BDSM Récit: "Le Sexe Fort" par Hieros et Mo - Editions Léo Scheer - Juin 2010.

Scan de couverture de « Le Sexe Fort » - Hieros et Mo - Editions Léo Scheer - Juin 2010.

 
 
 
A l’approche des vacances d’été, c’est un « bouquet » de lectures toutes plus ou moins relatives au BDSM que j’ai souhaité vous proposer ici.
Dans l’ordre de présentation de ces livres, tous lus au fil de ces derniers mois, il n’y aura aucune hiérarchie. Seul le hasard de l’inspiration m’amènera à parler tel soir de l’un plutôt que de l’autre.
Vous l’aurez compris: pour moi, ce sont tous de bons livres…
 
 
 
Si le premier de ces volumes fait exception, c’est qu’il ne se pose pas dans la même catégorie que les autres qui sont tous des romans ou des récits romancés mais qu’il est un essai ou plutôt une discussion.
On le trouve au rayon « sociologie » des librairies.
C’est pour cela, pour cette particularité, qu’il commence cette série.
Par ailleurs, c’est aussi le premier livre que nous ayons lu, Marden et moi, ensemble, depuis nos retrouvailles…
 
« Le sexe fort » (très mauvais titre, on le déplore), de Hieros et Mo, est paru début juin aux Editions Léo Scheer.
Il s’agit en fait d’un ouvrage réunissant les répliques d’un dialogue entre quatre Dominateurs, Hieros, Mo et deux de leurs amis - qui interviennent plus brièvement -, autour de leur parcours et de leur vécu SM.
Cet échange est entrecoupé de lettres ou de témoignages de leurs soumises.
 
En le lisant la première fois, j’étais tellement dithyrambique que Marden, avant son départ pour quelques jours, a souhaité en rédiger lui-même la chronique car il me trouvait peu objective.
A charge pour moi d’en composer seulement l’introduction.
C’est son texte que vous lirez en bleu un peu plus bas.
 
Il est vrai que cela faisait des années, au moins autant que celles que compte mon blog, que j’attendais que soit publié enfin un texte « véritable » de Dominateur.
On se souvient de combien je fus échaudée à la sortie du pathétique « Journal d’un Maître » de Patrick Lesage.
Hieros et Mo arrivaient à point pour rétablir l’équilibre et donner finalement des « lettres » à cette interrogation qu’une soumise porte toujours en elle « Qu’est-ce qu’un Maître ? Comment fonctionne-t-il ? Qu’est-ce qui le motive ? ».
 
Ma première lecture fut donc enthousiaste à l’extrême tant Hieros et Mo (je précise que j’ignore totalement qui se cache sous ces pseudos ainsi que ceux de leurs comparses masculins ou féminins) sont réels et sincères, tant ils se placent dans l’ « être » et non dans le « paraître », tant il est évident que nous avons affaire à de vrais Maîtres du BDSM (eux préfèrent parler de SM) et non à des dominateurs de pacotille.  
 
Sur l’instant même, j’aurais été prête à conseiller ce livre à toutes et tous.
Me replongeant dans « Le sexe fort » cette après-midi pour écrire ce préambule, je me suis aperçue que j’en avais fait une lecture initiale bien trop globale et portée par le seul engouement.
Ceci m’a permis de relever certaines choses qui ne m’étaient pas apparues en première « vision » et que je me dois de souligner ce soir.
 
Tout d’abord, contrairement à ce que je pensais, ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains.
Certains propos peuvent heurter les non pratiquants du BDSM car ils sont insuffisamment explicités par ceux qui les prononcent.
Ainsi, lorsque l’un des « amis » de Hieros et Mo dit « J’aime torturer », le discours qui suit ne suffit pas à faire oublier la force de ce verbe et son sens commun et peut amener à un dangereux malentendu.
 
Ensuite, sur de nombreux points, le SM de Hieros et Mo ou de leurs compagnons est loin, très loin, du mien.
Présenter « Le sexe fort » n’est donc pas pour moi le « cautionner » entièrement :
 
- Ils « partagent » tôt ou tard leurs soumises alors que je me situe, moi, dans le rapport qu’ils nomment « one to one », de par le fait que je ne conçois la relation amoureuse (eux aussi parlent d’amour, j’insiste bien là-dessus pour leur rendre justice) que dans l’absolue fidélité.
 
- Beaucoup de leurs analyses font remonter la propension au sadisme ou au masochisme à des traumas de l’enfance, chose sur laquelle je me suis toujours inscrite en faux.
Comme eux, pas plus que moi, ne prétendent détenir la vérité et que cette théorie est courante, je la leur laisse de plein droit sans polémiquer mais profite de cette chronique pour affirmer une fois de plus ne pas la partager.
 
- Enfin, tous - hommes ou femmes - intègrent pleinement en leurs témoignages la dimension de l’humiliation comme une composante et une constante « sine qua non » du SM dans ce livre.
Ce qui m’a amenée à réfléchir sur moi-même longuement en cette soirée.
Ma conclusion demeure la même que toujours : j’ai beau être et soumise et masochiste, l’humiliation m’est totalement étrangère : je ne la recherche jamais, sa seule pensée m'est intolérable et je serais incapable de la vivre même en la « jouant » comme au théâtre dans une mise en scène ou un jeu de rôle pour complaire au(x) fantasme(s) de qui que ce soit.
Je le disais il y a quelques jours ici et je le répète : c’est ma « limite » absolue et ceci vaut pour moi profession de foi.
 
