M COMME MA JAPO-NIAISERIE ( ROMAN-PHOTO ) 3 ...

                             

 

ROMAN PHOTO 3

 

Shiori et moi avons gravi les escaliers qui menaient à l’ancien bureau du directeur.

Comme tout s’y est vite dégradé ! De la poussière recouvre les étagères, les canalisations apparentes sont rouillées. Tout ici contribue à donner une impression fantomatique.

 

Shiori s’est accroupie puis s’est mise à genoux, sans souci de gâter sa tenue. Elle m’a regardé un temps par dessous sa voilette puis a baissé les yeux puis le visage entier. Je ne disais plus rien, je la regardais, je savais qu’elle commençait son voyage, que de légers et inoffensifs fourmillements gagnaient ses poignets que j’avais pris soin de lier finement à notre sortie de la voiture.

Par instants, elle psalmodiait des syllabes qui n’étaient pas des mots et qui auraient pu passer pour des bribes de chanson dans une langue étrangère. Elle était tout simplement belle, elle se transformait peu à peu, prenait des couleurs changeantes. Elle était dessin, elle était tableau…

 

Je lui ai demandé de se lever, de venir contre une étagère de bambou et lui ai demandé si je pouvais ôter sa longue jupe. Elle y a consenti sans parler mais elle a tout fait pour faciliter mes gestes, puis elle s’est à nouveau accroupie.

 

C’est là qu’elle m’a demandé avec toutes les phrases extrêmement polies et si humbles de jadis de la dénuder plus et de faire passer les cordes au plus près de son intimité si tel était mon bon plaisir parce que c’était le sien , le sien le plus cher.

 

J’ai abaissé précautionneusement le collant chair opaque et la culotte de nylon noir qu’elle revêtait et je lui ai passé les cordes comme elle le désirait et comme moi aussi je le voulais. Elle a prononcé mon prénom « Hiroki » et cela a été comme si tout le printemps s’était mis en gerbe en une seconde dans cette pièce vétuste.

 

Un peu de temps a passé et mon esprit brûlait de flammes de désir et de douceur, de torture aussi tandis que je le voyais remuer en de très infimes gestes et faire en sorte que les liens la bercent de plaisir…

 

Sa beauté me perçait le cœur. Je songeais au vieil Hasegawa qui n’avait eu que cette fille unique et qui aurait du être désespéré de n’avoir pas eu cet héritier mâle qui est l’honneur de toutes les maisons. Et bien, non, jamais je ne l’ai vu ni ai entendu dire qu’il se soit lamenté de cette seule naissance féminine tant Shiori avait été la vraie richesse de sa vie.

 

Elle s’est tout à coup retournée d’un seul mouvement, m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : «  Je vous aime. Je veux continuer. Ailleurs . Dehors. Je ne sais pas ».

 

Je ne savais pas moi non plus. Et d’ailleurs avais-je entendu autre chose que ce « Je vous aime » qui, je le savais désormais, allait dévorer comme un dragon mes entrailles jusqu’à ma fin ?

 

 

( A SUIVRE )