BDSM paisible et tendre AURORAWEBLOG.

Photo trouvée sur le Web.

 
 
I. 
 
J’ai eu le malheur - il faut bien appeler la chose ainsi - d’aller jeter un coup d’œil sur le forum de Libé en ligne « Avez-vous la connexion hippie ? », ouvert à l’occasion des quarante ans de Woodstock.
Si, depuis, les choses se sont quelque peu arrangées par de nouvelles interventions, hier au soir, tout se résumait sur plus d’une centaine de messages en une prise de bec entre un internaute encore illuminé par ses souvenirs, non de Woodstock, mais de son année 69 et de ses dix-sept ans, et un autre qui répondait (on résumera par son premier message) :
« Ras le bonnet de 68, de wooddstock et de toutes ces fariboles !
Que laisse votre génération ?
Pas grand chose, alors à votre place, je ne la ramenerais pas trop... ».*
C’était un peu « gavant » à la longue, cette assimilation entre 1968 et 1969, la plage sous les pavés et Woodstock.
 
D’autant plus que sur les quelques blogs traitant du sujet que j’ai pu visiter ce jour, j’ai retrouvé le même son de cloche : commenter un texte sur Woodstock amenait invariablement à évoquer dans un galimatias plus ou moins erroné Glucksmann, Cohn-Bendit et même Kouchner et BHL.. 
Loin de moi l’idée de vouloir nier qu’il y ait un rapport entre ces deux années et, quant à parler de manière réaliste de Woodstock, c’est dans l’hexagone chose quasiment impossible puisque fort peu de Français y participèrent.
Alors, pour ne pas se taire, on nomme ce (et ceux) que l’on peut.
Mais, historiquement, on baigne dans le non-sens.
 
Certes, il est plus que probable que ceux qui « firent » 68 écoutaient les chanteurs ou les groupes qui se produisirent à Woodstock, tout comme il est plus que vraisemblable que les « Hippies » avaient entendu parler de la révolte des étudiants français l’année précédente.
 
Mais de là à mêler intrinsèquement l’un et l’autre et à vouloir refaire aux « trois jours de paix et de musique » le mauvais procès que l’on a tenu l’année passée, sous l’égide sarkozienne, à 68, il y a un pas qu’il n’est pas utile de franchir tant il est incongru.
Kouchner et autres acolytes ne se montrèrent pas sous la pluie du Festival et, s’ils ont bien retourné leur veste depuis l’année des barricades, cela ne veut pas dire que, pour quelques leaders sachant « leader » dans les règles par arrivisme, tout est à jeter et dans 68 et dans 69.
 
Pour ma part, n’ayant vécu ni l’un ni l’autre (j’ai même découvert les Beatles bien après leur séparation, ça me situe dans les ans), mais les ayant fatalement rencontrés sur mon chemin dans les dix années qui suivirent, je revendique l’héritage de l’un et de l’autre.
 
Il est à noter que la flopée de livres qui ont, il y a un an, « dézingué » mai 68 n’ont pas connu un succès éditorial faramineux et que, plus de douze mois s’étant maintenant écoulés, chacun en est revenu à sa position initiale connue depuis belle lurette : qui célèbre Pierre Overney et qui le Général de Gaulle.
 
68 fut tout de même une belle éclaircie d’avancées sociales (on cherche à nous les arracher aujourd’hui, sachons bien le voir !) et un grand pas dans l’évolution des mœurs.
Que ce grand pas ait conduit à 69, l’année érotique, n’a donc rien d’étonnant et que l’immense liberté amoureuse qui régna à Woodstock en soit une belle illustration va de soi.
 
Nourrie de cela, quelques temps plus tard, en mon adolescence je n’ai donc eu aucun mal à reconnaître et la sexualité des autres et la mienne, pour dans les normes ou non qu’elles soient, comme un droit fondamental.
J’ai vu les derniers feux des communautés hippies ardéchoises sans que le sexe libre me choque (c’est pour cela qu’aujourd’hui le néologisme « polyamour » que l’on brandit comme une découverte me fait sourire), j’ai eu des amis homos, des copines lesbiennes, d’autres « bi », en trouvant cela tout aussi naturel que ceux qui vivaient en bons hétéros et, quant à ce BDSM dont j’allais apprendre le sens des initiales presque vingt ans plus tard, j’ai alors reconnu en moi ses premières manifestations sans que cela me pose le moindre problème.
Je trouvais cela aussi normal que d'avoir envie d'eau.
 
