Nelly Arcan met fin à ses jours le 24 septembre 2009.

 Nelly Arcan - Photo d’archives.

 
 
Là où nous disons « se donner la mort », les Canadiens disent « s’enlever la vie ».
 
Il semble, selon un communiqué des Editions du Seuil, que c’est ce qu’a choisi de faire la romancière Nelly Arcan hier dans la nuit du 24 septembre en sa demeure du Québec.
Elle avait 36 ans et s’était fait connaître en France depuis 2001 par trois livres, « Putain », « Folle » (disponibles en poche chez Points Seuil) et « A ciel ouvert ».
 
Ecrivaine d’une nouvelle génération, son œuvre mettait en son centre les rapports hommes-femmes, la séduction comme un éternel tourbillon d’attraction et de répulsion mais surtout l’identité féminine, le corps féminin, la représentation de cette féminité et de ce corps féminin, leur écho dans le regard des hommes.
Sensible à la dictature de la beauté physique et de la jeunesse, elle parlait avec justesse  de la femme en notre Occident comme d’un être aliéné sous une « burka de chair ».
 
Après avoir choqué quelques bien-pensants à ses débuts puisque ses textes relevaient du genre de l’autofiction, elle avait acquis, grâce aussi à ses interventions médiatiques et ses chroniques, la place qu’elle méritait dans le domaine de la littérature.
 
Tous ceux et celles qui s’intéressent aux voix neuves qui émergent dans le domaine de l’écriture sont sous le choc ce soir.
 
Une femme chaleureuse et ouverte, mais fragile et certainement déchirée par ses propres ambivalences et/ou contradictions, s’en est allée.
Elle sera passée dans notre univers comme une étoile filante.
De celles qui n'en finissent pas de laisser chatoyer leurs poussières derrière elles.
 
En hommage, ces quelques lignes, un extrait de « A ciel ouvert » :
 
 
« Jamais le soleil n’avait paru plus près de la Terre qu’en ce jour-là. Il faisait même peur à voir, donnait l’impression de s’être agenouillé, prosterné sur le corps de Montréal en géant débile qui méconnaît sa force.
Depuis quelques années Julie était tourmentée par le climat, par la température qui n’était plus seulement un sujet de conversation mais une expérience quotidienne, inquiétante à la longue parce que derrière se profilait l’emballement, ce galop de destruction.
Un jour elle écrirait un scénario sur ce que les gens ont à dire de cette nature qui ne suit plus les mécaniques horizontales et solidement ancrées dans la lenteur de son évolution, cette nature qui, au contraire, a décroché de ses hauteurs pour aller dans le sens du bas, qui a rompu avec la distance et qui, sait-on jamais, finira par s’asseoir dans la vie des hommes et devenir le centre de leurs pensées en tant que clémence ou naufrage, se réappropriant le caractère divin qu’elle a déjà eu, et qu’on lui a ravi. »
 
Nelly Arcan - « A ciel ouvert » - Editons du Seuil - 2007.