MAX ERNST - MASQUES - 1950 -

 

M COMME MALDONNE ...

 

Entorse d’ "actualité" avec l’alphabet.

 

 

Misère du BDSM : j’ai dénombré hier soir plus de 2500 petites annonces sur l’un des sites les plus connus, les plus en vue de notre milieu. Au vu des textes de ces annonces, les gens cherchent depuis des mois, et même des années… Et je crains pour eux tous qu’ils ne cherchent encore longtemps, vu ce qu’ils cherchent et comment ils cherchent….

 

Par ailleurs, je lis attentivement toutes les listes, tous les forums BDSM dont M. est le participant….

J’y trouve de fort bonnes choses venant généralement des animateurs de ces sites.

Ils les ont créés avec un certain état d’esprit qui se révèle la plupart du temps dans les sections « documents » de ces lieux qui donnent donc une précieuse indication sur ce que ces personnes vaillantes et enthousiastes voulaient au départ en faire.

Mes surprises viennent en général là encore des annonces des participants.

 

Il y a un an et demi environ, chez nous, c’est le « switch », c’est à dire le jeu de l’inversion des rôles, momentanée ou plus durable qui était du dernier cri et l’on débattait du pour et du contre. Je donnerai, un jour, plus tard, mon avis sur cela puisque la vague en persiste tout de même….

 

Aujourd’hui, il ne s’agit même plus de « switch ». J’ai suivi le parcours de quelques pseudos au fil des mois : voici des soumises convaincues qui cherchent un maître en septembre et que l’on retrouve en février tout aussi convaincues, à la recherche d’un soumis ou d’une soumise…

Une cravache est un bien bel objet, j’en conviens, quel que soit le côté du manche où l’on se trouve.

Mais changer de côté de façon aussi marquée et définitive en si peu de temps me laisse infiniment perplexe et il est vrai que je voudrais y trouver une explication rationnelle.

Je n’en entrevois pas cependant. Ou alors faut-il que la déception des soumises en recherche de maître se soit accompagnée d’un tel écoeurement qu’il se serait doublé de la mutation extraordinaire d’un orgueil blessé en parade vengeresse….

 

Côté hommes, un cas a attiré toute mon attention : pendant des mois et des mois ce dominateur a régulièrement publié sa recherche d’une soumise sur sa région, sans succès apparent. Puis trouvant sur ces listings d’annonce un soumis homme de sa région, il lui a répondu que bien que peu intéressé par les messieurs, il pouvait envisager, vu le féminin désert etc etc…

Pour finir aujourd’hui en soumis proclamé attendant sa maîtresse.

Ayant croisé souvent de faux dominateurs qui n’osaient en aucun cas se proclamer soumis d’emblée par honte ou par refus de leurs réels désirs, cela ne m’étonne qu’à demi…

 

Si ce n’est que pour finir, tous ces gens qui ont cette faculté de changer si subitement de peau m’inquiètent quelque peu.

 

Parce qu’une fois de plus pour moi, c’est la question des sentiments qui se pose. Où est l’autre dans tout cela ? Si je vais au fil de mes déceptions ou de mes frustrations sans cesse, si je suis capable d’adopter toutes les tendances au gré des vents qui me portent, je ne fais de projet que sur moi, je ne suis que recherche de quelque chose (et donc, je veux dire ici de n’importe quoi) à me mettre sous la dent. Et l’autre, ma future rencontre n’existe pas pour moi, seule importe mon envie de rencontrer. Rencontrer quoi ? Peut-être de me rencontrer moi-même…

Et l’autre est donc dans le déni, l’inexistence totale en tant qu’individu porteur de désirs et de sentiments.

 

Mais quelle confiance, quel partage peut-il y avoir en BDSM avec des gens qui raisonnent ainsi sur le mode du « JE » unique ?

Or, il ne s’agit pas, répétons-le une fois encore, d’une sexualité anodine, sans risques…

Si je les observe de l’extérieur, ils me font de la peine par leur vide insondable mais si je vais plus loin et que je les regarde de mon œil de soumise qui sait sa force de ne jamais s’être démentie dans ses choix, et donc en tant que partenaires potentiels de la solitaire que je ne suis pas mais que je pourrais être, alors ces gens-là me font peur.

Vraiment peur.