J’avais dit que je ne publierais rien ici de mon « Journal Intime ».
Je vais pourtant le faire ce soir, en éditant ce que j’ai écrit aujourd’hui parce que cela ne met personne « de reconnaissable » en cause, sinon moi et mes réflexions et que cela servira de réponse à un mail que j’ai reçu d’une amie…
C’est brut de décoffrage, juste tapé, non relu et non corrigé.
J’ai simplement rajouté en italiques quelques précisions qui me paraissaient utiles à la compréhension de l’ensemble…
 
 
 
J’ai vu mon psy hier (je traîne comme une béquille une séance mensuelle de psychothérapie suite à une déprime d’il y a des années et là, avec les vacances de Noël, je ne l’avais pas rencontré depuis le fameux dimanche de décembre…).
Il me promet pour bientôt des cataractes de larmes et une douleur terrible de ne pas arriver à pleurer actuellement, de ne pas « faire le deuil ».
C’est vrai qu’à part un soir, à la suite de commentaires sur mon blog, je n’ai pas pleuré. J’ai énormément souffert, certes, notamment dans mon corps, j’ai eu des troubles sévères, pris tous les virus qui passaient.
Lacan disait « Ça parle où ça fait mal ». Moi, j’ai somatisé à l’extrême en « pleurant » tout le sang  de mon sexe la nuit de l’hémorragie, par exemple.
Mais des larmes dans les yeux, non, presque pas.
A-t-il tort ou raison de m’annoncer cette « catastrophe » ? Je l’ignore. Le temps le dira.
 
J’agis beaucoup. Je suis dans l’action. Je m’y disperse même.
J’écris beaucoup aussi et de toutes les façons possibles.
Je lis énormément.
 
Je ne nie rien de ce qui m'arrive, je suis accablée mais je vis.
 
Depuis qu’il a prononcé ces mots, ma fébrilité d’être et de faire en viendrait presque à me faire peur.
Lui la trouve normale car, à son avis, tant que je n’en arrive pas aux larmes et au chagrin, c’est que je suis dans un « état de colère » et que la colère est active, elle.
 
Cette « colère » me paraît du jargon de psy. Je ne sais pas ce qu’il entend exactement par là.
Je n’ai pas le sentiment d’être en « colère » sinon peut-être pour ce que j’appelle « la suite de la fin » et ce silence total de M. parce qu’ils ont entraîné un fait inattendu : mon fils qui avait l’habitude de voir M. m’aimer et me couvrir de fleurs s’est mis à douter de moi, du « moi-femme », et à me faire des reproches.
Il se demande « ce que j’ai bien pu faire pour qu’[on] ne m’aime plus »…
 
Je m’aperçois aussi que je ne sais pas du tout en quoi consiste « faire le deuil » dans ce même jargon de psy.
J’ai connu et pleuré les deuils de mes grands-parents, celui de mon chat.
Cela s’est immédiatement exprimé en larmes, c’est vrai et d’ailleurs je ne peux pas dire que ces deuils soient terminés puisque ces êtres, je les pleure encore en toute occasion.
 
Mais « faire le deuil d’un amour », non, je ne sais pas.
Je ne sais pas le faire, simplement.
A vingt ans, lorsque E. et moi avons rompu, j’ai fait comme aujourd’hui, j’ai soigneusement évité de pleurer, pourrait-on dire, et me suis jetée à corps perdu dans l’ « agir ».
On pourrait presque penser que ma thèse fut le fruit de ce deuil.
 
L’histoire avec E. est tout de même un peu différente.
Si nous nous sommes quittés, ce fut pour beaucoup de ma faute.
J’avais beau l’aimer à la folie, je l’avais trompé trois fois cette année-là au nom de mes sacro-saintes « expériences sexuelles » et de ma liberté.
C’était dans le ton de l’époque.
Ce n’est pas que je me cherche des excuses mais quand j’avais vingt ans, oui, je (et les autres filles aussi) voyais/voyions souvent les choses ainsi.
 
Quant à E., je l’ai « embaumé » et ne le « vois » jamais que tel qu’il était jadis.
J’ai beau aller sur son site l’écouter quelquefois (E. est devenu un musicien célèbre dans son pays) et regarder ses photos, cela ne change rien.
Je l’ai embaumé et figé une fois pour toutes en ses vingt ans.
Que lui, qui avait une si belle crinière blonde et était mince comme un fil soit aujourd’hui chauve et ait pris de l’embonpoint ne fait pas bouger d’un pouce l’image que j’ai de lui dans ma tête.
L’image d’un très beau jeune homme de vingt ans.
 
Est-ce un bien, est-ce un mal ?
Je ne peux pas le dire puisque cette transformation de mon amour pour lui en nostalgie romantique m’est toujours apparue, au fil des ans, comme une richesse et une source d’inspiration.
Il faudra d’ailleurs que je publie un jour sur mon blog la série de poèmes qui raconte notre histoire et qui se nomme « Comme dans une comédie américaine ».
M. était tellement jaloux que chaque fois que j’ai évoqué ce désir, j’ai vu sa face se noircir.
Il aurait voulu - disait-il alors - qu’il n’y ait eu personne d’autre avant lui.
Pour en arriver où nous en sommes arrivés, ça valait bien la peine, tiens…
 
Alors, le psy qui joue les Cassandre…
Oui, bien sûr qu’il m’effraie malgré tout.
 
Surtout qu’en plus, je n’avais jamais osé lui avouer la dimension BDSM de cet amour-là, de mon amour pour M., et que, du coup, il ne connaît rien de ces notions qui m’ont portée durant ces sept ans et plus, celles de l’abandon total à l’autre, du sentiment d’être attachée pour l’éternité, du fait que l’homme dont je parle n’était pas seulement pour moi « l’homme de ma vie » mais aussi - dans ce cadre BDSM - mon « Elu » et mon « Guide »…
Ça en fait de sacrés non-dits au bout du compte…
 
J’espère seulement qu’il se trompe, le psy.
Je n’ai aucune envie de m’effondrer et de devenir un seau ou des torrents de larmes.
En plus, ce serait la dernière chose qu’il faudrait qu’il arrive pour [mon fils]…
 
Mais ma peur, c’est cette somatisation en fait.
J’ai peur, oui, terriblement peur de sortir un cancer de cette histoire-là.
C’est dans les probabilités de mon âge, je fume trop (et en ce moment, côté tabac, je dépasse réellement la mesure mais ça m’aide infiniment) etc.
 
Je ne voudrais pas payer de ma vie des larmes qui ne sortent pas,
Là, ce serait bien pire encore pour le petit…
J’aimerais savoir maintenant comment vraiment « prendre soin de moi ».