BDSM "Quand le requin dort" roman de Milena Agus aux Editions Liana Levi, mars 2010.

Scan de couverture de « Quand le requin dort » - Milena Agus - Editions Liana Levi - mars 2010.

 
 
 
La littérature italienne actuelle est riche d’écritures de la féminité.
Celle de Milena Agus vient en premier.
 
« Mal de pierres » a fait connaître Milena Agus en France.
Puis vint le tour de « Battement d’ailes » dont j’ai parlé longuement ici, en déplorant que son tout premier livre « Mentre dorme il pescecane » ne soit pas encore traduit de l’italien.
L’oubli est maintenant réparé depuis le mois de mars où « Quand le requin dort » est paru aux Editions Liana Levi.
 
Les Français vont donc lire en quatrième position (puisque entre temps a été publié le très court « Mon voisin ») le livre qui est la matrice de tous les autres et, curieusement, il y a toutes les possibilités que celui-ci leur semble comme le plus abouti.
Rien d’étonnant.
Là où l’on admirait le minimalisme de la narration chez Milena Agus était déjà passée la fulgurance foisonnante de « Quand le requin dort » : la magie de son univers poétique, plus de personnages et plus d’intrigues et les moules tout prêts de ses romans à venir…
 
Histoires de femmes encore : il y a la mère, la grand-mère, la tante et la narratrice, la fille aînée à peine sortie de l’adolescence qui se perd dans une relation BDSM que l’on pourrait qualifier de « switch » avec un homme marié, celui que l’on nomme « Le Sardo-Maso ».
 
Si elle se perd avec celui-ci, c’est pour oublier le poids des autres hommes, ceux de la famille, ceux du village, ceux qui forment le cortège des prétendants de la tante.
Des hommes qui pèsent trop lourd tant dans leur absence que dans leur présence.
Des hommes qui ne savent jamais alléger la douleur des femmes, leur mal de vivre dans cette Sardaigne trop pauvre, trop ensoleillée, ce cocon qui est en même temps une prison.
 
Hommes qui font du mal en voulant paradoxalement ne faire que du bien et tenter d’enrayer la souffrance séculaire de leurs aimées, de leurs aimantes, hommes trop faibles pour des femmes rugueuses et arides comme leur terre mais seulement en apparence, blessées et plus fragiles que du verre qu’elles sont au plus profond d’elles-mêmes de toute éternité par la castration de tous leurs rêves et espoirs.
Même Dieu, s’il existe, est un homme, après tout, et ces femmes le savent.
 
Et pourtant ce sont ces femmes encore qui, malgré tout, réussissent à faire croire que la vie est belle, que l’amour viendra et à éviter tant que faire se peut que le « requin » (métaphore du désespoir) se réveille et montre entre ses dents l’immensité de la désolation, cette inévitable destinée sans illusion des femmes.
Elles ne pourraient y survivre. L’une d’elle n’y survivra pas.
 
Le (mauvais) choix du « Sardo-Maso » comme partenaire est fait de toutes ces raisons.
Souffrance pour souffrance, douleur pour douleur, humiliation pour humiliation, autant penser les avoir voulues de tout son libre arbitre.
La fin (heureuse) du livre fera disparaître ces motivations dues à l’accablement.
 
Mais pour combien de temps puisque cette constante du sadisme d’un des personnages se décline à travers toutes les autres œuvres (successives, ne l’oublions pas !) de Milena Agus ?
 
 
 
 
« Puis il dit : « Maintenant, c’est moi qui vais me permettre de me défouler avec toi. Je te pisserai dessus et tu resteras là, étendue, la bouche ouverte. Et tu devras boire. ».
Je m’étends dans la baignoire et les yeux fermés et les mains croisées, comme une morte dans la terre, je laisse la pluie me tremper toute entière, comme en automne.
Et je serai sûrement méconnaissable au printemps avec toutes ces feuilles et  ces fleurs. ».
 
« Quand le requin dort » - Milena Agus - Editions Liana Levi - mars 2010.