L COMME " LIS TES RATES, RATURE..." ( 3 ).

 

LE CORPS SAIT, LE CORPS SE TAIT…

 

 

En un corset se ceindre. Secrètement caché. Secrètement sacrée. Et la même chose avec un harnais.

 

Porter de l’aube au soir, sous les vêtements du jour, cette pièce en l’espèce, symbole ou parabole d’une « condition » humaine.

Nul ne devine quand elle marche dans les rues de la ville que sa taille minuscule est due à ce sous-vêtement qui exclut tous les autres, qui fait qu’à part cette sorte de carcan qui la modifie, elle est nue sous sa robe…

Le corset qui l’entrave demande de la mesure en tout mouvement : se pencher pour ramasser un objet, lever les bras pour en atteindre un autre. Et  pour tous les actes simples : manger, rire, marcher…

Corset souffle hors d’atteinte, corset souffle coupé.

 

Le harnais est un peu différent mais lui non plus ne s’oublie pas une seconde. Il la fait se tenir très droite, il lime sans trève les contours de ses seins qui finissent en fruits gonflés et durs, il s’insinue sur le pourtour des fesses, qu’il cambre à souhait, il agace les lèvres de son sexe qui finissent par être au bord de la crise de nerfs. Que faire pour se soulager puisqu’elle est en public, que la rue autour d’elle ne devine rien de ses cilices, de ses délices…

Le corps sait mais le corps se tait…

 

Que ce soit l’un, que ce soit l’autre, elle n’est, après quelques heures, qu’un corps érotique qui a quasiment du mal à penser tant il est sollicité, contraint à être sculpture, magnifié mais aussi sacrifié…

Sacrifice d’amour, sacrifice païen… Elle est le sujet consacré, la sujette contrainte.

Ces jours-là, sa soumission a le goût d’un brin de folie, d’exacerbation des sens qui donne envie de pleurer, qui donne envie de rire…

 

Elle est ceinte de toute part. Et pas sainte du tout. Mais marquée du sceau. Soumise sulfureuse dans les rues de l’hiver où pas un seul regard ne devine son art.

Sinon ses yeux à lui, doucement amusés de la savoir si cible, et pour lui si possible.

Au cœur de la cité, une puce excitée.

Errante éreintée. Etreinte à l’arrivée.