L COMME LITTERATURE : "CARNETS D'UNE SOUMISE DE PROVINCE" - CAROLINE LAMARCHE - GALLIMARD -

 

Que l’on me pardonne ce désordre alphabétique : une encyclopédie ( ? ) avance aussi par rajouts !

 

Je voudrais donc écrire quelques mots au sujet de « Carnets d’une soumise de province », publié chez Gallimard depuis trois semaines et lu ce soir en trois heures.

Ma « rencontre » avec ce livre la semaine de sa parution ne s’est pas très bien déroulée…

Chez le libraire, je l’ai feuilleté et ma foi, bof… Rien de ce que j’en ai lu ne m’a plu.

 

Pour ce qui est de « plu », c’est cette après midi qu’il a beaucoup plu de par chez moi et, me retrouvant dans une autre « église de livres », voici que ces « Carnets » me retombent sous la main et sous les yeux.

Et là, j’ éprouve un sentiment différent qui fait que je l’achète et le lis…

 

C’est une histoire, une vraie et pas une énième Histoire d’O…

Pourtant on n’échappe à aucun des clichés habituels ( le donjon, la cravache et le contrat )  ni aux vocables usités ( la chienne, l’esclave ) mais ici, cela ne pèse pas…

 

Il faut dire que pour la première fois, c’est un autre regard qui est porté là :de part la forme du récit, composé de fragments, mosaïque qui se constitue peu à peu, et du style lui-même, classique à l’extrême, bien loin des mots crus du vrai-faux porno…

 

Un joli clin d’œil non truqué ( même s'il s'agit très probablement d'une oeuvre d' 'imagination' ) sur la relation D/s à travers ces portraits à peine esquissés de ce « Maître » dépressif qui survit grâce au Lithium, qui perd les clés des menottes mais qui ne veut pas perdre la face devant d’autres Dominateurs et n’avoue pas que sa soumise a obtenu de lui le « droit » de ne pas s’épiler préférant évoquer des « pratiques pilaires » d’exception et de cette soumise un peu rebelle qui « méprise les artifices »…

 

On sourit...mais un peu seulement  tant il est vrai que cette histoire est avant tout une histoire d’amour…chaotique, étrange mais si semblable à toute histoire d’amour, qu’elle appartienne ou non au milieu BDSM…

 

Ils promènent ensemble de ville en ville, visitent des musées, lisent, vont au cinéma (où elle rit de bon cœur) et mangent des pizzas… Pour une fois voici que le quotidien transparaît entre les jours de la dentelle des jolis dessous… Le quotidien de tous ceux qui s’aiment un peu mal et qui ne mettent pas toutes les chances de leur côté…

 

Tout y est : la jalousie (le Maître a plusieurs soumises), Internet ( le Maître « drague sur la Toile) et tant et tant encore de choses vraies…

Même si cette soumise est très éloignée et de ma philosophie et de mes pratiques (notamment pluralité, humiliation), c’est pourtant, de toutes les « héroïnes » BDSM croisées au fil des pages ces dernières années, celle-ci que je ressens comme le plus proche de moi…. Peut-être parce qu’elle est « de province »… Sourire !

 

Et quant à la fin, j’ai refermé le livre sans savoir si c’était sur une séparation ou sur une prise de distance entre eux, j’avoue avoir eu, ce qui ne m’était jamais arrivé avec ce genre de littérature, un petit pincement au cœur…. 

 

J’avais parlé des autres livres : celui-là, je vais, franchissant la barrière de la neutralité, cette fois-ci, prendre le risque de le conseiller sans états d’âme…

 

Parce que c’est « quelque chose dans ce style » que j’aimerais moi-même écrire !                           

 

 

« Comme un couple normal, manger ensemble une pita, une pizza, un dessert –deux pour vous -, se raconter, avec une curiosité passionnée, nos liaisons d’avant, ce que nous leur devons, leur échec inévitable.

Notre amour couronne de gloire ce qui n’était qu’inachevé, nous sommes le bouquet final, le ciel après nous sera noir. »

 

        Caroline Lamarche - « Carnets d’une soumise de province » - Gallimard –