BDSM Regard Une photographie de Nad Iksodas 2009.

Photo © Nad Iksodas.

 

Ce texte est une fiction BDSM. Donc, toute ressemblance etc., etc.

 
 
Elle est belle. Elle est jeune.
Fraîche.
Cette nuit, les étoiles du firmament sont reproduites sur sa peau.
Ses éphélides dans la pénombre de pleine lune reflètent exactement les constellations.
 
Elle le réveille alors que la noctée est à son apogée.
Il sursaute.
Ses yeux ensommeillés s’écarquillent comme sous l’effet d’un lavage glacé des pupilles.
Il la voit entrer et ôter de deux doigts son presque rien de robe.
Elle le dévisage, les mains sur les hanches comme en un défi.
Elle l’appelle au combat.
 
Demeure-t-il de marbre que c’est d’elle-même qu’elle va, au dessus de l’armoire, saisir de ses propres mains la cravache.
Elle rampe ensuite, chatte, sur le lit, en s’avançant vers lui depuis les pieds de celui-ci.
La cravache entre les dents maintenant comme l’on y tient une fleur sur les cartes postales désuètes.
 
Il sait pourtant qu’à si peu de centimètres - et malgré le truchement de la peau, du regard, de la chaleur qui embrase la chambre - malgré l’instrument qui dit tout sans qu’il ne soit besoin de prononcer une seule parole, elle ne parviendra pas à le rejoindre.
 
Quand elle arrive au milieu de la distance qui les sépare encore, il reste toujours la moitié de ce milieu à parcourir.
 
Quelques déhanchements de plus et elle atteint ce point.
Mais aussi proche qu’elle soit, aussi suppliants que ses yeux se fassent, il demeure une moitié de chemin à faire même si elle n’est plus éloignée que d’un souffle.
 
Ainsi, à l’infini, une moitié les séparera toujours.
 
Il saisit la cravache brutalement et cingle. Elle s’avachit et roule sur elle-même en criant de surprise.
Il frappe maintes et maintes fois, toujours plus fort. Elle geint.
 
Ils ne sont pas plus proches pour autant.
 
Une moitié, une moitié à nouveau les divise.
 
Cette moitié infranchissable porte exactement le nom qu’elle doit porter. Sa moitié.
C’est une ombre née de l’une de ses côtes il y a quelques douze années, une ombre d’amour qui hante sa vie.
 
Même s’il s’applique à le souhaiter depuis des mois, même s’il invoque les Dieux de l’oubli, une femme n’en efface jamais une autre.