L COMME LEGENDE 2 ( ESSAI DE STYLE )...

 

Je suis une exilée. Un jour, j’ai du quitter ma forêt envahie par les hommes du Commandeur, porteurs de lois nouvelles et qui m’ont intimé l’ordre de partir. Je n’ai baissé ni la garde, ni le front et j’ai décidé de remonter là-bas, au Nord, où la guerre avait commencé et d’aller moi aussi y croiser le fer. Mais la route était longue..

 

J’ai porté la lame vers les Terres du Nord, longtemps souvent parfois… Sur les chemins rocailleux, j’ai rencontré d’étranges compagnons… De ceux qui ne cheminaient à mes côtés que pour, à la dérobée, examiner l’épée qui ceignait mes flancs. Ils feignaient de reprendre les clés de mon combat puis je m’apercevais, à la halte voisine, qu’ils avaient disparu, rendus à l’ennemi…Pire encore, certains m’ont dénoncée, ont livré mes cachettes secrètes au nom de l’Ordre Majeur…

 

Dans les vallées les plus effroyables où je sentais peser sur moi le poids du Grand Œil, je ne me suis pas arrêtée, j’ai marché sans relâche des jours et puis des jours… J’étais prête à aller de l’avant ainsi toute ma vie pour que ma lame brille autant que celle du Commandeur dans la nuit… Que ma flamme éclairée l’avise encore et toujours que des voix résonnaient ici et là, portant pour l’éternité dans le vent d’autres mots que les siens. Je me suis voulue l’écho des absents, de ceux qu’en concertation avec l’Ordre Majeur, on avait rendu muets à jamais.

Là où les douze sycomores forment une piste de danse pour les créatures nocturnes, passèrent deux cycles. J’ai appris à manier l’épée et les mots aussi.

 

Aujourd’hui tout change.

Je n’irai pas plus loin vers les Terres du Nord. Un tonnerre a parlé dans le ciel écarlate. L’Ordre Majeur est réorganisé. Ils ont ouvert les frontières de leurs derniers territoires conquis : déjà chez eux arrivent des gens de partout, indifférents à nos mœurs et à nos connaissances. Des gens contents peut-être de se retrouver abrités sous le Grand Oeil…

 

Le devenir de cet espace au Nord ne m’intéresse plus… Qu’irais-je y défendre ? Ce qui s’y déroulera demain et demain et demain n’a rien à voir avec mes coutumes et mes runes. Quant à l’Ordre majeur, il se désintéresse déjà ma terre : ce qu’il aura à gérer dans le futur est tellement plus vaste .

 

Mon parcours, je peux maintenant  le reprendre à l’envers : regagner ma forêt ombreuse.

Ceux qui font partie de mon clan tôt ou tard s’y retrouveront. Ils finiront par en trouver le chemin de justice. Je vais les y attendre patiemment. Un jour, tout sera oublié et il nous sera possible de nous gouverner nous-mêmes comme autrefois. Sans oukases, sans pensée unique imposée, en pleine liberté.

 

Et puis, je ne suis plus tout à fait la même ; je suis devenue plus riche, d’une richesse qui vit en moi : en  deux années, j’ai appris à parler et à écrire…

 

Durant ces longues lunaisons, j’ai porté l’épée avec rage et fureur. Je continuerai à la porter dans l’apaisement comme un symbole de construction et non plus de bataille mais avec fierté et joie pour l’honneur de Celui qui n’a jamais abandonné mon ombre.