Alain Robbe-Grillet 1922 -2008.

Alain Robbe-Grillet - Photo d’archives.

 
 
 
Il y a deux ans, le 18 février 2008, Alain Robbe-Grillet s’éteignait paisiblement en son sommeil.
 
Certains grands noms de la blogosphère littéraire commirent alors la mémorable bévue de l’ « enterrer » un peu vite, ne voulant plus voir en lui que « Le Pape du Nouveau Roman » déchu en sa vieillesse pour un ultime opus publié peu avant et qui avait été entouré d’un fumet de scandale.
 
Nous fûmes pourtant quelques-uns, au sein de nos minuscules blogs « non reconnus », à stigmatiser leur erreur et à affirmer haut et fort que le temps lui rendrait justice et que l’on saurait tôt ou tard reconnaître en Robbe-Grillet ce qu’il fut vraiment, un stupéfiant « écrivain de l’écriture ».
 
Il n’a pas fallu attendre longtemps.
Alain Robbe-Grillet se trouve cette année au programme de plusieurs universités françaises, en niveau licence notamment, et la nouvelle génération qui le découvre est - j’en suis personnellement témoin - enthousiaste.
Ceci me réjouit d’autant plus que les œuvres choisies ne sont pas le « trio » de ses débuts qui le rendit célèbre mais des textes plus particuliers, plus difficiles à aborder, comme par exemple « Topologie d’une cité fantôme ».
 
Parce qu’Alain Robbe-Grillet ne cacha jamais ni dans ses livres, ni dans ses films, ses penchants pour le BDSM ou même pour le sado-masochisme en des scènes qui laissaient souvent plus à imaginer qu’elles ne « disaient » ou « montraient », qu’hommage lui soit fait ici en ce jour avec ce bref extrait de « Les Derniers Jours de Corinthe » rédigé avec son élégance de plume incomparable où l’érotisme jaillit de chaque mot…
 
 
 
« Corinthe lui fait signe de s’approcher davantage. Elle s’exécute sans vain délai. Gentiment soumise, elle obéit ensuite aux moindres indications de son examinateur et se laisse contempler ainsi sous divers angles, dans diverses postures, de plus en plus près. Il la caresse distraitement. Elle s’ouvre d’elle-même avec complaisance, naturelle comme une fleur sauvage, tout son jeune corps parcouru d’un perceptible frisson sensuel, tandis que les reins se cambrent, que les bras commencent à s’étirer en arche autour des cheveux d’or fauve, que la bouche elle aussi se disjoint progressivement, sur un bout de langue rose qu’on entrevoit entre deux lignes de petites dents bien rangées, carnassières, étincelantes…Corinthe se demande s’il ne doit pas regretter les mouvements plus maladroits, moins prévenants, des véritables débutantes, tout juste nubiles et chaque fois violentées. Celle-ci fond dès les premiers attouchements d’un inconnu…Mais il saura bien, dans le secret du lit, provoquer sa révolte et ses pleurs… ».
 
Alain Robbe-Grillet - Les Derniers Jours de Corinthe - Les Editions de Minuit - 1994.