« Recherches de fuite » de  Martine Roffinella - Editions Jean-Paul Bayol - mars 2009.

« Recherches de fuite » de  Martine Roffinella - Editions Jean-Paul Bayol - mars 2009 (scan de couverture).

 
 
Tenir un blog « dit » BDSM n’est pas une sinécure !
Je lis énormément et ai pourtant, lorsque j’ai « ouvert » l’ « Auroraweblog », décidé de m’en tenir à n’évoquer ici que les ouvrages qui relevaient d'un unique sujet.
Parfois, cependant, je fais une entorse au « règlement intérieur »…
 
Et si ce blog pouvait - une fois dans sa « vie » - servir à quelque chose de bien, je serais heureuse de l’avoir mené depuis si longtemps.
 
Disons-le d’emblée, bien qu’apparaissant dans ma série « BDSM à lire », le titre que je vous propose ce soir n’a strictement rien de BDSM, ni de près, ni de loin, si ce n’est le fait que Martine Roffinella est aussi l’auteur de « Le Fouet » que je vous avais présenté sur ce post.
 
Je formulais alors des voeux pour que cette écrivaine, silencieuse depuis quelques années,  publie très vite quelque chose de nouveau.
Et voici que c’est arrivé.
Fin mars, Martine Roffinella a fait paraître « Recherches de fuite », un recueil de sept nouvelles, aux Editions Jean-Paul Bayol.
 
Ce livre est un pur régal, c’est aussi une potion magique, une liqueur qui redonne l’espoir les soirs de pleine mouise.
Il nous raconte sept histoires, toutes situées à Montmartre, sept petites vies de gens de peu atteints - comme le dit le mot de l’éditeur - de « folie ordinaire ».
Cette folie, c’est la mienne, la vôtre : nos manies, nos angoisses, nos moments d’allégresse, nos peurs.
Elle est tellement humaine, cette folie mise en pages,  qu’elle nous frappe comme une gifle au détour de l’un des récits, qu’elle nous réchauffe comme un baume dans un autre.
 
Générosité et compassion vont de pair ici avec analyse caustique et dissection au vitriol de nos misères ou jubilations de ce début de troisième millénaire.
Toutes y sont convoquées, l’une après l’autre.
Chaque mot, chaque observation est juste. Et si chaque mot fait mal, chaque observation est réparatrice.
 
On ne peut pas résumer des nouvelles.
Toutefois, pour donner une idée de celles-ci, je citerai le titre de l’une d’entre elles, « Les petites joies », et vous dirai que - par des sentiers escarpés - tout ce recueil nous fait comprendre que si nous savons les saisir, c’est la recette des « grands bonheurs » que nous avons alors entre les mains.
 
L’art de la nouvelle est l’un des plus difficiles en littérature.
Edna O’Brien, Raymond Carver y ont excellé. Avec des personnages de la vie de tous les jours.
Martine Roffinella n’a rien à leur envier.
 
Son écriture est remarquable.
Bernard Pivot ne s’y était pas trompé lorsqu’elle a débuté.
Elle a du style, une aisance époustouflante dans la syntaxe, une vitalité pétillante dans les dialogues.
Chacune de ses pages est exactement ce qu’elle doit être.
Pas une virgule à faire défaut, pas un mot qui mériterait d’être remplacé par un synonyme.
Une perfection qui éblouit.
Et tous ces joyaux sont « emballés - talent de l’artiste vraie - dans une facilité de lecture qui laisse pantois.
Car nous nous attachons immédiatement à ces histoires et à ces anti-héros qui nous amènent au coeur de leurs appartements qui ressemblent à s’y méprendre aux nôtres ou à ceux de nos voisins.
Nous sourions béats, nous ricanons aussi férocement.
L’humanisme et l’humour noir font bon ménage dans « Recherches de fuite ».
Nous ne voulons plus lâcher ce livre.
Et quand nous avons épuisé les sept textes, nous voudrions adresser un seul reproche à Martine Roffinella, celui de nous abandonner ainsi et lui faire aussi une suggestion, celle de nous donner très vite de ses…nouvelles !
 
Si je choisis de faire part ici de mon enthousiasme inconditionnel pour un ouvrage qui me relève pas spécifiquement de la thématique BDSM de mon blog, c’est qu’au cours d’une conversation à bâtons rompus ce soir avec mon « marchand de lignes », j’ai appris que « Recherches de fuite » ne se vend pas très bien.
Il est, selon lui, « étouffé » par les parutions « blockbusters » d’avant l’été, n’a pas de visibilité puisqu’il ne bénéficie pas de la mise en place que l’on réserve aux « grandes maisons » et non plus de recensions dans les revues spécialisées.
 
Je parlais il y a quarante-huit heures du pamphlet au second degré qu’est « Christelle corrigée » de Romain Slocombe, lourde charge contre le monde du marché de l’édition.
Et je crains justement - en restant sur cette même ligne  de réflexion sur la dure loi de ce marché - que « Recherches de fuite » ne rencontre pas son public, ni le succès qui lui est dû seulement parce que tout le monde ignore que ce petit recueil existe.
 
Aussi, je veux réagir avant qu’il ne soit trop tard : on sait qu’un livre a peu de semaines pour « faire ses preuves à l’examen ».
Je souhaite que n’advienne pas une erreur fatale d’absence de « buzz » autour de cet ouvrage.
 
Un blog aussi peu connu que le mien (et non littéraire de surcroît) ne va pas pouvoir faire grand-chose pour inverser cette tendance.
Toutefois, si je ne vous engageais pas à, demain samedi, passer à la FNAC ou ailleurs pour feuilleter puis, si bon vous semble, vous procurer ou commander ces « Recherches de fuite », j’aurais le sentiment de ne pas avoir respecté quelque chose de ma propre « charte perso »: exposer sur mon blog de la bonne littérature.
 
De plus, c’est d’un auteur femme dont il est question et elles sont trop rares aujourd’hui à pouvoir prétendre, comme Martine Roffinella, s’inscrire dans une lignée littéraire de « qualité » pour qu’on puisse se permettre de l’ignorer et de laisser ces « Recherches de fuite » se perdre dans le silence sans rien faire.
 
Alors que vous dire de convaincant ?
Une seule phrase.
J’ai passionnément aimé ce livre et puis vous assurer qu’à votre tour vous l’aimerez.
 
 
« Politiquement, les deux femmes étaient de droite ; elles s’intéressaient néanmoins à la Grande Misère du Monde, s’obligeant à regarder les émissions télévisées qui traitaient de ce sujet. Elles avaient d’ailleurs leur clochard favori, qu’elles gratifiaient chaque semaine de deux euros après avoir acheté Le Journal du Dimanche à un euro cinquante. Elles avaient toutes deux voté Nicolas Sarkozy, même si dans leur arrondissement leur vote n’avait que peu compté, Ségolène Royal y étant arrivée largement en tête. Cela ne les empêchait pas de considérer d’un œil mauvais l’arrivée de Carla Bruni dans la vie du Président - une « Marie-couche-toi-là », disait Fernande. »
 
Martine Roffinella - Recherches de fuite - Editions Jean-Paul Bayol - mars 2009.