Photo DJjinx

M COMME MA NOUVELLE SOUMISE ...

 

A peine sortie de mes « manilles », me voici à même de me lancer dans un de ces longs posts comme je les aime. Pardon à ceux qui préfèrent le bref mais ce texte, comme quelques autres de part le passé,  est l’une des raisons qu’a ce blog d’exister.

 

Il faut dire qu’il y a de quoi avoir envie d’écrire! Depuis quelques semaines, ça bouge enfin un peu dans le Landernau BDSM. Le virtuel, j’entends, celui de l’Internet, le seul que je connaisse bien, dont je possède les clés et les codes. Oh ! Je n’ai aucune illusion et je ne fanfaronne pas, je sais qu’il va y avoir encore des hoquets et des marche arrière. Mais quand les choses se mettent en mouvement…

Voici qu’après quelques années de désolante, désespérante stagnation un nouveau discours se fait entendre ça et là. Comme si la marmite Web, poussée à sa chaleur maximale laissait soudain son écume bouillonnante commencer à sortir.

Et il ne faut pas s’étonner que la parole soit aux femmes avant tout.

De la « nouvelle soumise » dans l’air ?

 

Cela a débuté sur une liste où l’animatrice a posé l’une des bonnes questions « Un Maître peut-il avoir plusieurs soumises ? ». Ces dames ont répondu « non » en argumentant brillamment et à juste titre. Voici que tout un pan de l’édifice machiste BDSM traditionnel se dérobe. La gent féminine est lasse d’être proie sur la Toile. Proie de ceux qui déjà dûment pourvus, prétendaient qu’il allait de soi que plus encore ne leur soit dû.

Ils en avaient assez ( de charisme, de force, d’attention) pour plusieurs, disaient-ils.

Toutes les expériences de ce genre qu’il m’ait été donné de « voir » ont fini en désastre et pour la plus longue d’entre elles, après trois années d’allers-retours, de larmes et de vengeance « tripale » .

Même si quelques vieux tenants du titre prétendent continuer de la sorte, je pense que les années à venir leur casseront les crocs.

Je serais pour ma part assez soulagée qu’on en finisse avec ces hommes ( je n’écris pas Maîtres volontairement) qui envoyaient leurs soumises chasser pour eux. Sans oublier de chasser eux-mêmes de leur côté.

Je sais ce dont quoi je parle puisque j’ai « commencé » en vivant cela. La personne que j’accompagnais me faisait créer des pseudos variés sur un chat  pour aguicher femmes, hommes et couples. J’ai bien sûr tout fait pour que cela n’aboutisse jamais « concrètement ».

Mais, me doutant de sa propre recherche en solo pour me trouver des « doubles » et des « triples » remplaçantes, je me créais d’autres pseudos et cela en revanche a toujours abouti : car voici qu’il venait à moi, sous mes masques, me proposant son téléphone dès le second message. Ce fut très longtemps une histoire douloureuse pour moi. J’en ris aujourd’hui… D’ailleurs je reparlerai de lui un peu plus loin…

 

Le « prêt » de la soumise lui non plus n’a plus la même légitimité semble-t-il…

Il faut dire que cela venait directement de la mythologie BDSM, du trio O, René et Sir Stephen.

Alors, dans les soirées, les dominants ( notez le petit d) « prêtaient » leur soumise , la « vendaient » même symboliquement aux enchères dans quelques célèbres clubs.

Le tout sous couvert d’un discours de « chosification »…Le mot me dérange déjà en soi mais allons au bout de l’explication tout d’abord.

Au départ, cela devrait fonctionner sur le «  Tu es une chose, bois-en donc le calice jusqu’à la lie, goûte à ta honte d’être chose et jouis-en ». Vous l’avez compris, c’est le principe de l’humiliation. Je suis contre mais cela ne me donne pas le droit de dire que cela n’est pas valable pour d’autres.

Sinon que, chaque fois, que j’ai assisté à l’une de ces scènes  de « prêt », à regarder la femme, j’en ai eu une toute autre lecture. Cela donnait à peu près « Je goûte SANS honte au plaisir d’être objet sexuel convoité par un grand nombre d’hommes ». C’est à dire que le SM m’échappait et que je ne voyais plus qu’une scène digne d’une des meilleures pages de Catherine Millet. Il y a tout de même un certain écho à une certaine forme de « vanité » féminine dans cet acte. Songez seulement à celle qui verra les enchères monter au plus haut pour elle.

De toute façon, ce fantasme masculin de la « chosification » ne pouvait durer éternellement dans la société où nous vivons. La femme (et la soumise est une femme comme une autre) vit dans son quotidien toutes les pressions d’un modèle socio-politique qui précisément nous « chosifie » à l’extrême. Alors, aller revivre cela dans l’intime le soir après se l’être appuyé les huit heures et plus du jour durant, à part quelques accros à leur « homme » qui ont tant peur de le perdre qu’elles disent oui à tout pour feindre ( oui, on fait semblant même en SM ) d’être en phase totale, ça laissait peu de « choses » pour continuer à être candidates à la « chose »… Les temps changent, tout change, même le BDSM doit en tenir compte.