Reste donc un livre fort intéressant où des gens (Hieros, Mo etc.) se montrent à nu avec la plus grande honnêteté et une authenticité que nul ne peut mettre en doute, un livre qu’il faut lire sans crainte si l’on est « adepte » du BDSM car il amène à se poser de nombreuses questions, qu’il ouvre des pistes de pensée et de raisonnement sur la quête que nous menons ou sur les rapports que nous vivons.
 
« Le sexe fort » est certainement l’ouvrage indispensable de cette décennie que tout Dominant ou soumise doit posséder dans sa bibliothèque.
Les étrangers à cet « univers » du BDSM ou du SM peuvent, eux, s’abstenir…
 
Et, comme mon « intro » aura été plus bavarde que prévu, je laisse enfin la parole à Marden :
 
 
Cet opus, présenté comme une conversation entre quatre Dominateurs, essaye de tracer les contours de la Domination Masculine,
Nous sommes très loin des « productions » précédentes, qu’elles proviennent de femmes ou d’hommes, qu'elles soient présentées sous formes de témoignages ou de récits romancés (Journal d'un maître, Le lien, etc...).
 
Ici, les pratiques décrites sont hards mais loin des descriptions complaisantes de gang-bang, pas de scènes croustillantes, juste des témoignages d'hommes et de femmes, témoignages souvent forts, parfois difficiles à lire (entendre à comprendre quant à la motivation) mais jamais racoleurs.
 
Ce livre n'est tout de même pas une bluette et il vaut mieux savoir de quoi il retourne avant d'en entreprendre la lecture.
157 pages qui se lisent d'une traite et dans lesquelles je me suis souvent reconnu.
Je mettrai seulement deux bémols que je traiterai plus loin.
 
Dès la première discussion, l'un deux dit « Mort aux tièdes ». J'adhère complètement à cette maxime pour avoir écrit sur mon profil il y a presque 10 ans de cela : « Le chaud ou le froid mais jamais le tiède ».
 
Les auteurs reconnaissent aussi leur sadisme, non pour la souffrance ou la violence, mais comme instrument pour faire fondre la carapace de « la femme forte » et en faire ressortir la féminité, l'animalité.
Ils refusent la violence pour ce qu'elle est pour entrer dans le monde de la soumise, pour en être à sa demande l'inventeur.
Mais ils revendiquent le « droit » d'aller trop loin, plus loin que la demande faite.
Ils nous rappellent aussi l'importance, pour reprendre une expression célèbre, du poids des mots, ceux dits (murmurés ou criés), ainsi que du ton de la voix, du sens du récit ou du scénario.
 
Tout au long de l'ouvrage, on voit que les auteurs font une différence fondamentale entre les hommes qui pensent avec leurs « couilles » et ceux qui bandent avec leur cerveau,
Ils verbalisent d'ailleurs ce qui semble être un immense mystère aux yeux des femmes: l'orgasme masculin sans éjaculation, le jouir sans jouir.
 
Où il appert aussi que dans le SM, le sadisme est toujours duel, il ne peut s'exprimer qu'en présence d'un(e) masochiste contrairement au sadisme clinique, et que le don va bien au delà de celui d'une relation vanille. D'ailleurs la notion de tendresse (au minimum) vis à vis de la soumise est toujours présente.
Il y est abordé aussi l'importance de la patience chez le Dominateur, le fait de prendre son temps pour le donner à la soumise, pour l'accompagner sur le chemin, dans son voyage intérieur jusqu'à son aboutissement, son plaisir. La patience aussi pour le plaisir du Dominateur: « J'aurai mon plaisir plus tard. J'aime attendre car je sais qu'il n'en sera que plus grand ».
 
Le chapitre sur l'humiliation est particulièrement intéressant par le développement du point de vue de chacun des auteurs puisqu'ils ne placent pas l'humiliation au même niveau de paroles ou de gestes. On comprend mieux alors pourquoi ce qu'une soumise vivra comme tel ne sera pas perçu comme humiliant par une autre.
 
Une autre approche, sociale celle là sur la perception du « mâle dominant » dans la société moderne, le constat que beaucoup d'hommes sont aujourd'hui inhibés par le regard sociétal sur les rapports hommes/femmes et sont incapables d'avoir et/ou d'exprimer des envies structurées;  d'où le résultat: les femmes veulent et les hommes n'osent pas.
L'ouvrage est émaillé d'extraits plus ou moins longs de lettres de soumises, apportant ainsi un contrepoint à la vision, à la réflexion des auteurs.
 
D'un point de vue personnel, je déplore que ces auteurs fassent l'impasse sur deux points que j'estime comme fondamentaux dans la pratique du SM.
 
- Le premier : Celui des limites: si l'un parle du « fil du rasoir », il le fait dans l'optique de la soumise. Je considère pour ma part que celles du Dominateur sont ici oubliées.
C'est quand une soumise vous amène « au bord du précipice » et qu'un pas de plus, un geste de plus précipiterait à la catastrophe, qu'un Dominateur doit parfaitement connaître ses propres limites et se dominer.
 
- Le second : Ce livre ne prend aucun recul avec les pratiques décrites. On n'y trouve aucune mise en garde contre une mauvaise interprétation et surtout une mauvaise exécution des actes mis en scène par des personnes non averties.
Tous ces actes, à la lecture, semblent parfaitement anodins et sans danger puisque cela n'est jamais évoqué.
Et c’est un oubli fort regrettable de la part des auteurs.
 
 
 
EXTRAIT CHOISI :
 
« Parfois, le chasseur devient prédateur. Moins civilisé. Il attrape la soumise, son attention, il la saisit d'un geste, en lui pinçant les seins, par exemple, et en la fixant dans les yeux c'est ainsi qu'il la dompte. Et la domine. ».
 
Hieros et Mo - « Le sexe fort » - Editions Léo Scheer - Juin 2010.