De 69, je garde sans doute le fait que le mot « déviation » (sous son acception sexuelle) n’existe pas pour moi.
Et à peine plus celui de « transgression ».
Là encore, il y aurait beaucoup à dire : « transgresser » veut dire pour moi « avancer », « dépasser », toutes choses positives, on en conviendra.
 
Et si j’ai mis des lustres à me « lancer » vraiment, ce ne fut pas par crainte, honte ou hésitation, mais seulement parce que, ne rencontrant pas les partenaires adéquats, j’ai mené ma vie de manière « vanille » en tombant longtemps amoureuse de gens qui ne partageaient pas mes fantasmes.
 
 
II.
 
Je ne suis pas de celles qui rêvent ou tout au moins, je ne me souviens pas de mes rêves.
Pourtant, ces derniers temps, et cela est sans doute dû au fait que j’ai des soucis de santé et personnels, voici que je me suis mise, la nuit, à me répandre en de longs songes érotiques très chauds, très « hards ».
Ces rêves, dont je me rappelle dans le moindre détail à mon réveil, sont fortement connotés BDSM.
 
Curieusement, ils impliquent, une nuit l’un, une nuit l’autre, alternativement, les deux amoureux que j’eus à vingt et vingt et un ans (encore en ma période « baba-cool ») : le grand amour de ma vie et celui, plus « petit », qui le précéda.
Il est à noter que, bien sûr, dans la réalité, je n’eus à l’époque - ni avec le premier ni avec le second - de relations un tant soit peu BDSM.
 
Ces deux garçons - perdus de vue depuis, jamais revus, dont je ne sais rien de ce qu’ils sont devenus - m’apparaissent dans mes paysages oniriques avec leur visage et leur âge d’alors (20 et 24 ans).
Moi, par contre, je suis telle que je suis en ces jours, une vieille baba pas bobo** (j’en ai la certitude car j’y porte la pince à cheveux en écaille achetée il y a une quinzaine de jours pour relever ma tignasse et contrer la canicule).
J’ai donc bien plus de vingt ans qu’eux dans nos rendez-vous nocturnes mais je sais intimement que j'y suis pourtant aussi celle qu’ils connurent (c’est le coup habituel du « J’ai pris des cernes, je pèse vingt kilos de plomb de plus que les quarante aussi légers qu' une plume de la jeune femme que j'étais alors mais à l’intérieur, je n’ai magiquement pas changé d’un iota. » cher à Proust dans le dernier tome de « La Recherche »).
 
Il est fort étrange que ces fantaisies débridées se soient « réveillées » précisément à l’heure où l’on commémore 1969.
Un peu comme un message subliminal : « Après tout, si avais osé te « révéler » en ce temps-là, les choses se seraient déroulées comme dans tes rêves parce que tous étaient sur la voie acceptée de l’expérience ».
 
C’est ce que je pense réellement. Avec le sentiment d’avoir perdu beaucoup de temps.
Un temps, qui, hélas, ne se rattrapera plus.
2009 ne sera pas une année érotique, c’est sûr…
 
 
 
 
 
 
*Je ne rentre pas dans la digression de répondre au « Que laisse votre génération ? », estimant qu’il y aurait trop à dire et sur ce que laisse la génération en question et sur les deux qui l’ont suivie (la nôtre et celle des actuels post-trentenaires), jugeant le bilan de cette dernière autrement désastreux que celui de la génération « Woodstock »…
 
**Pour expliquer en quoi je suis une « vieille baba pas bobo » (certains doivent se demander pourquoi je me définis ainsi), c’est à « Préado presque ado maintenant », mon fils, qu’il faudrait que je laisse principalement la parole ici.
Ou bien alors que je parle de lui.
Ce sont deux choses que je ne veux, ni ne peux faire…