Man Ray Bondage Variation de la série "Nu aux bandelettes" 1929.

BDSM Man Ray Collection "The Fantasies of Mr Seabrook" 1930.

BDSM et Bondage Man Ray Collection "The Fantasies of Mr Seabrook" 1930.

BDSM Man Ray: Collection "Les Fantaisies de Mr Seabrook" 1930.

Man Ray "Portrait de William et Marjorie Seabrook" - 1931.

Man Ray: Marjorie Seabrook avec son collier de soumise en argent attribué à Jean-Charles Worth.

Man Ray: Portrait non daté de George Hodel.

Man Ray: Dédicace à George Hodel 1949.

Man Ray Photographie "Le Minotaure" 1935.

Man Ray: Tableau "A l'heure de l'Observatoire; les Amoureux" 1936.

"Etant donnés", la dernière oeuvre de Marcel Duchamp élaborée de 1946 à 1966 et exposée pour la première fois en 1969. Première partie: La porte massive et son judas.

Marcel Duchamp: "Etant Donnés" (travail de 1946 à 1966). Seconde partie: La femme nue et "L'éclairage".

 

Photos et Tableaux 1 à 10 : © Man Ray (passer la souris sur les œuvres pour connaître leur nom).
Structure des photographies 11 et 12 : « Etant Donnés » © Marcel Duchamp.
 
 
 
Ne voyez de ma part ce texte et celui qui le suivra que comme pur partage du plaisir de l’art avec vous.
 
Il ne s’agit pas de chercher à prouver quoi que ce soit, de prétendre indiquer des « pistes »  vers la  solution d'un meurtre vieux de soixante ans, c’est même tout le contraire.
 
Tout au plus, sera-ce encore une façon d’insister sur « Sexy New York », le dernier roman de Romain Slocombe, présenté dans ma note précédente et de donner un stimulus de plus pour le lire.
 
Ces deux posts sont donc en quelque sorte le « cahier de photographies » que ce livre ne contient pas mais qu’il peut être intéressant de connaître pour mieux en suivre l’intrigue.
 
Commençons par le Surréalisme.
Man Ray apparaît dans ce roman comme un « personnage » de premier plan.
Faisons un petit aparté.
Qu’il ait été fasciné par le BDSM (le SM) est certain.
Nous laisserons de côté d’emblée ses différents portraits de Sade car cette passion-là lui est commune avec la plupart des Surréalistes.
Mais dans ses œuvres, c'est-à-dire les photos que nous connaissons de lui, en témoignent aussi diverses autres choses.
 
Dès 1929, sa passion pour le bondage éclate dans la série très sage en apparence du « Nu aux bandelettes » avec comme modèle la belle Natasha Janot.
 
Cette « série » a traversé mon blog, ici et et une 3ème « variation » est présentée ce soir un peu plus haut.
Il se chuchote que Nusch Eluard posa elle aussi « entre les cordes » pour Man Ray  mais il ne s’agit peut-être que d’une « légende urbaine » : je n’ai jamais vu aucune de ces photos.
D’un point de vue plus « dadaïste » Man Ray ne manqua pas d’encorder Vénus (voir « La Vénus Restaurée » ici)…
 
Dans le roman « Sexy New York », le protagoniste fictif du producteur Harrold s’appuie beaucoup sur les relations qu’entretint Man Ray avec un certain William Seabrook pour démontrer comment celui-ci ne pouvait que « tomber » directement dans les filets du Dr Hodel, Seabrook ayant introduit le Man Ray dans les profondeurs du sadomasochisme avant que Hodel ne lui en dévoile les ténèbres.
 
C‘est la réalité pour Seabrook.
D’une part, celui-ci, William Buehler Seabrook a bel et bien existé mais son amitié proche avec Man Ray et leur attrait commun pour le BDSM ne sont pas à mettre en doute.
 
William Seabrook (1884-1945) fut un écrivain, un reporter, un journaliste mais surtout un alcoolique notoire à penchants sadiques en effet.
En 1930, Man Ray exécute pour lui une « collection » de photographies connues sous le nom de « The Fantasies of Mr Seabrook ».
Elles nous paraîtront aujourd’hui d’un érotisme BDSM bien « vintage » mais pour l’époque, même si ce n’est ni du « grand », ni du « meilleur » Man Ray, elles ne manquent pas d’intérêt surtout que l’une des modèles est la chanteuse Suzy Solidor, alors une vedette de premier plan.
 
