Paul Nougé "Cils coupés" série La Subversion des images 1929.

Main de femme et pied d'homme Jacques-André Boiffard 1929.

Eli Lotar et Germaine Krull "Sans titre" 1930.

Claude Cahun Collage 1932.

Salvador Dali Photomontage "Le phénomène de l'extase"1933.

Dora Maar "Le Simulateur" 1936.

Man Ray Série BDSM "Accessoires" modèle Natasha Janot 1930.

Man Ray Série BDSM "Les fantaisies de Mr Seabrook" modèle Suzy Solidor 1930.

Marcel Mariën "Muette et aveugle..." 1940-45.

Hans Bellmer BDSM Autoportrait devant l'une des ses "Poupées" 1945.

Photographies de l’exposition « La Subversion des images » © Artistes très connus ou moins du Surréalisme (dans l’ordre : Paul Nougé, Jacques-André Boiffard, Eli Lotar et Germaine Krull, Claude Cahun, Salvador Dali, Dora Maar, Man Ray pour deux clichés, Marcel Mariën, Hans Bellmer - passer la souris sur les images pour connaître les titres).

 
 
 
S’il n’y avait qu’une exposition à ne pas manquer cette année, ce serait celle-ci qui se tient au Centre Pompidou depuis le 23 septembre et qui s’achèvera le 11 janvier 2010, « La Subversion des images » (nom emprunté à une série de photos de Paul Nougé datant de 1929), sous titrée « Surréalisme, photographie, film ».
 
Disons tout de suite que, si la dernière salle de l’exposition propose de visionner des courts métrages de Bunuel, Man Ray, Artaud, Germaine Dulac et quelques autres, si un second espace attenant permet d’assister à des films plus longs, c’est tout de même l’image fixe, la photographie qui se taille la part belle dans cette exposition majestueuse conçue sous la forme d’un oeil partagé en neuf divisions particulières qui vont de « L’action collective » au « Bon usage du Surréalisme » en passant par « Le théâtre sans raison », « Le réel, le fortuit et le merveilleux », « La table de montage » (en hommage à « la rencontre fortuite » de Lautréamont), « Pulsion scopique » (et là, Bataille est au rendez-vous), « Le modèle intérieur » (ici, c'est Freud qui se montre en filigrane), « Ecritures automatiques » et « Anatomie de l’image » (ou les prismes extrêmes de la divagation érotique).
 
Ce ne sont pas uniquement les plus connus des Surréalistes (ni les seuls Français) qui sont convoqués à cette fête de l’image, la plupart - à l’exception de Man Ray - ayant été littérateurs ou peintres, mais aussi les compagnons de route, même les plus obscurs.
 
André Breton avait écrit dans « Le surréalisme et la peinture » :
« Il était nécessaire qu’un parfait technicien de la photographie, qui fût aussi de la classe des meilleurs peintres, se préoccupât, d’une part d’assigner à la photographie les limites exactes auxquelles elles peut prétendre, d’autre part de la faire servir à d’autres fins que celles pour lesquelles elle paraissait avoir été créée, et notamment à poursuivre pour son compte et dans la mesure de ses moyens propres, l’exploration de cette région que la peinture croyait pouvoir se réserver. ».
 
Il fut entendu au-delà de ses espérances, ce qui l'autorisa à ajouter plus tard :
« Changer la vue, cet espoir qui peut paraître insensé, n’en aura pas moins été l’un des grands mobiles de l’activité surréaliste. ».
 
Les Surréalistes expérimentèrent à peu près tout, pratiquèrent le photomaton, les collages, le photomontage, jouèrent de la distorsion de la pellicule qu’ils brûlèrent, éraflèrent, solarisèrent, « écrivirent automatiquement », de façon à laisser le champ libre à toutes les manifestations de l’imaginaire ou de l’inconscient.
Et à inventer aussi d’autres réalités.
Subversives.
De « changer la vue » à « changer la vie », il n’y a qu’une lettre…
 
Dans ces explorations, l’Eros prit sans aucun doute la place la plus grande.
Un Eros multiple et multiplié où le BDSM - le SM en ces temps - eut toute l'attention qui lui revenait de droit.
Si c’est dans l’appartement de Joyce Mansour que le Groupe se livra en 1959 à «  l’Exécution du Testament du Marquis de Sade », ce ne fut pas par hasard ni dans l’idée d’un « happening festif » : il y avait bien longtemps que le Surréalisme déambulait dans les vastes territoires que Donatien leur avait ouverts pour les réinterpréter…
 
Si l’on peut parfois se dire que la femme fut l’objet d’une certaine idéalisation par les Surréalistes, elle fut aussi objet de désir, de plaisir, « muette et aveugle, habillée des pensées que [l’homme lui] prête » ainsi que Marcel Mariën l’écrivit sur le dos de l’un des plus beaux nus du XXème siècle.
Et que dire de Man Ray s’engageant délibérément dans la veine BDSM (sadomasochiste) pour quelques-unes de ses séries les moins connues mais encore de Hans Bellmer et de ses poupées démembrées puis recréées indéfiniment ou des gants que Germaine Krull pose sur son visage devant l’objectif d’Eli Lotar ?
 
Ce furent les Surréalistes - ou plutôt quelques-uns de leurs camarades de chemin - qui firent mon BDSM littérairement (les « images » vinrent un peu plus tard) lorsque j’étais adolescente, éprise d’un besoin d’érotisme esthétique et « explosant-fixe » comme la beauté définie selon André Breton.
Réveillèrent-ils en moi la pulsion endormie ou l’inspirèrent-ils complètement ?
Je n’ai jamais pu répondre avec certitude à cette question.
 
Il m’est resté pour ceux que je considère comme les acteurs du dernier mouvement artistique complet un amour immodéré, une réelle passion de poursuivre la quête de leur trajectoire et de leur Histoire, d’essayer de les comprendre toujours un peu plus.
 
Cette sublime exposition qui a l’immense mérite d’avoir collationné quelques 400 photographies de toutes les tendances qui existèrent au sein du Surréalisme est une nouvelle réponse qui m’est apportée.
 
En ce début de 21ème siècle excessivement morose où l’image est pourtant partout, nous aurions bien besoin que quelques « subversifs » reviennent à nouveau pour la révolutionner et lui faire dire avec Breton : « La beauté sera convulsive ou ne sera pas. ».