Il arrivait cependant que des couples vivent cette expérience sans que l’humiliation ne soit au rendez-vous. C’était un tout autre angle de vue qu’il fallait prendre en compte alors. Un jeu très cérébral que je comprends mieux que le précédent et que je vais essayer d’expliquer.

En fait, la tierce personne, celle qui « bénéficiait » du « prêt » n’était aux yeux des deux « vrais » partenaires, rien de plus qu’un instrument et le jeu se déroulait entre eux, dans leur tête à eux, en harmonie.

Deux écueils : le premier est la jalousie ( j’en ai vu plus d’une partir après quelques séances avec le « tiers » et l’autre découvrir ce que signifie l’expression «  le tiers lésé ») et le second est ce que j’appellerai « le hic ».

Quand on joue BDSM avec son partenaire ( vous devriez avoir compris le truc depuis que je vous l’explique), on dépasse sa douleur pour avoir du plaisir et comme le partenaire vous connaît bien, il sait capter les signes avant-coureurs du « bad trip », c’est à dire le moment qui peut toujours arriver où les choses s’inversent et où ne reste que la douleur. Jouer avec son amoureux, c’est avoir cette sauvegarde. Avec un tiers, si le « hic » survient, ne vous connaissant pas, il ne le voit pas, et le « Maître » non plus puisque la règle d’or en vogue est de tout supporter sans « montrer » sa défaillance «  pour ne pas faire honte à son Maître ». Oui, mais et l’insupportable ?

Voilà le « hic » du « prêt ». C’est d’ailleurs sur une scène de ce type que finit le fameux roman de Marthe Blau « Entre ses mains » : elle supporte l’insupportable mais après, elle brise la chaîne et s’en va.

Si j’osais le jeu de mots, le « prêt » n’a même plus bonne « presse » aujourd’hui.

 

 

Il y a aussi la triste surenchère que le Net entretient. Je connais un couple de gens très bien que j’apprécie beaucoup. L’homme, le Maître donc, et ici pour moi le nom n’est pas usurpé est selon moi le plus grand spécialiste en France d’une pratique qu’il manie avec le plus grand esthétisme. Comme je ne veux pas les désigner clairement si d’aventure quelqu’un du "sérail" s’aventurait ici , je dirai ( ce qui est faux donc) qu’il s’agit de bondage. En outre, il appelle sa femme par son prénom, mettons Cécile.

Or, dès qu’il intervient sur le Web, elle n’est plus nommée que « soumise Cécile » et les photos présentées montrent des (bondages) extrêmes et laids. Pour ne pas faire moins que les moches photos hards du voisin…

N’auraient-ils pas tout à gagner, ces deux-là, et à faire gagner au BDSM en général en se montrant sous leur vrai jour ?

 

 

Ailleurs, il y a d’autres vagues qui secouent les ondes, on s’interroge sur d’autres notions, constatant que les soumises se plaignent qu’il n’y ait plus de « vrais Maîtres » et que les Maîtres trouvent « les soumises différentes ».

Si j’avais un conseil à donner aux tenants d’une liste, d’un site BDSM, ce serait de leur dire de faire un petit sondage uniquement auprès de leurs abonnés masculins dits dominateurs en leur demandant leur définition du « Maître ». D’abord, sur une moyenne de 150 concernés, je suis prête à parier sur un maximum de 15 réponses seulement et toutes diverses ( à condition toutefois que l’animateur de la liste ou le webmaster du site ne donne pas la sienne en premier car sinon avec l’instinct grégaire et l’incommensurable désir de plaire qui m’ont toujours fascinée dans notre « milieu », on en aurait quinze identiques au synonyme près…)

J’annonçais quinze pour montrer le désintérêt total des autres fameux « Maîtres ». Ils ne risquent pas de donner une définition : ils n’en ont pas. Ils n’ont jamais réfléchi à la question, ils sont seulement allés au bout d’un fantasme et se sont auto-proclamés « Maître » , « Sir » ou « Dom » ou encore « Master »… Ils ne savent pas pourquoi ils dominent, comment ils dominent, ce qu’ils dominent. Mais une chose est sûre : ils dominent.

 

Le problème avec ces gens, la plupart donc, est que ce sont de vrais fléaux : ils n’ont aucun respect, aucune attention , aucune écoute de l’autre. Narcissiques jusqu’à la moelle… Jamais un souffle, une brise de séduction. L’assaut dès la première ligne.

Cela ne peut marcher qu’un temps . Mais loin de comprendre les leçons ils continuent de tenter d’imposer à la lettre leur seul et unique scénario qui est la négation de l’autre.

La personne qui était dans ma vie autrefois me voulait bisexuelle et allant avec des femmes, Dominas ou soumises, Dominas pour le plaisir des yeux et soumises pour qu’il y ait deux couples ( la soumise a un maître) et donc échange…

Il était marié et gérait donc ses petites affaires SM depuis son bureau le jour et la nuit au coucher de sa femme, ce que j’appris par une valse de pseudos sur un chat donc.

