BDSM et Polémique: L'affaire de l'affiche publicitaire des stages de management Kelformation.com octobre 2009.

Image © Kelformation.com

 
Ni désir, ni dérisoire.
Lamentable. Désespérément lamentable.
 
Quant on blogue au quotidien, il arrive que l’on se fasse rattraper par sa propre thématique, celle-là même que l’on vient de lancer.
C’est ce qui s’est passé pour moi.
Je ne peux donc qu’en témoigner : fuir ce post-ci pour rester dans les seuls sourires ironiques que j’avais programmés serait lâcheté.
 
Gilles, qui sait que j’ai commencé cette série sur l’imagerie BDSM dans la « mode » actuelle et la publicité plus particulièrement, me fait parvenir aujourd’hui cette photo.
Ce qu’il ignore alors, c’est qu’un autre ami qui, lui, n’était pas au courant des notes que j’allais initier, m’a envoyé hier le lien avec l’article sur « Marianne 2.fr » qui commente cette même affaire sous le titre « Mon manager s’appelle Maîtresse Domina et ça fait vendre ! ».
 
De quoi s’agit-il en peu de mots ?
Une agence de stages de formation professionnelle qui possède un site en ligne, Kelformation.com, s’est offert une campagne publicitaire visible  - entre autres lieux - dans le métro parisien qui présente un stage style « le management pour les nuls » avec un visuel de mains d’homme tenant un fouet costaud.
 
La journaliste qui publie le billet hier prend l’image au premier degré, s’indigne et écrit « Voilà aujourd'hui ce qu'est devenue l'idée de ce que doit être un manager : un requin SM qui doit déchiqueter les autres pour être bien formé, reconnu et efficace. », les commentateurs lui reprochent de n’avoir pas saisi le côté « décalé » de l’affiche et de lire un cynisme éhonté là où il n’y aurait que de l’humour.
Et la journaliste leur répond aujourd’hui , sur le site Polémiques Info.
 
Je donne tous ces liens que je vous incite à aller lire pour ne pas entrer moi-même trop longuement dans le fond du sujet en question car je suis en fait d’accord avec les deux parties : oui, les publicitaires ont pensé leur affiche au second ou au trente-sixième degré mais oui aussi, celui qui se la prend dans la figure et qui vit des temps difficiles au sein de son entreprise en restructuration la reçoit comme un mauvais coup de plus et, sans jeu de mot aucun de ma part, de plein fouet.
Il y a à l’évidence une indécence certaine, une obscénité même, à jouer sur ces thèmes à l’heure où l’on voit les tragédies se multiplier chez France Telecom (un 25ème suicide en ce jour du jeudi 15 octobre).
 
L’époque est extrêmement complexe : l’individu est nié, réifié, rendu comme une valeur négligeable, un simple « cost » (de trop la plupart du temps) dans le monde du travail.
De privatisation en délocalisation puis en réorientation, mutation et tutti quanti, on ne peut que constater que certains salariés devenus (ou considérés comme) inutiles [j’ai lu moi-même cet été le terme de « poids mort » dans un mémoire de fin de stage de management justement] sont poussés sans ménagement vers la sortie et c’est bien au nombre de têtes tranchées que l’on mesure le bon manager.
 
Or, tandis que jusqu’à il y a quelques années nous vivions dans un univers qui privilégiait l’humain, le temps libre, les RTT, voici que c’est le nombre d’heures travaillées qui a pris le devant de la scène depuis la Présidentielle de 2007.
Etre écarté d’un poste, c’est une mort sociale. Pour certains, c’est la mort tout court.
Et ça donne le frisson.
Encore plus lorsque la publicité fait des clins d’œil charognards sur ce point précis.
 
Pour m’en tenir au sujet de ce blog, je remarque que si la représentation du BDSM ou de ses objets et instruments n’est plus un tabou, elle ne l’est qu’en tant que matière à vendre.
Tant qu’il s’agit - comme dans ma note légère d’hier au soir et dans celles tout aussi légères qui suivront celle-ci - d’une sucette ou d’un colifichet, c’est seulement rageant pour nous autres, pratiquants de cette sexualité.
Mais lorsque, comme sur ce post qui vient se glisser ici de façon impromptue, « nos » rapports de pouvoir en viennent à servir « les » rapports de pouvoir, lorsque notre intimité en arrive à être mêlée inextricablement à l’agora politique, cela devient d’une tristesse immense.
 
Une grande envie de baisser les bras en voyant que ce que nous avions cru gagné grâce aux écrits de bon nombre d’entre nous a été uniquement « récupéré ».
Ou alors un désir de reprendre immédiatement ce combat que l’on sait désormais permanent et d’expliquer encore, et d’expliquer sans cesse, que nous ne sommes pas la caricature que l’on fait de nous.
 
Militer, oui, pas en allant nous montrer « déguisés » à la Fetish Party mais dans le monde bien réel qui nous entoure pour y dénoncer tous les abus de domination, toutes les soumissions extorquées et nous réclamer à la fois de notre qualité de citoyen agissant « contre » et de celle de personne libre du choix de son érotisme, un érotisme qui est tout sauf celui d'esclaves de la cotation en bourse…