M COMME MARECAGE ...

 

Le marécage était dans l’île. L’île était dans le marécage.

L’île, c’était l’île des mots. Le marécage c’était le reste.

Ceux qui se nomment des chasseurs y guettent à l’affût celle qu’ils appellent une proie lorsque les plus pleutres des leurs l’attendent des mains d’autres rois.

 

Je me souviens pourtant d’un printemps et d’un été, du marécage rougeoyant sous les feux des soirées.

Dans l’île aux mots vivaient tranquilles des dizaines d’oiseaux qui survolaient le marécage, des oiseaux de passage…

Leur chant était concert de vie et racontar joli…

Je me souviens de la bouscarle causant à la chevêche et de la flottille des harles aux voix un peu revêches.

Un renard lointain glapissait, des crapauds s’emballaient…

 

Tout était animé d’une sève confuse et mystérieuse, le temps était aux libres rêves, à la parole heureuse.

 

Puis un blaireau brutal sortit d’un taillis et froissa les roseaux . Une fouine royale glissa le long des branches et se saisit des mots.

 

Les oiseaux sont partis. Ils chantent encore ailleurs mais j’ignore leur nid et j’ai perdu leur chœur.

L’île aux mots est quasi déserte, peu de voix y dissertent.

Il n’est resté que les chasseurs qui ne comprennent rien au temps des pariades.

Et les deux prédateurs, passant leur temps en mascarades…