J’ai beaucoup, beaucoup de livres sur Man Ray.
Je n’ai pourtant jamais pu aboutir à voir toute cette « collection » de photographies des « Fantaisies de Mr Seabrook ».
Je vous en proposais une ici dès la première année de mon blog puis une autre cet hiver même.
En voici trois autres ce soir…
 
En 1931, Seabrook épouse l’écrivain( e ) Marjorie Muir Worthington.
Man Ray photographie le couple mais encore le collier que Seabrook lui a fait dessiner  pour sa femme et qui a été fabriqué par Jean-Charles Worth : un collier clouté en argent qui empêche tout mouvement.
Les deux conjoints partageront donc sans doute un temps les mêmes jeux.
Mais Seabrook boit sans cesse, se vante partout d’une expérience de cannibalisme qu’il aurait faite autrefois en Afrique, s’essaie au vaudou et au satanisme dans la ligne d’Aleister Crowley qu’il a approché.
Marjorie se lasse et divorce en 1941. William Seabrook se suicidera en 1945.
Loin de Man Ray.
 
Venons-en à George Hodel.
De la réalité de ses rapports avec Man Ray, on n’a aucune trace permettant d’affirmer qu’ils aient été autres que superficiels et de bon voisinage entre artistes ou proches d’artistes (l’épouse de Hodel - quand Man Ray le rencontra - avait été auparavant celle de John Huston).
Mais rien n’asserte (et de loin !) que le photographe participait aux « parties sadomasos » - très peu consensuelles à ce que l’on en sait - du Dr Hodel.
 
Ne nous restent que deux pièces établissant  la relation Man Ray - George Hodel : un portrait photographique signé mais non daté de George Hodel par Man Ray, conservé au « Harvard University's Fogg Art Museum » et un livre de photos dédicacé en 1949.
C’est peu pour fonder la thèse sur laquelle le fils d’Hodel s’appuie dans son livre « L’Affaire du Dahlia Noir ».
 
Les deux hypothèses du fils Hodel me semblent relever de l’affabulation la plus foutraque : celle de la participation de Man Ray au crime dans un état second ne tient pas debout et celle que le meurtre ait été inspiré et réalisé « à cause » de deux œuvres de celui-ci (la photo le « Minotaure » et le tableau « A l’heure de l’Observatoire, les Amoureux ») parce que le corps de Betty Short, « Le Dahlia Noir », fut retrouvé avec les vertèbres du thorax soigneusement sectionnées au scalpel comme dans les ombres de cette photographie et sa bouche maquillée d’un rouge violent tailladée d’une oreille à l’autre pour imiter la « largeur » des lèvres du tableau est elle aussi extrêmement douteuse.
On se contentera de conclure sur Hodel qui vécut très vieux (1907- 1999) et mourut de sa belle mort, que, s’il fut placé un moment sous enquête à l’époque du crime (il faisait partie des personnes qui auraient pu « croiser » Betty Short), ces soupçons quant à son implication dans la sinistre affaire furent abandonnés très vite.
 
Quant aux deux photographies retrouvées après sa mort  par son fils dans ses papiers et qui lui parurent être celles de Betty Short, il n’y eut que lui pour en être certain et preuve ne fut jamais apportée.
 
Enfin, pour la géniale trouvaille de Romain Slocombe (et je ne dévoile rien ici qui puisse empêcher - bien au contraire ! - la lecture de son excellent roman) : la preuve « finale » cachée dans « Etant donnés », la structure de Marcel Duchamp au Musée d’Art de Philadelphie, j’ai pensé qu’il vous fallait voir cette « sculpture » aussi tant elle est remarquable en soi puisqu’elle fonctionne comme un « diorama ».
On ne pouvait en attendre moins pour l’ultime opus de l’homme des « Ready-made »…
 
Ce sont mes deux dernières illustrations pour ce soir : l’œuvre mise en place en 1969 seulement n’est visible qu’à travers un judas sur la porte massive de bois représentée tout d’abord (porte qui n’est jamais ouverte et suivie d’un mur de parpaings).
C’est seulement au-delà de ces deux obstacles que nous apercevons (cette seconde partie de la « construction » s’appelle « L’Eclairage ») le corps nu de la femme du cliché suivant et que l’on entrevoit en biais son ventre un peu rond.
Celui-ci est bien le meilleur endroit « surréaliste » pour celer un mystère ou apporter « l’éclairage » à une énigme !
 
A vous de découvrir lesquels en…lisant « Sexy New York » de Romain Slocombe…