chose.

C’était avant Internet, c’était avant le temps de la consommation.

 

Dans nos archives (colonne de droite) figure le texte d’un sociologue : « l’offensive SM ». Prière de s’y reporter pour mieux me comprendre.

 

Le monde du BDSM se retrouve depuis quelques saisons gagné par des « modes ». L’année passée, il était de bon ton d’être « switch », c’est à dire d’endosser les deux rôles à la fois. De nombreux couples SM ont été brutalement gagnés par cette nouvelle « tendance ».

Cette année, voici que l’échangisme fait tout à coup fureur chez nous. On lit ici et là chez nos pratiquants combien les soirées échangistes sont conviviales et les boîtes etc…

Attention : je parle bien ici d’échangisme et non de pluralité.

La pluralité a toujours été une manière de pratiquer le BDSM. Si nous, nous n’aimons pas cela, il n’empêche que depuis la nuit des temps, les « scènes SM » grouillent de participants : ne songez pour cela qu’à Sade !

 

Non : ici, il s’agit bien d’échangisme sexuel et force est de reconnaître qu’un pas a été franchi pour cause d’effet de mode vers les vases communicants. 

 

Alors un peu triste sans doute parce que moi, cet aspect « à part » qu’il y avait en nous me plaisait bien, c’était le côté un peu intello du BDSM…Qui durait depuis toujours, qui nous justifiait en nous donnant des racines. Et les racines, c’est important : on aime savoir de quel pays l’on est, quelles en sont sa géographie, ses frontières et quelle est son histoire.

La nôtre divergeait de celle des échangistes sans que je veuille mettre ici une quelconque hiérarchie. Sans doute suis-je simplement puriste.

 

Aujourd’hui, les barrières se sont ouvertes : puisque nos « amis » fréquentent les lieux échangistes, alors la réciproque se produit fatalement aussi : entrer dans une boîte SM ne garantit plus que les couples présents sont fondés sur la même « philosophie » de base que nous… Ce sont peut-être des pratiquants d’un soir, venus pour voir, ou pour consommer de la sexualité à la mode, comme le font nos pratiquants si heureux de « découvrir » l’échangisme et qui s’y lancent à corps perdu.

 

Corps perdus ? Zut ! N’allons pas donner raison à Houellebecq pour finir…