M COMME MANIPULATION ...

 

Ce post pourrait figurer dans la partie généraliste de mon blog . Cependant, puisqu’il y est question de manipulation bien que de façon très générale, c’est ici que j’ai choisi de le poser. Le milieu BDSM virtuel que je connais le mieux craignant la manipulation comme la peste mais étant aussi par essence un panier de crabes, c’est sans doute là que j’ai vu s’exercer les, sinon LA plus belle…Ce texte est donc ainsi à sa juste place. Devoir de mémoire.

 

Depuis mes 25 ans, Jacques Salomé ( comment le définir ? psychologue, écrivain ?), fait partie de ma vie. Je l’ai connu par une amie qui se rendait à ses colloques avant d’y participer moi aussi.

Il y a quelques années que Jacques Salomé a espacé sinon totalement renoncé à ses « rencontres ». Il faut dire qu’après quelques livres où il évoquait sa foi bouddhiste ( que je ne partage absolument pas, je tiens ici à me préciser athée une fois de plus) , on avait entendu ici et là des mots très désagréables et notamment celui de sectarisme…

J’en suis peinée car cet homme au parcours prodigieux méritait tout sauf cela.

Il continue à publier de très beaux livres de réflexion, de psychologie et de poésie que je recommande à tous. D’autre part, il tient une rubrique mensuelle dans la revue de Jean-Louis Servan Schreiber « Psychologies » dont sont extraites les quelques lignes que je propose à votre réflexion ce soir. Elles proviennent du numéro d’avril et d’un article intitulé « La valeur de la mauvaise foi ».

 

« Je viens d’une époque et d’un milieu où la parole donnée représentait une valeur quasi-sacrée. Mentir pour soi était à peine accepté, mentir pour quelqu’un, juste toléré, mais mentir contre quelqu’un aurait été impardonnable, surtout pour le menteur qui se serait senti déshonoré.

Je ne suis pas naïf au point de croire que la mauvaise foi n’existait pas autour de moi ou que c’est une invention récente, mais il me semble qu’elle n’était pas comme aujourd’hui, une valeur en plein essor. La transgression, l’art de la manipulation, le chacun pour soi et surtout contre l’autre sont devenues des valeurs dominantes, recherchées, appréciées. A l’école, pratiquer la mauvaise foi, la tricherie, la magouille, c’est être perçu comme quelqu’un de sérieux, « pas un bouffon qui se fait baiser à tous les coups ».

Dans le monde des adultes, il est parfois difficile de faire témoigner positivement dans un procès les amis ou les connaissances proches, qui ne veulent pas trop se mouiller. En revanche, les pseudos-amis viendront affirmer avoir vu, entendu tout ce qui va dans le sens de celui qui a besoin de leurs témoignages. Et contre l'autre.(…)

Un des paradoxes de notre société, c’est que l’on trouve aujourd’hui beaucoup plus de personnes pour témoigner contre quelqu’un que pour soutenir cette même personne. Tout se passe comme si dans le vocabulaire même il existait plus de mots et d’arguments pour être contre que pour être pour.(…)

Si j’ajoute la diffamation, la circulation de rumeurs…, nous voyons que la vie sociale est une jungle habitée de beaucoup de dangers. (…)

En politique, ce qui compte,  pour se faire élire, n’est pas tant la respectabilité ou l’honnêteté du candidat qui convoite nos suffrages, c’est d’être convaincants surtout dans ses mensonges, de paraître sincère dans sa tromperie, de savoir vendre des promesses auxquelles plus personne ne croit.

La mauvaise foi semble avoir de beaux jours devant elle, elle est devenue une façon d’être, un moyen pour certains de survivre, de tenir la tête hors de l’eau, et pour d’autres, de dévitaliser la vie et de maintenir la…tête des autres dans l’eau ».