C’est sur un autre chat que je l’ai croisé il y a tout juste quelques semaines, moi sachant qui il était et lui, non, en ce qui me concerne.

De plus, je vous le rappelle, selon le « code » BDSM , écrire AURORA tout en majuscules signifie Dominatrice et comme je me fiche du code…

Ben, voilà, à peine suis-je apparue qu’il m’a abordée en ces termes :

« bsr. Dom réel avec soum 50 a non bi cherche Domme pour la faire évoluer. »

Je vous passe mes réflexions sur le style abrégé des mots, d’autant plus que le monsieur est très, très loin de la génération SMS… Pure question d’absence totale de la plus élémentaire politesse. Aller toujours d’un clic à l’essentiel, savoir si l’autre peut « servir » ou non . Jamais le hasard, toujours la nécessité.

Sûre de mon fait (je vous jure que j’en aurais « mis ma tête à couper », comme on dit), je lui réponds que sa fiche sur le site en question n’est pas celle d’un couple et qu’il n’y fait aucune allusion à la charmante soumise non bi de 50 ans que je suis censée faire évoluer.

Il me répond illico « Vrai pourtant. Appelez demain au ---- heures bureaux  bsr ».

C’est tout. Le tel au second message comme au bon vieux temps, l’obsession inexorable de transformer une non bi en bi… La belle évolution que voici….Le grand "Maître" que voilà.

Et si nous nous recroisons un jour au hasard du net, il me resservira la même soupe puisque c’est son seul scenario comme celui de ce type qui demandait « soumise, tu es épilée Brésil ou ticket de métro ? » ou celui qui s’enquerrait de la couleur du string avant de demander de l’ôter « pour dial plus à l’aise » chaque soir sur un chat à toutes les femmes présentes.

Je pense qu’à la fin, les femmes, les soumises donc, ont du finir par se lasser de ces messieurs-là.

 

Et pourtant j’en connais certaines qui vont entamer bientôt leur troisième année de présence sur un chat. Elles n’ont rencontré personne ou bien ont eu quelques aventures de « fessée-martinet-sexe » qui n’ont débouché sur rien mais elles attendent toujours, font partie ainsi d’une petite communauté qui vient là se dire bonjour, elles n’espèrent plus rien mais l’habitude est venue et les soirées seraient si longues, et la télé est si nulle, et Messenger marche si mal…

Je comprends leur déception, plus lourde encore puisqu’elles ont quelques années de plus que moi et qu’elles ne sont pas acquises à l’idée que le monde BDSM n’est pas ce qu’elles en voient sur la Toile. Elles croient encore que Sir Stephen se cache peut-être derrière le dernier pseudo arrivé sur le chat alors que c’est toute l’Histoire d’O que d’autres, ailleurs, sont en train de revisiter.

Comme il n’est pas question non plus de jeter toutes mes pierres dans le même jardin, je conviens qu’il existe aussi d’ « étranges soumises » qui rêvent des frissons de l’Histoire d’O mais qui ne veulent les vivre qu’ « on the rocks », c’est à dire derrière la vitre de leur écran 19 pouces…Elles ne sont, je pense, que quantité négligeable même s’il est indéniable qu’elles représentent elles aussi une catégorie nocive.

 

 

Le temps n’est plus à la soumise paillasson, à la serpillière muette, à la victime consentante de profiteurs minables.

Elle, existe, oui, « ma nouvelle soumise », c’est celle dont la photo, là-haut se veut l’emblème : attachée d’une main et joyeuse de l’être mais s’étant elle-même libérée de l’autre, elle tend le sourire aux lèvres le doux objet de son supplice afin de montrer que tout cela n’est qu’un jeu, un jeu d’amour complice, un jeu partagé auquel elle se prête, dont elle a peut-être, quelque part, dans les méandres des inconscients du couple, été elle-même l’instigatrice…

Je crois que je souris souvent à M. ainsi…

 

Il fait orage sur Roissy… Il en naîtra un arc-en-ciel de nouvelles O.

Si les premières victimes de ce déluge étaient ceux qui profitent commercialement sur le Web, en abusant jusqu’à la trame de cette vacuité virtuelle et de la « misère sexuelle et morale en milieu BDSM » ( vieux clin d’œil situ au post d’il y a quelques jours chez Trasimarque), et bien en quelque sorte la morale Internet serait sauve.

Nous n’en sommes malheureusement, et de loin, pas encore là, à voir comment les gens se précipitent en ces lieux pour faire allégeance avec joie à ceux qui les détiennent en payant leurs places de chasse, d’attente, de spectateur fort cher. Mais peu leur chaut.

Ce sera donc des « acteurs réels » que le changement viendra.

Les  « vieux Maîtres », s’ils en étaient de « vrais » ( et j’en connais tout de même quelques uns), c’est à dire des êtres humains imparfaits (mais humains, tellement humains) jouant sur les cordes de toutes leurs sensibilités n’ont rien à craindre, rien à perdre et tout à y gagner…

Quant aux « faux », aux abuseurs, aux prédateurs, d’orage en orage, de réaction de femme en réaction de femme, ils finiront à l’essorage.

Et c’est tant mieux.