M COMME MARBRE ...

Au début, il y a un cube. Du marbre brut. Et froid en apparence. Je suis, moi, enfermée à l’intérieur.

Il faut me sortir de cette carapace. Me réchauffer. Forcer mes barrières, m’ouvrir, me faire être, me faire naître. Ecarter les défenses, les protections, les pare-feux que j’ai construits pour éviter de me blesser à chaque encoignure.

Un bloc de marbre n’est jamais atteint par la souffrance. Mais il ne vit pas réellement non plus.

 

Tu es l’artiste. Tu vas me façonner, me rendre mes formes et ma tiédeur, me redonner mon souffle. Pour cela, il y a Ton amour, Ta tendresse. Mais aussi les autres gestes.

Qui saura dire jamais combien une peau, ma peau, devient vivante après une vraie fessée…

Elle rougit, elle est incroyablement chaude et d’une douceur à nulle autre pareille.

 

Voilà, je T’abandonne mes refuges et Toi, Tu tailles dans mon marbre, un petit coup de burin par ici, un petit coup de ciseaux par là…

 

Je revis. Réagir, c’est agir, c’est exister.

Tu me trouves au delà des gestes et des mots.

C’est bien moi. Galatée sort de l’informe et de l’uniforme.

Je prends une pose. Statuaire. Tu me laisses la garder. Longtemps. Le temps de ce parcours intérieur qui m’amenant à Toi, m’amène à moi. Puis Tu la déranges. Et je deviens une autre statue, une autre pose.

Mais toujours moi, finalement sortie du cube.

 

Tu n’ordonnes rien. Ou plutôt, Tu mets de l’ordre dans une mosaïque figée afin de lui rendre ses couleurs.

La cire m’étoile, chaque goutte implique une nouvelle forme. Je sursaute, surprise. Je bouge, je vis, je suis matière. Et je T’aime.

Mouvante de pose en pose, je me recompose.

Abeilles de lanières qui m’éperonnent et me donnent le mouvement d’une danse.

Je bouge, mes cheveux s’agitent en tous sens.

Je perds la tête mais je retrouve mon esprit.

 

Marbre blanc de ma peau veinée de rose, striée de rouge.

Plaisir.

Statue qui sourit, qui remercie.

Toi qui Te retires un instant vers l’arrière pour me regarder ne plus craindre rien. Tellement forte enfin.

Moi vraiment.

 

Qu’importent les instruments qui font que… Ce sont instruments de sculpteur.

Pour cela, il fallait que je Te rencontre.

Comme il fallait que Tu me rencontres.

Pour que tout cela ait un sens, son vrai sens.

Les chaînes qui délivrent. Les cordes qui délient.

 

Nous sommes le paradoxe incarné de la liberté.

Je suis Ton marbre devenu vie. Remuant, pliant, ployant…

Un roseau qui chante d’amour. Souple à l’extrême.

Enfin lui-même