D COMME DONJON ...

 

Pour nous autres, dans le Monde des Eaux BDSM, le « Donjon » est le « lieu » (au sens propre et au figuré) de tous les fantasmes et de toutes les fantasmagories. Porteur d’évocations comme il n’en est nul autre, « Lost Paradise » for ever, le donjon est notre espace d’idéal…

Songes de vieilles pierres, cachots, caves moussues, murs poisseux ou salles immenses tendues de velours incarnat, réchauffées par des cheminées massives.

Rêver à cela, jouer à se faire peur comme des enfants qui n’auraient pas grandi jouent avec de vieilles légendes, de nobles personnages, des héros qui sont porteurs du mal parfait en eux ou alors de la douleur sublimée et du sacrifice.

 

Le « L » de cette Encyclopédie BDSM, je le consacrerai à la littérature comme je le promets depuis si longtemps…

Des châteaux de Sade en passant par ceux de Leiris ou de Mandiargues et aussi par le Roissy d’ « Histoire d’O », tous ces donjons littéraires ont bercé nos désirs secrets…

 

Quelquefois il arrive que ces désirs se réalisent. Hélas comme toujours, ce n’est que l’apanage des fortunés (il me faudra dans cette « Encyclopédie BDSM » vous parler un jour du rapport entre les pratiquants et l’argent).

En effet, certains ont les moyens d’avoir dans une maison une ou deux pièces spécialement équipées pour leurs « jeux ». Leur donjon personnel en quelque sorte, même si le terme ferait bien rire Sade !

Si ce n’est pas vraiment sorcier de faire d’une pièce un havre de fantasme ( après tout confectionner une croix et une suspension est à la portée de tout bricoleur) encore faut-il avoir une résidence secondaire spécialement dévolue à cela, car vous vous imaginez, vous, avec un salon-donjon ? Bonjour les visites de Tante Ursule !

 

Demeurent alors pour les amateurs éclairés quelques donjons publics, j’entends dire les clubs français réservés à nos pratiques.

 

Il était trois clubs à Paris.

J’écris à l’imparfait car il n’en reste qu’un et quart puisque l’un a fermé ses portes et que le second n’organise plus qu’une soirée par mois.

J’aimais beaucoup l’un d’entre eux, minuscule, à peine grand comme un bar, qui avait le pouvoir de générer une atmosphère, de par ceux qui y venaient pour commencer…

L’autre était un vrai donjon, le plus beau d’un point de vue esthétique et offrait d’infinies possibilités de jeux.

J’aimais beaucoup moins le troisième qui n’avait pour moi aucune recherche dans la décoration et qui  donnait plutôt dans le faux apparat : c’était LE club où il fallait avoir été vu ; je n’y ai jamais assisté à quoi que ce soit de chaleureux ou d’original. Simplement, il s’agissait du relais parisien de la pseudo-aristocratie BDSM d’Internet.

Tout dans les looks, rien dans les actes ou dans les propos, si ce n’est d’insipides ragots colportés par des créatures de rêve, soumises prenant toujours garde à ne pas être décoiffées. Vous imaginez...

Un troquet branché comme tant d’autres et pas plus pour finir. Le lieu réel du paraître et non pas de l’être, miroir de son jumeau virtuel sur le Web.

 

Cet été, j’ai fréquenté un « Donjon », réputé lui aussi, mais dans le Sud Est : rien à voir !

Belles salles, beau matériel, très bel endroit et surtout une fréquentation étrangère classieusement discrète mais très ouverte et originale dans son approche de nos jeux qui devrait donner à réfléchir à nos bons pratiquants élitistes de Lutèce qui se prennent pour le nombril du monde ! Faut dire que d’aucun les y aide bien, mais c’est une autre histoire et nous l’avons déjà racontée dans AURORAOULEWEBLOGVOLE.

 

 

Pourquoi j’aime ces pseudos « donjons » ?

Pour deux raisons, la première étant que le BDSM a parfois besoin d’une scénographie, d’une théâtralisation et qu’alors le lieu où les actes se déroulent revêt toute son importance.

La seconde est que j’ai, moi, parfois, besoin de « jouer » devant un public. Je sais parfaitement que cela s’appelle de l’exhibitionnisme. Je sais aussi que nous approchons de la lettre E de cette Encyclopédie BDSM…

 

PS : Parce que les « donjons » doivent rester des songes, je ne vous montre pas une image de « donjon équipé » ce soir mais vous laisse rêveurs sur cette image de l’entrée du château de Lacoste qui, comme vous le savez, fut (avec la Bastille et l’asile de Charenton !) la demeure du Marquis de Sade, lequel n’était autre que l’arrière petit neveu d’ Hugues de Sade, époux de Laure de Noves, la muse de Pétrarque, chantre de l’amour courtois.

 

Ceci pour vous ouvrir une piste de réflexion : le BDSM n’est pas si éloigné que ça de l’amour courtois. Pour de multiples raisons.

Non, non, je ne divague pas. Je le pense vraiment.